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Jeanne FUSIER-GIR (1885 / 1973)

Jeanne Fusier-Gir

Actrice française née Jeanne Fusier, à Paris le 22 avril 1885. Décédée à Maisons-Laffitte le 24 avril 1973.

Fille du comédien Léon Fusier, elle connut le rare privilège de voir sa naissance annoncée en scène, son père se faisant porter pâle pour l’occasion. A 16 ans, au cours de Firmin GémierFirmin Gémier, elle rencontre Sacha GuitrySacha Guitry dont elle créera «L’illusioniste» en 1912 avant tant d’autres succès. Guitry père lui prodigue ses encouragements. Rien d’étonnant à ce que le G soit devenu sa lettre fétiche, d’autant qu’en 1911 elle épouse le peintre Charles GirCharles Gir, devenant au théâtre Jeanne Fusier-Gir.

Elle tourne, toute jeunette, trois films muets, mais c’est le parlant qui lui convient. Elle attendra sagement son heure jusqu’en 1930, où le marathon commence : plus de 160 films en 35 ans de présence à l’écran ! Elle dispute à Pauline CartonPauline Carton la place de première pipelette du cinéma français, parfois pour de très courtes apparitions, où elle impose à tout coup son tempérament comique : "C’est à ce don que je dois ma carrière".

Petite, elle se hausse du chignon, le nez en trompette, la voix aiguë, et peut tout aussi bien jouer les bonnes et les concierges que les vieilles filles à l’air pincé. Les maquilleurs ne l’épargnent pas toujours comme en témoigne son rôle de voyante moustachue dans «La loupiote» (1935).

C’est à Sacha Guitry qu’elle doit l’essentiel de ses titres de noblesse : douze films sous la direction du maître, de «Remontons les Champs-Elysées» (1938, pour une participation participation toutefois discutée) à «Si Paris nous était conté» (1955). Ses prestations de servante à la langue bien pendue font mouche à tout coup, de «Donne-moi tes yeux» (1943) à «Toâ» (1949), où elle n’hésite pas à ironiser sur Guitry lui-même. Fleuriste compatissante dans «La poison» (1951), elle console le pauvre Michel Simon affligé d’une épouse infernale. «Le Diable boiteux» (1948) nous la présente en conspiratrice nommée Marie-Thérèse Champignon ! Alors qu’elle joue une révolutionnaire dans «Si Versailles m’était conté» (1953), «Tu m’as sauvé la vie» (1950) l’élève au rang de comtesse, car elle prend à plaisir se donner de grands airs, ce qui lui permet d’obtenir, chez d’autres réalisateurs, les titres de marquise de Saint-Ange, comtesse de Malpeignet, baronne de Pindêche ou de Courtebise, sans parler de l’ahurissante princesse hindoue qui veut épouser FernandelFernandel dans «Les cinq sous de Lavarède» (1939) !

Albert Valentin lui concocte l’un de ses meilleurs rôles dans «Marie-Martine» (1942) en libraire snob bluffée par cet escroc de Jules Berry et secrètement amoureuse de Bernard BlierBernard Blier. La même année, elle déverse son fiel dans «Le voile bleu», où elle a des visées sur Charpin qui lui préfère Gaby MorlayGaby Morlay. En 1943, dans «Le corbeau», elle campe une mercière prompte à crier avec les loups. A l’instar de Clouzot, qui la choisit à nouveau pour de sympathiques apparitions dans «Quai des Orfèvres» (1947) et «Miquette et sa mère» (1949), de bons cinéastes la réclament, qu’ils se nomment Max Ophüls pour «Divine» (1935) ou Julien Duvivier, à trois reprises : «L’homme du jour» (1936), «Carnet de bal» (1937) et surtout «Marie-Octobre» (1958) où elle entre au service de Danielle DarrieuxDanielle Darrieux. In extremis, elle intervient en vieille toquée dans l’un des derniers Carné, «Du mouron pour les petits oiseaux» (1962).

Bien sûr, les panouilles alimentaires ne manquent pas, d’autant qu’à partir de 1951, elle fréquente la Maison Couzinet et ses improbables nanars : «Quand te tues-tu ?» (1952), «La famille Cucuroux» (1952) et «Le congrès des belles-mères» (1954), dont elle est tête d’affiche : ex-cuisinière devenue baronne, elle n’a pourtant pas de quoi pavoiser, surtout quand son affrontement avec le pauvre LarqueyPierre Larquey tourne à la pantalonnade… Même maltraitée par des cinéastes médiocres, Jeanne Fusier-Gir conservera jusqu’au bout la sympathie des spectateurs qui se souviennent de ses meilleurs rôles, et tout particulièrement de «Falbalas» (1945) de Jacques Becker : mauvaise tête mais bon cœur, elle dirige une armée de petites mains au service du génial couturier incarné par Raymond RouleauRaymond Rouleau. Reconnaissant, celui-ci la rappelle pour une émouvante prestation dans «Les sorcières de Salem» (1953).

Selon l’exclamation de Guitry dans «Toâ», "On a tout le temps envie de l’applaudir !". En 1966, elle aura la joie d’être dirigée par son fils, François Gir, dans le feuilleton de télévision «Gerfaut», l’un de ses tout derniers rôles.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11931GRAINS DE BEAUTE
21935DIVINE
31935LE COUP DE TROIS
41938GARGOUSSE
51938LA MARRAINE DU REGIMENT
61938LA ROUTE ENCHANTEE
71942LE VOILE BLEU
81942MARIE-MARTINE
91943LE CORBEAU
101943DONNE-MOI TES YEUX
111945FALBALAS
121945L'INSAISISSABLE FREDERIC
131947QUAI DES ORFEVRES
141947UNE MORT SANS IMPORTANCE
151948LE DIABLE BOITEUX
161948DEUX AMOURS
171949TOÂ
181949MIQUETTE ET SA MERE
191949LE TRESOR DE CANTENAC
201950TU M'AS SAUVE LA VIE
211951LA POISON
221952LES FEMMES SONT DES ANGES
231952MONSIEUR TAXI
241952LE TROU NORMAND
251952LA FAMILLE CUCUROUX
261952QUAND TE TUES-TU?
271953FAITES-MOI CONFIANCE
281953SI VERSAILLES M'ETAIT CONTE
291955SI PARIS NOUS ETAIT CONTE
301955TREIZE A TABLE
311956LES CAROTTES SONT CUITES
321956LE SEPTIEME COMMANDEMENT
331958LES VIGNES DU SEIGNEUR
341966LE JARDINIER D'ARGENTEUIL
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 10-12-2015