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Henry DANIELL (1894 / 1963)

Henry Daniell

Acteur anglais, né Charles Henry Daniell, le 5 mars 1894, à Londres (Angleterre). Décédé le 30 octobre 1963, à Santa Monica (Californie).

Si le surnom n’était déjà pris, on aurait pu l’appeler "l’homme qui n’a jamais ri" tant il arbora une mine sinistre tout au long de sa carrière. Il faut dire que, selon certains biographes, ses débuts l’auraient rendu amer : ne venait-il pas d’obtenir son premier rôle en vedette au théâtre lorsque la guerre éclata, réduisant à néant son espoir légitime de succès ? Grièvement blessé dans les tranchées, il repart à zéro après les hostilités et se fait connaître à Londres comme à Broadway où il aura le privilège de partager l’affiche avec la grande Ethel Barrymore.

Au cinéma, sa mine austère et son rictus cynique lui valent très vite une spécialisation dans les rôles de traîtres : ainsi il n’aura aucun mal à endosser le costume de Lord Wolfingham, fourbe ministre de la reine Elisabeth dans «L’Aigle des mers» (1940) de Michael Curtiz ; le duel final aux gigantesques ombres expressionnistes demeure l’une des plus belles réussites du cinéma hollywoodien de la grande époque, même si Henry Daniell y est doublé car il ne pratiquait pas l’escrime… Dans «Le fils de Robin-des-Bois» (1946), il sera l’infâme régent opposé à Cornel Wilde avant de remettre le couvert face à Douglas Fairbanks Jr dans «L’exilé» (1947) de Max Ophuls, son meilleur rôle selon son ami George Cukor. Lorsqu’il appartient à l’aristocratie, il en incarne avec délectation la morgue suffisante : c’est ainsi qu’en baron de Varville, il prend plaisir à humilier et même gifler Greta Garbo – quel sacrilège ! – dans «Le roman de Marguerite Gautier» (1936) de Cukor pour qui il campe aussi un sinistre snob qui regarde de haut ce plouc de Cary Grant dans «Holiday» (1938). Il trempe volontiers dans les complots comme le fit M. de La Motte dans l'entourage de «Marie-Antoinette» (1938) ou espionne pour la reine comme Sir Robert Cecil dans «La vie privée d’Elisabeth d’Angleterre» (1939). Finalement il accède au trône d’Angleterre dans «Capitaine Kidd» (1945) où il joue avec ironie Guillaume III face au fameux pirate joué par Charles Laughton.

Si l’on excepte le personnage de Franz Liszt dans «Song of Love/Passion immortelle» (1947), on l’appréciera surtout dans ses personnages négatifs comme le procureur qui accable Joan Crawford dans «A Woman'sFace/Il était une fois» (1941), l’odieux révérend Brocklehurst de «Jane Eyre» (1944) et, bien sûr, le diabolique professeur Moriarty dans «La femme en vert» (1944), troisième participation aux aventures de Sherlock Holmes après «La voix de la terreur» (1942) et «Sherlock Holmes à Washington» (1943). Conflit mondial oblige, il joue quelques suppôts du nazisme : dans «Reunion in France» (1942), il a beau s’appeler Emile Fleuron, on est convaincu d’avance qu’il fera un excellent collabo ; histoire d’enfoncer le clou, il joue von Ribbentrop dans «Mission to Moscow» (1943) et von Stetten dans «Hôtel Berlin» (1945). Il est vrai qu’il avait entamé les hostilités en jouant Garbitsch, caricature du sinistre Goebbels, dans «Le dictateur» (1940) de Charles Chaplin, son rôle le plus célèbre. Au nombre de ses méfaits, n’oublions pas le maître-chanteur opposé à Charles Laughton dans «Le suspect» (1944) de Robert Siodmak et surtout le docteur McFarlane, médecin tiraillé entre le bien et le mal, qui utilise les bons services de Boris Karloff, «Le récupérateur de cadavres» (1945) ; Robert Wise, metteur en scène de cette belle adaptation de Stevenson, le considérait comme le plus brillants des seconds rôles. Dans «Les quatre crânes de Jonathan Drake» (1959), il campe le professeur Emil Zurich, décapité puis ressuscité, poursuivant de sa malédiction Eduard Franz. Grand-prêtre dans «L’Egyptien» (1954), père austère du peintre dans «Lust for Life/La vie passionnée de Vincent Van Gogh» (1956) ou évêque Cauchon dans «The Story of Mankind» (1957), il affiche toujours sa mine de chevalier à la triste figure ; aussi, lorsqu’on le retrouve à la tête d’une cour martiale, on n’est guère rassuré sur le sort des «Révoltés du Bounty» (1962) !

Paradoxalement, son premier rôle au cinéma fut celui de Norman Warriner – huit ans avant Cary Grant chez McCarey – dans la première version d’une fameuse comédie, «The Awful Truth» (1929). Il joua bien avec succès «L’éventail de Lady Windermere» et «La cuisine des anges» au théâtre mais sa carrière sur grand écran ne lui donna guère l’occasion de poursuivre dans cette voie ; malgré tout, il paraît fugitivement dans quelques classiques comme «Indiscrétions» (1940) et «Les Girls» (1957) de Cukor ou «L’inquiétante dame en noir» (1962) de Richard Quine. Par fidélité pour Cukor, il accepte une simple participation dans «My Fair Lady» (1964) : on peut l’aperçoit en ambassadeur lors de la scène du bal où Eliza Doolittle est présentée à la reine de Transylvanie. C’est ainsi que ce grand comédien de théâtre connut pour ainsi dire la mort de Molière puisque, victime d’une attaque cardiaque sur le plateau, il mourut quelques heures plus tard dans sa villa de Santa Monica.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11929THE AWFUL TRUTH , de Marshall NEILAN 
21936CAMILLE (Le roman de Marguerite Gautier)
31937MADAME X (La femme X)
41939THE PRIVATE LIVES OF ELIZABETH AND ESSEX (La vie privée d'Elizabeth d'Angleterre)
51940THE SEA HAWK (L'aigle des mers)
61940ALL THIS, AND HEAVEN TOO (L'étrangère)
71940THE GREAT DICTATOR (Le dictateur)
81941A WOMAN's FACE (Il était une fois)
91941DRESSED TO KILL , de Eugene FORDE 
101942CASTLE IN THE DESERT
111942REUNION IN FRANCE
121943SHERLOCK HOLMES IN WASHINGTON (Sherlock Holmes à Washington)
131943WATCH ON THE RHINE (Quand le jour viendra)
141944JANE EYRE
151944THE SUSPECT (Le suspect)
161945THE BODY SNATCHER (Le récupérateur de cadavres)
171945HOTEL BERLIN (Hôtel Berlin) , de Peter GODFREY 
181945THE WOMAN IN GREEN (La femme en vert)
191945CAPTAIN KIDD (Capitaine Kidd)
201946THE BANDIT OF SHERWOOD FOREST (Le fils de Robin des Bois)
211947SONG OF LOVE (Passion immortelle)
221947THE EXILE (L'exilé)
231949WAKE OF THE RED WITCH (Le réveil de la Sorcière Rouge)
241949THE SECRET OF St.IVES , de Phil ROSEN 
251950BUCCANEER's GIRL (La fille des boucaniers)
261955DIANE (Diane de Poitiers)
271956THE MAN IN THE GRAY FLANNEL SUIT (L'homme au complet gris)
281956LUST FOR LIFE (La vie passionnée de Vincent Van Gogh)
291957MISTER CORY (L'extravagant Monsieur Cory)
301957LES GIRLS (Les girls)
311957WITNESS FOR THE PROSECUTION (Témoin à charge)
321959THE FOUR SKULLS OF JONATHAN DRAKE , de Edward L.CAHN 
331961THE COMANCHEROS (Les Comancheros)
341962THE NOTORIOUS LANDLADY (L'inquiétante dame en noir)
351962MUTINY ON THE BOUNTY (Les révoltés du Bounty)
361964MY FAIR LADY
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 19-5-2016