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Alexandre RIGNAULT (1901 / 1985)

Alexandre Rignault

Acteur français, né le 14 février 1901, à Paris (Île-de-France, France). Décédé le 31 mars 1985, à Saint-Mandé (Val-de-Marne, France).

En 1926, un comédien amateur adresse une lettre au metteur en scène le plus célèbre de l’époque ; contre toute attente, Louis Jouvet reçoit ce jeune homme à la grande carcasse et l’engage pour un petit rôle dans «Le Revizor», une comédie de Gogol. Jusqu’au départ du “patron” pour l’Amérique du Sud, Alexandre Rignault fréquentera le Théâtre de l’Athénée où il aura le privilège de participer à la création des grandes œuvres de Giraudoux («Amphitryon 38» en 1929, «Intermezzo»en 1933, «Ondine» en 1939) ou de Marcel Achard («Pétrus»en 1933, «Le corsaire» en 1938). Au cinéma, on le retrouve aux côtés de son mentor en joyeux drille dans une première version de «Knock» (1933) ou en capitaine vénitien déshérité par son vieux grigou de père (Charles Dullin) soucieux de jeter le grappin sur la fortune de «Volpone» (1940), sans parler de «L’école des femmes», transposition inachevée de la pièce de Molière par Max Ophüls où il devait jouer Oronte, l’ami d’Arnolphe.

Gangster ou gendarme, garde-chasse ou bûcheron, lutteur ou simple costaud, on ne le voit pas vraiment en critique d’art et c’est pourtant son premier emploi à l’écran dans «La chienne» (1931) de Jean Renoir. Sa haute taille, sa belle carrure, sa voix rugueuse le destineront plutôt aux rôles de brute, et ce dès «La tête d’un homme» (1933) de Duvivier où il joue Joseph Heurtin, coupable idéal destiné à la guillotine. Chef de bande napolitain opposé à «Justin de Marseille» (1934), il se paye une baston avec Charles Boyer dans «Liliom» (1934) de Fritz Lang, meurt au cours d’un duel au trident dans «Les filles du Rhône» (1937), joue un géant brutal dans «La charrette fantôme» (1939) et la version moderne du monstrueux Morholt dans «L’éternel retour» (1943). Au nombre des belles crapules que le cinéma lui proposera, on retient surtout le pleutre Caderousse, marin envieux et criminel qui dénonce Edmond Dantès et subit la vengeance du «Comte de Monte Cristo» (1942). Ancien forçat défiguré au vitriol, il est maléfique à souhait en maître d’école au cœur des «Mystères de Paris» (1943) et excelle dans le rôle de Rinaldo, redoutable sbire du sinistre Concini (Aimé Clariond), vaincu par «Le Capitan» (1945) au terme d’un duel enflammé. On ne voit que lui pour incarner Goulatromba, le brigand fracassant de «Ruy Blas» (1947), et, dans «Le rouge et le noir» (1954), le père violent et analphabète de Julien Sorel (Gérard Philipe).

Contrairement à Marcel Pérès dont il partage l’emploi et le caractère bourru, ses personnages sont assez conséquents pour que son nom apparaisse fréquemment sur l’affiche du film, et ce dès 1934. Dans «Fantômas» (1946), il côtoie au-dessus du titre Marcel Herrand et Simone Signoret : il faut dire qu’il joue l’inspecteur Juve, dans une version placide, bien éloignée de la frénésie ultérieure de Louis de Funès. Le succès du film amène une récidive, «Fantômas contre Fantômas» (1948), et quelques rôles de policiers débonnaires comme dans le beau film fantastique de Georges Franju, «Les yeux sans visage» (1959). Il s’essaie à la comédie avec «Bibi Fricotin» (1950) où on le voit en Tartazan, magicien raté doté d’une épouse rondelette et surexcitée (Milly Mathis). Sur son versant sympathique, il peut incarner Razoumikhine, l’ami fidèle de Raskolnikov dans «Crime et Châtiment» (1935), et sutout le tonitruant Henri VIII de «François 1er» (1937) qui découvre, grâce au Petit Larousse de Fernandel, qu’il aura «… six femmes ! Trois Catherine» !

Misanthrope taciturne entouré d’animaux empaillés dans «Le furet» (1949), Alexandre Rignault sut tisser des liens fidèles avec certains partenaires et cinéastes. Chez Julien Duvivier, on le retrouve en bon papa à l’affiche de «La fête à Henriette» (1952), en concierge obséquieux de «Pot-Bouille» (1957) ou en entraîneur de boxe dans «Boulevard» (1960), sans parler d’une nouvelle prestation auprès de Fernandel dans «Le retour de Don Camillo» (1953) ; il sera à nouveau de la partie pour «Don Camillo, Monseigneur» (1961). Alors que sa présence au cinéma se raréfie – il paraît en bûcheron faussement inquiétant dans «La route joyeuse» de Gene Kelly (1956) et en aubergiste complaisant dans «Le bossu» mal redressé par André Hunebelle (1959) – Jean Gabin, son rival dans le cœur de Madeleine Renaud à l’époque de «Maria Chapdelaine» (1934), se souvient fort à propos de son solide partenaire et c’est ainsi qu’on l’aperçoit dans «Le baron de l’écluse» (1959), «Les vieux de la vieille» (1960) ou «Le gentleman d’Epsom» (1962).

Fort d’une carrière de 120 films en trente ans, Alexandre Rignault n’en tournera plus qu’une quinzaine à partir de 1965 et pour les vingt dernières années de sa carrière et de sa vie. Quelques perles dans cette fin de parcours, et en tout premier lieu «La sentinelle endormie», savoureux film de Noël-Noël et Jean Dréville (1965), «Les guichets du Louvre» de Michel Mitrani (1974) et le chef d’œuvre d’Alain Resnais, «Mon oncle d’Amérique» (1980), où il joue un grand-père bonhomme. Il fait même la rencontre inattendue de Jean-Luc Godard («Numéro 2» en 1975) et joue un vieil oncle égrillard dans le décapant «Y a-t-il un français dans la salle ?» de Jean-Pierre Mocky (1982).

À la télévision, on repère sa présence rugueuse et familière dans «La maison des bois» (1971) de Pialat, «Lucien Leuwen» (1972) d’Autant-Lara, «Les rois maudits» (1972) de Claude Barma ou «Les trois morts d'Émile Gauthier» (1973) de Jean Lhôte ; père de Beaumarchais ou compagnon de «Molière pour rire et pour pleurer», il aura la joie de jouer en 1957 le rôle éponyme de «Vautrin», dramatique inspirée de Balzac où, s’il ne fait pas oublier Michel Simon, on peut dire qu’il ne démérite jamais, compliment qui vaut pour l’ensemble de sa carrière.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1933
LA TÊTE D'UN HOMME
2
1933
L'ASSOMMOIR
3
1934
LILIOM
4
1934
DER JUNGE BARON NEUHAUS / NUIT DE MAI
5
1934
L'AVENTURIER
6
1934
MARIA CHAPDELAINE
7
1934
JUSTIN DE MARSEILLE
8
1935
CRIME ET CHÂTIMENT
9
1935
L'ÉQUIPAGE
10
1936
LA TERRE QUI MEURT
11
1936
COURRIER SUD
12
1936
PUITS EN FLAMMES
13
1937
FRANÇOIS 1ER
14
1937
LES FILLES DU RHÔNE
15
1938
L'OR DANS LA MONTAGNE / FARINET
16
1939
LA CHARRETTE FANTÔME
17
1939
CAMPEMENT 13
18
1940
VOLPONE
19
1942
PONTCARRAL, COLONEL D'EMPIRE
20
1942
LE COMTE DE MONTE-CRISTO
21
1943
LES MYSTÈRES DE PARIS
22
1943
TORNAVARA
23
1943
L'ÉTERNEL RETOUR
24
1943
COUP DE TÊTE
25
1944
LE MYSTERE SAINT-VAL, Sorti en 1945
26
1945
CHRISTINE SE MARIE
27
1945
LE CAPITAN
28
1945
MONSIEUR GREGOIRE S'EVADE, Sorti en 1946
29
1946
NUIT SANS FIN
30
1946
TORRENTS
31
1946
FANTOMAS
32
1947
RUY BLAS
33
1948
FANTOMAS CONTRE FANTOMAS
34
1948
LES DIEUX DU DIMANCHE
35
1949
LE MARTYR DE BOUGIVAL
36
1949
LE FURET
37
1950
L'HOMME DE LA JAMAÏQUE
38
1950
BIBI FRICOTIN
39
1951
LE COSTAUD DES BATIGNOLLES
40
1951
JOCELYN
41
1951
NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSINS
42
1952
UN CAPRICE DE CAROLINE CHERIE
43
1953
LE RETOUR DE DON CAMILLO
44
1954
LE ROUGE ET LE NOIR
45
1955
LES AVENTURES DE GIL BLAS DE SANTILLANE
46
1956
LES CAROTTES SONT CUITES
47
1956
LES AVENTURES DE TILL L'ESPIEGLE
48
1956
THE HAPPY ROAD (La route joyeuse)
49
1956
LES SORCIÈRES DE SALEM
50
1957
POT-BOUILLE
51
1959
LE BOSSU
52
1959
LES YEUX SANS VISAGE
53
1959
LE BARON DE L'ÉCLUSE
54
1960
LES VIEUX DE LA VIEILLE
55
1961
DON CAMILLO MONSIGNORE MA NON TROPPO (Don Camillo... Monseigneur!)
56
1962
LE ROI DES MONTAGNES / VOLEUR DE FEMMES, Sorti en 1964
57
1975
IL FAUT VIVRE DANGEREUSEMENT
58
1980
MON ONCLE D'AMÉRIQUE
59
1982
Y-A-T'IL UN FRANÇAIS DANS LA SALLE?
Éd. 9.1.4 : 27-6-2019