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Sig RUMAN (1884 / 1967)

Sig Ruman

Acteur allemand, né Siegfried Albon Rumann, le 11 octobre 1884, à Hambourg (Allemagne). Décédé le 14 février 1967, à Julian (Californie, U.S.A.).

Dans son pays natal, où il entame sa carrière théâtrale, on le connaît sous son véritable patronyme mais, lorsqu’il s’installe aux États-Unis en 1923, on le rencontre successivement sous les noms de Siegfried Rumann, Sig Rumann et finalement Sig Ruman, version courte et plus facile à retenir, surtout pour un public américain peu friand des langues étrangères.

C’est pourtant en allemand qu’il se produit d’abord à New York avant de tenter sa chance à Broadway avec l’appui de son ami, le dramaturge George S. Kaufman. Le succès de «Grand Hôtel» en 1930 va le mener au cinéma. Un rôle de trafiquant (français !) au fort accent germanique dans «Marie-Galante» (1934), celui d'un paysan polonais dans «Soir de noce» (1934) et du Baron von Gerhardt dans «Le monde en marche» (1934) lui font prendre son envol. Le directeur de la Fox voit alors en lui le digne successeur de Lon ChaneyLon Chaney et d’Emil JanningsEmil Jannings, tant est grande sa capacité à se transformer d’un rôle à l’autre. Sig Ruman ne connaîtra pas la prestigieuse carrière de ces deux monstres sacrés mais, en trente ans de cinéma, il marquera de son empreinte nombre d’oeuvres mémorables.

Incarnation classique du paradoxe des acteurs allemands émigrés aux États-Unis dans les années 30, il va se spécialiser dans la caricature teutonne made in Hollywood. Sa grande carrure, ses sourcils fournis, la barbe et l’œil noirs, tout en lui contribue à développer cette image inquiétante qu’il saura pourtant mâtiner d’humour, surtout après son stage intensif d’un jour et deux nuits avec les Marx BrothersMarx Brothers ! Hermann Gottlieb, le directeur de théâtre d’«Une nuit à l’opéra» (1935), comme le Dr.Leopold X. Steinberg d‘«Un jour aux courses» (1937) seront les bêtes noires idéales de Groucho. Après-guerre, l’infernal trio se souvient de ce bon Sig pour «Une nuit à Casablanca» (1946) où il campe Heinrich Stubel, clin d'oeil au personnage de Conrad Veidt dans le film mythique de Michael Curtiz. À l’instar d’Emil Eggelhoffer, le psychiatre de «La joyeuse suicidée» (1937), ou du Dr.Julius Gustav Krogmann dans «Les aveux d’un espion nazi» (1939), les consonances allemandes seront au rendez-vous tout au long de sa filmographie, à deux ou trois exceptions près comme le Sergent Pellerin, grand-père d'Annabella dans «Suez» (1938).

Il campera aussi quelques apparatchiks égarés dans la foulée de «Ninotchka» (1939) d’Ernst Lubitsch : il faut dire que le rôle de Michael Simonavich Iranoff, commissaire soviétique menant joyeuse vie à Paris, lui offre une de ses meilleures prestations. Après «Illusions perdues» (1941) – on l’y voit en M.Kafka, un Hongrois jovial – Lubitsch le rappelle pour son inénarrable interprétation de «To Be or Not to Be» (1942) : le redoutable Colonel Erhardt, chef de la Gestapo, s’avère un dangereux crétin qui éclate d’un rire tonitruant lorsqu’il apprend qu’on le surnomme Camp-de-Concentration-Ehrardt ; dans ce rôle, Sig Ruman atteint des sommets de férocité burlesque : c’est à lui que revient la plus célèbre réplique du film : "Il a fait à Shakespeare ce que nous avons fait à la Pologne !". D’office, le voilà enrôlé dans une série de films de propagande comme «The Hitler Gang/Hitler et sa clique» (1944), «Sabotage à Berlin» (1942) ou «They Came to Blow America» (1943) ; on le retrouve même en infâme nazi vaincu par Johnny WeissmullerJohnny Weissmuller dans «Le triomphe de Tarzan» (1943).

Client trop empressé auprès d’une Simone SimonSimone Simon bien farouche dans «L’heure suprême» (1937), criminel de service démasqué par Peter Lorre dans «Thank You, Mr Moto» (1937) ou père violent de Linda DarnellLinda Darnell dans «L’aveu» (1944), il se fait carrément liquider par Dracula (John CarradineJohn Carradine) – sur ordre de Boris KarloffBoris Karloff! – dans «La maison de Frankenstein» (1944). Autant dire que son humanité soudain dévoilée surprend dans «Seuls les anges ont des ailes» (1939) où Howard Hawks en fait le courageux directeur d’une compagnie aérienne.

Après-guerre, les héritiers de Lubitsch feront volontiers appel à sa sympathique carcasse. «Scandale à la cour» (1945) d’Otto Preminger lui permet d’ajouter une nouvelle touche russe à sa palette : colonel complotant contre Catherine II, il nous réjouit à la fin du film où il est ramené à l’état de larbin servile de l’excellent Charles Coburn. Toujours pour Preminger, il sera le père sourcilleux de Johanna MatzJohanna Matz dans la version allemande de «La lune était bleue» (1953) : Hardy KrügerHardy Krüger y gagne un coquard ! Auparavant, Billy Wilder en aura fait le gardien du «Stalag 17» (1952), un sergent ironiquement appelé Johann Sebastian… Schulz ; il était déjà irrésistible en vétérinaire fan de Freud dans «La valse de l’empereur» (1948) où il psychanalysait le chien de Joan FontaineJoan Fontaine. Wilder lui offrit une dernière caricature du corps médical dans «La grande combine» (1966).

Bien que malade, Sig Ruman anima encore en fin de carrière quelques silhouettes amusantes, l’occasion tout de même de belles retrouvailles avec Michael Curtiz pour «Noël blanc» (1954), Anthony Mann pour «Romance inachevée» (1953) ou John Ford pour «L’aigle vole au soleil» (1957). Un drôle de zigue, rencontré sur le tournage de «C’est pas une vie, Jerry !» (1954) sera son meilleur client : Jerry Lewis lui offrit sa dernière caricature dans «Tiens bon la rampe, Jerry» (1966) mais notre Sig jubile bien davantage dans «Le zinzin d’Hollywood» (1961) en Baron Elston Carteblanche, parodie manifeste des cinéastes tyranniques (bottes et cravache incluses) qu’il eut l’occasion de croiser tout au long de sa belle carrière.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
 
-- Sous le nom de Siegfried Rumann
 
 
2
1934
THE WORLD MOVES ON (Le monde en marche)
3
1934
MARIE GALANTE
4
1935
THE FARMER TAKES A WIFE (La jolie batelière)
5
1935
A NIGHT AT THE OPERA (Une nuit à l'opéra)
 
-- Sous le nom de Sig Ruman (n)
 
 
7
1936
THE PRINCESS COMES ACROSS
8
1937
THE GREAT HOSPITAL MYSTERY
9
1937
A DAY AT THE RACES (Un jour aux courses)
10
1937
THINK FAST, MR.MOTO (L'énigmatique M.Moto)
11
1937
LANCER SPY (Amour d'espionne)
12
1937
NOTHING SACRED (La joyeuse suicidée)
13
1937
THANK YOU, Mr.MOTO (Le serment de M.Moto)
14
1938
PARADISE FOR THREE (Trois hommes dans la neige)
15
1938
SUEZ
16
1938
GIRLS ON PROBATION (Jeunes filles en surveillance), de William C.McGANN
 
17
1939
CONFESSIONS OF A NAZI SPY (Les aveux d'un espion nazi)
18
1939
ONLY ANGELS HAVE WINGS (Seuls les anges ont des ailes)
19
1939
NINOTCHKA
20
1940
Dr.EHRLICH's MAGIC BULLET
21
1940
BITTER SWEET (Chante mon amour)
22
1940
COMRADE X
23
1941
THAT UNCERTAIN FEELING (Illusions perdues)
24
1941
THE WAGONS ROLL AT NIGHT
25
1941
LOVE CRAZY (Folie douce)
26
1942
TO BE OR NOT TO BE (Jeux dangereux)
27
1942
CROSSROADS
28
1942
DESPERATE JOURNEY (Sabotage à Berlin)
29
1943
TARZAN TRIUMPHS (Le triomphe de Tarzan)
30
1943
THE SONG OF BERNADETTE (Le chant de Bernadette)
31
1944
SUMMER STORM (L'aveu)
32
1944
HOUSE OF FRANKENSTEIN (La maison de Frankenstein)
33
1945
A ROYAL SCANDAL (Scandale à la cour)
34
1946
A NIGHT IN CASABLANCA (Une nuit à Casablanca)
35
1946
FAITHFUL IN MY FASHION
36
1948
THE EMPEROR WALTZ (La valse de l'empereur)
37
1949
BORDER INCIDENT (Incident de frontière)
38
1952
STALAG 17
39
1953
MA AND PA KETTLE ON VACATION
40
1953
THE GLENN MILLER STORY (Romance inachevée)
41
1954
WHITE CHRISTMAS (Noël blanc) [Non crédité]
42
1961
THE ERRAND BOY (Le zinzin d'Hollywood)
Éd. 9.1.4 : 28-6-2019