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Charles DULLIN (1886 / 1949)

Charles Dullin

Acteur français, né le 12 mai 1885 à Yenne (Savoie). Décédé à Paris le 11 décembre 1949.

Benjamin d’une famille de 18 enfants, élève indocile au petit séminaire, Charles Dullin découvre à quinze ans la passion du théâtre qui l’animera toute sa vie. En 1903, l’apprenti comédien monte à Paris où André Antoine, puis Jacques Copeau l’engagent. Remarqué dans «Les frères Karamazoff» en 1911, il joue pour la première fois, à 28 ans seulement, le personnage d’Harpagon qu’il interprètera encore lors de son ultime tournée, quinze jours avant sa disparition. En 1921, Dullin crée sa propre école de comédiens, "L’Atelier", d’où jaillira une génération prestigieuse d’interprètes, de Jean‑Louis BarraultJean-Louis Barrault à Jean MaraisJean Marais, de Madeleine RobinsonMadeleine Robinson à Jacques DufilhoJacques Dufilho. Avec Louis JouvetLouis Jouvet, Georges PitoëffGeorges Pitoëff et Gaston Baty, il fonde le "Cartel des quatre" dont l’ambition première est le retour à un théâtre populaire et décentralisé, un but poursuivi par son disciple Jean VilarJean Vilar. Installé à Montmartre, sur la place qui porte aujourd’hui son nom, Dullin mettra en scèn,e au Théâtre de l’Atelier, Pirandello, Jules Romains, Armand Salacrou ou Marcel Achard.

En 1920, Léon Poirier et Raymond Bernard le font débuter à l’écran. Petit, prématurément voûté, l’air matois, on imagine sans peine qu’il peut incarner Lucifer dans «L’homme qui vendit son âme au diable» (1920) ou le père Joseph, âme damnée de Richelieu, dans «Les trois mousquetaires» (1921) – un galop d’essai avant son interprétation magistrale de Louis XI dans «Le miracle des loups» (1924) de Raymond BernardRaymond Bernard, son cinéaste de prédilection.

L’année suivante, le duo se reforme pour «Le joueur d’échecs», "le plus grand rôle de Dullin au cinéma" selon Raymond Bernard. L’acteur y joue le baron de Kempelen, fabricant de l’extraordinaire automate qui défie l’impératrice de Russie. Les deux films remportent un succès mondial et attirent l’attention des producteurs américains : Dullin est réclamé par Hollywood ! Lorsqu’il découvre «Maldone» de Jean Grémillon (1928) , Fritz Lang s’enthousiasme et propose au comédien cinq millions par an pour se consacrer uniquement au cinéma. A toutes ces propositions, la réponse est la même : priorité au théâtre ! Pourtant, même si sa filmographie ne compte que quinze titres, Dullin s’intéressait au cinéma, au point de fonder sa propre maison de production, "La Société des Films Charles Dullin", mais ses projets ambitieux se heurteront aux réalités économiques. Après avoir joué un aristocrate pervers dans «Cagliostro» (1929), beau film de Richard Oswald dont il ne reste qu’une version mutilée, Dullin subit le contrecoup de l’échec public de «Maldone», où il tenait exceptionnellement la tête d’affiche, et s’éloigne du cinéma pendant cinq ans.

C’est le fidèle Raymond Bernard qui le convainc de participer à son excellente version des «Misérables» (1933). En tandem infernal avec Marguerite MorenoMarguerite Moreno, Dullin-Thénardier affronte Harry Baur, qu’il retrouvera quelques années plus tard dans «Volpone» (1940). Alors qu’il a créé sur scène le rôle éponyme en 1928, il se contente – mais avec une jubilation évidente – de celui de Corbaccio, l’odieux usurier au visage couvert de verrues. Comme à chacune de ses apparitions, le spectateur savoure le plaisir de le retrouver, narquois ou retors, dans «L’affaire du Courrier de Lyon» (1936), «Mademoiselle Docteur» (1937) ou «Le briseur de chaînes» (1941). Malicieux marquis pendu en 1778, il joue les guides de l’au-delà pour Micheline Presle et Marcel Pagliero dans «Les jeux sont faits» (1947), sur un scénario de Sartre dont il a créé «Les Mouches» en 1943. Sa dernière apparition est peut-être la plus célèbre aujourd’hui : dans «Quai des Orfèvres» (1947), Clouzot lui offre d’incarner l’infâme Brignon, le vieillard libidineux qui dévore des yeux les rondeurs de Suzy Delair avant de finir assassiné sans déclencher d’autre regret que celui de la brièveté de son rôle…

"Pureté, sincérité, don total de soi", tel était l’enseignement de Dullin selon Jean-Louis Barrault qui ne manquera jamais de rendre hommage à son père spirituel, ne serait-ce qu’en reprenant le rôle de Louis XI dans la nouvelle version du «Miracle des loups» en 1961.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11920L'HOMME QUI VENDIT SON AME AU DIABLE , de Pierre CARON 
21921LES TROIS MOUSQUETAIRES , Serial 12 épisodes [ Serial ]
31924LE MIRACLE DES LOUPS
41926LE JOUEUR D'ECHECS
51928MALDONE [ +Production ]
61929CAGLIOSTRO
71934LES MISERABLES
81937L'AFFAIRE DU COURRIER DE LYON
91940VOLPONE
101941LE BRISEUR DE CHAÎNES/MAMOURET
111947LES JEUX SONT FAITS
121947QUAI DES ORFEVRES
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 7-7-2016