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Jany HOLT (1909 / 2005)

Jany Holt

Actrice française, d'origine roumaine, née Ruxandra Ecatarina Vladesco Olt, le 13 mai 1909, à Bucarest (Roumanie). Décédée le 26 octobre 2005, à Neuilly-sur-Seine (France).

L'adolescente rousse qui débarque à Paris de sa Roumanie natale devait, selon le voeu de ses parents, entreprendre des études de commerce mais lorsqu'elle s'inscrit, pour parfaire son français, au cours de diction de Gabrielle FontanGabrielle Fontan, le chemin de Jany Holt est tout tracé. Charles DullinCharles Dullin puis Georges PitoëffGeorges Pitoëff seront ses maîtres et c'est auprès de deux géants - Harry BaurHarry Baur dans «David Golder» et RaimuRaimu dans «Ces messieurs de la santé» - qu'elle fait ses débuts à la scène. On la remarque dans «Les innocents» de Lilian Hellman, on l'applaudit dans «Sainte Jeanne» de George Bernard Shaw ou «Les monstres sacrés» de Jean Cocteau, parmi tant d'autres rôles marquants. Selon ses propres mots, le théâtre sera "son métier, son amour, son sport et son violon d'Ingres". La rencontre de Marcel DalioMarcel Dalio, dont elle sera l'épouse de 1932 à 1937, l'oriente pourtant vers le cinéma où son étrangeté (à chaque fois soulignée par la critique) lui vaudra de défendre de saisissantes partitions.

Sur grand écran aussi, c'est Harry Baur qui supervise ses premiers pas, frêle jeune fille du ghetto de Prague dans «Le Golem» (1935) de Julien Duvivier, immortelle bien-aimée du musicien dans «Un grand amour de Beethoven» (1936) d'Abel Gance et enfin religieuse illuminée décidée à tuer Raspoutine dans «La tragédie impériale» (1937). Elle marque le public en femme déchue dans «Les bas-fonds» (1936) de Jean Renoir ou en prostituée tuberculeuse dans «La maison du maltais» (1938) de Pierre Chenal. Entraîneuse mêlée à une enquête criminelle dans «L'alibi» (1937), elle obtient enfin le premier rôle face à de prestigieux partenaires, Louis Jouvet et Erich von StroheimErich von Stroheim, dans une intrigue embrouillée à plaisir où le happy end l'unit à Albert PréjeanAlbert Préjean.

Le cinéma de l'Occupation confirme son accès au vedettariat. Serge de Poligny la dirige dans deux beaux films mâtinés de fantastique : «Le baron fantôme» (1942), écrit par Cocteau, lui fait vivre une histoire d'amour exaltée avec Alain CunyAlain Cuny tandis que «La fiancée des ténèbres» (1944) lui donne le personnage étonnant d'une descendante des Cathares que son père adoptif (Edouard Delmont) veut sacrifier par fanatisme. Entre temps, dans «Les anges du péché» de Robert Bresson (1943), elle joue Thérèse, détenue réfugiée au couvent de Béthanie où la novice Renée Faure entreprend de sauver son âme égarée. Le film enthousiasme l'actrice (et les cinéphiles) mais, hélas, la suite de sa carrière ne tiendra pas ces promesses.

Espionne et résistante dans «Mission spéciale» (1945), partenaire romantique de Gérard Philipe dans «Le pays sans étoiles» (1945), elle hérite de rôles plus conventionnels comme celui de la maîtresse de Michel Simon dans «Non coupable» (1947), femme infidèle que l'on retrouve assassinée ; c'était déjà le cas dans son deuxième film, «Le domino vert» (1935). Les scénaristes n'hésitent pas à charger la barque comme dans «Le furet» (1949) où, en dix minutes à peine, son personnage de nymphomane, que son époux (Jean Servais) tient prisonnière, subit un interrogatoire gratiné tandis que sa belle-soeur (Margo Lion) lui flanque des gifles ; pour se débarrasser du duo infernal, elle n'a d'autre issue que de mettre le feu à la baraque ! Comtesse réfugiée dans un château à l'abandon, devenue folle depuis la mort de son fils, elle converse en anglais avec Glenn FordGlenn Ford dans «Le gantelet vert» (1951).

Malgré un rôle de premier plan dans «Mademoiselle de La Ferté» (1949), malgré «Gervaise» (1955), où elle est excellente en belle-soeur haineuse de Maria Schell, elle disparaît des écrans pendant dix ans. Curieusement, elle s'essaie à la réalisation par le biais d'un court-métrage, «La pharmacienne» (1965), qui n'aura pas de suite. Après une vingtaine d'années consacrées en priorité au théâtre, son activité cinématographique redémarre avec «Target» (1985), «La passerelle» (1987) et «Métisse» (1993) où elle joue la grand-mère malicieuse (aux cheveux rouges !) de Mathieu Kassovitz. Elle a 80 ans bien sonnés lorsqu'elle fait ses dernières apparitions à l'écran dans «Roulez jeunesse» (1992), ode au troisième âge en goguette, et «Noir comme le souvenir» (1995), un bon polar signé Jean-Pierre Mocky.

Divorcée de Marcel Dalio, Jany Holt avait épousé en 1940 Jacques Porel. En 1945, cette remarquable comédienne fut décorée de la Croix de Guerre par le Général De Gaulle pour sa participation active à la Résistance, preuve si besoin est que l'on pouvait dans ces années noires concilier le courage et la notoriété…

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11935DER GRUNE DOMINO/LE DOMINO VERT
21936LE GOLEM
31936LES BAS-FONDS
41936UN GRAND AMOUR DE BEETHOVEN
51937L'ALIBI
61938LA MAISON DU MALTAIS
71938LE PARADIS DE SATAN
81941ANDORRA OU LES HOMMES D'AIRAIN
91942LE BARON FANTÔME , Sorti en 1943
101943LES ANGES DU PECHE
111944LA FIANCEE DES TENEBRES
121945LE PAYS SANS ETOILES
131946CONTRE-ENQUETE
141946RUMEURS
151947NON COUPABLE
161948DOCTEUR LAENNEC
171949MADEMOISELLE DE LA FERTE
181949LE FURET
191951LE GANTELET VERT/THE GREEN GLOVE
201955LES INSOUMISES
211955GERVAISE
221992ROULEZ JEUNESSE!
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 1-8-2016