La bibliothèque de L'Encinématheque

Edmund GWENN (1874? 1875? 1877? / 1959)

Edmund Gwenn

Acteur britannique, né Edmund Kellaway, le 26 mois septembre 187?, à Londres (Angleterre), certaines sources indiquant Glamorgan (Pays de Galles). Décédé le 6 septembre 1959, à Woodland Hills (Californie).

Ses études dans les meilleures écoles britanniques ne le destinaient pas a priori au théâtre : lorsqu'il choisit cette voie, à 17 ans, son père le chasse du domicile familial ! Devenu comédien professionnel, il entraînera avec lui son jeune frère qui prendra le nom d'Arthur Chesney, et plus tard son cousin, Cecil KellawayCecil Kellaway. En 1904, George Bernard Shaw le réclame pour le rôle principal de «Man and Superman» et l'intègre dans sa troupe, ce qui restera le meilleur moment de sa longue carrière théâtrale avec les représentations en 1942, à Broadway, des «Trois soeurs» de Tchekhov où son jeu "sublime" sera unanimement salué par la critique.

Jusqu'au début des années 30, on ne voit Edmund Gwenn au cinéma que le temps de quatre films dont une première adaptation de «The Skin Game» (1921), la pièce de John Galsworthy qu'il avait créée sur les planches. C'est un petit homme chauve et rond de près de soixante ans qui apparaît à l'écran dans le remake parlant signé Alfred Hitchcock (1931). Deux ans plus tard, le cinéaste le transforme en Johann Strauss père dans «Waltzes from Vienna» (1933) mais c'est Victor Saville qui le dirige la même année dans son premier succès à l'écran, «The Good Companions» (1933). En 1935, il s'impose dans la comédie policière «The Bishop Misbehaves» (1935) où il tient le rôle savoureux d'un évêque passionné d'histoires de détectives.

Ses débuts à Hollywood sont remarquables : il est le médecin qui veut ramener à la vie un prisonnier exécuté dans «Le mort qui marche» (1936) de Michael Curtiz ; on le voit auprès de Fredric March dans «Anthony Adverse» (1936) et de Clark Gable dans «La vie privée d'un tribun» (1937) mais c'est dans «Sylvia Scarlett» (1936) de George Cukor qu'il brille particulièrement en petit escroc, père de Katharine Hepburn : comédien ambulant déguisé en Pierrot, il mêle avec brio comique et pathétique lorsque une jeunette volage l'abandonne. Dans «Vivent les étudiants» (1938), Robert TaylorRobert Taylor lui botte les fesses par erreur mais cela n'enlève rien à son autorité de doyen d'université ! Majordome d'un truand devenu lord, il n'a aucune peine, on s'en doute, à lui enseigner les bonnes manières dans «The Earl of Chicago» (1940) mais il est tout aussi à l'aise pour dessiner avec gourmandise la silhouette ridicule d'un barbon amoureux de Jack Benny devenu «La tante de Charley» (1941) !

Histoire de tromper les spectateurs de «Correspondant 17» (1940), Hitchcock transforme ce brave Edmund en tueur au sort peu enviable puisqu'il meurt en tombant de la cathédrale de Westminster. En 1939, dans «Cheer, Boys, Cheer», il campait un brasseur d'affaires acharné à la perte de son concurrent mais ces personnages antipathiques seront l'exception car les rôles de bons pères, de vieux professeurs ou de savants philosophes lui conviennent davantage. L'un des plus célèbres sera celui de Mr.Bennet, affligé de cinq filles à marier, dans «Orgueil et Préjugés» (1940) : face à son intarissable épouse (Mary BolandMary Boland), il choisit volontiers le refuge de sa bibliothèque pour échapper à ses responsabilités. Dans «Lame de fond» (1946), excellent mélodrame de Vincente Minnelli, il s'impose à nouveau en père idéal pour sa fille de cinéma, Katharine Hepburn, avant de jouer le même rôle auprès de Lana Turner et Donna ReedDonna Reed dans «Au pays du dauphin vert» (1947), le paradoxe étant que, marié (pour quelques heures !) à Marguerite Terry en 1901, Edmund Gwenn ne connut jamais les joies de la paternité.

Sympathique compagnon à trois reprises de la chienne Lassie, il semble devenir, avec l'âge, une incarnation de la bonté souriante : dans «The Bigamist» (1953), Joan FontaineJoan Fontaine le compare même au père Noël ! Il faut dire qu'entre temps il a rencontré son rôle le plus célèbre : pour jouer Kris Kringle, Père Noël de grand magasin décidé à faire le bonheur de tous dans «Le miracle de la 34ème rue» (1947), il n'hésitera pas à prendre une dizaine de kilos supplémentaires et ce bel effort lui permet de décrocher le Golden Globe et l'oscar du meilleur second rôle. En recevant la statuette, il s'écrie : "Maintenant je sais que le Père Noël existe !". L'année suivante, il se montre très touchant en professeur retraité sauvé du suicide par ses jeunes co-locataires, Jeanne Crain et William HoldenWilliam Holden, dans «L'amour sous les toits» (1948). On ne s'étonnera donc pas de le découvrir en évêque de Digne dans «La vie de Jean Valjean» (1952) : le rôle de Monseigneur Myriel était fait pour lui, d'autant qu'il portait fort bien l'habit ecclésiastique dans «Les clés du royaume» (1944) et «Peking Express» (1951).

Toutefois, la malice est souvent présente dans ses personnages, que ce soit l'aigrefin de «La bonne combine» (1950) (qui lui vaut à nouveau le Golden Globe sans parler d'une nomination à l'oscar) ou même l'entomologiste effrayé par l'invasion des fourmis géantes dans «Des monstres attaquent la ville» (1954). Retrouvant Hitchcock pour la quatrième fois, il campe un vieux loup de mer qui n'a jamais traversé que l'East River et se demande, bien embêté : «Mais qui a tué Harry ? » (1955). Sa romance avec la vieille fille coincée vaut son pesant de pop corn ! De retour en Europe pour son dernier rôle, il dispense son aimable philosophie dans «Calabuig» (1956) de Luis Garcia Berlanga où il incarne un savant atomiste réfugié dans un village de Catalogne : sagesse bienveillante et bonhomie souriante, le film combine toutes les facettes attachantes de ce grand comédien pour le chant du cygne d'une très belle carrière.

Jean-Paul Briant

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1931
THE SKIN GAME
2
1933
I WAS A SPY (J'étais une espionne)
3
1935
THE BISHOP MISBEHAVES, d'Ewald Andre DUPONT
 
4
1935
SYLVIA SCARLETT
5
1936
THE WALKING DEAD (Le mort qui marche)
6
1936
ANTHONY ADVERSE
7
1937
PARNELL (La vie privée d'un tribun)
8
1940
THE EARL OF CHICAGO
9
1940
THE DOCTOR TAKES A WIFE (Le docteur se marie)
10
1940
PRIDE AND PREJUDICE (Orgueil et préjugés)
11
1940
FOREIGN CORRESPONDENT (Correspondant 17)
12
1941
THE DEVIL AND MISS JONES (Le diable s'en mêle)
13
1941
CHARLEY's AUNT
14
1942
A YANK AT ETON
15
1943
LASSIE COME HOME (La fidèle Lassie)
16
1944
BETWEEN TWO WORLDS
17
1944
THE KEYS OF THE KINGDOM (Les clés du royaume)
18
1945
DANGEROUS PARTNERS (Dangereuse association)
19
1946
OF HUMAN BONDAGE, d'Edmund GOULDING
 
20
1946
UNDERCURRENT (Lame de fond)
21
1946
GREEN DOLPHIN STREET (Le pays du dauphin vert)
22
1947
MIRACLE ON 34th STREET (Le miracle de la 34ème rue)
23
1948
APARTMENT FOR PEGGY (L'amour sous les toits)
24
1948
HILLS OF HOME (Le maître de Lassie)
25
1949
CHALLENGE TO LASSIE (Le défi de Lassie)
26
1950
A WOMAN OF DISTINCTION (Suzy... dis moi oui), d'Edward BUZZELL
 
27
1950
LOUISA (Louise)
28
1950
PRETTY BABY, de Bretaigne WINDUST
 
29
1950
MISTER 880 (La bonne combine)
30
1952
LES MISERABLES (La vie de Jean Valjean)
31
1952
BONZO GOES TO COLLEGE
32
1953
MISTER SCOUTMASTER
33
1953
THE BIGAMIST (Le bigame)
34
1954
THE STUDENT PRINCE (Le prince étudiant)
35
1954
THEM! (Des monstres attaquent la ville)
36
1955
THE TROUBLE WITH HARRY (Mais qui a tué Harry?)
37
1956
CALABUCH (Calabuig)
Éd. 9.1.4 : 28-7-2019