La bibliothèque de L'Encinématheque

Beulah BONDI (1889 / 1981)

Beulah Bondi

Lorsqu’elle se produit à huit ans en «Petit Lord Fauntleroy» sur les planches du théâtre de Valparaiso (Indiana !), la petite Beulah Bondy – elle remplacera le "y" final de son nom par un "i" – ne sait pas encore qu’elle aura rarement l’occasion d’interpréter des personnages de son âge. Elle qui rêve de jouer les jeunes premières ne se verra proposer que des rôles de femmes âgées : il lui faut se rendre à l’évidence, elle est avant tout une actrice de composition. Ses débuts à Broadway en 1925 ne seront pas faciles (elle joue parfois deux pièces le même soir) mais son travail sera récompensé lorsque le succès de «Street Scene» la conduit enfin, à 42 ans, au cinéma. Sous la direction de King VidorKing Vidor, elle y reprend son rôle de commère aigrie commentant les faits et gestes du voisinage, une image qui va se multiplier tout au long de ses trente ans de carrière cinématographique.

Maigre et cassante, la mine sévère, elle jouera plus souvent qu’à son tour les harpies de service. Alors qu’il l’a dirigée en mère éplorée de Sylvia Sidney dans «La fille du bois maudit» (1936), Henry Hathaway la transforme en souillon échevelée dans «The Shepherd of the Hills» (1941) : elle y fait vraiment la tronche et du coup tout le monde la déteste ! Brûlée vive à la fin du film, elle disparaît au grand soulagement du spectateur, tant sa composition était outrée. Dans «L'homme du Sud» (1945) de Jean Renoir, elle est presque méconnaissable en paysanne grimaçante râlant sur toute la famille, mais bon cœur malgré tout. Mère intraitable de Robert MitchumRobert Mitchum, elle affiche son humeur acariâtre dans «Track of the Cat» (1954), western méconnu de William A. Wellman, où elle est remarquable.

Mais elle doit son plus beau rôle à Leo McCarey qui, dans «Place aux jeunes» (1937), la vieillit de vingt ans : vieille dame séparée de son mari (Victor MooreVictor Moore) par l’égoïsme de ses enfants, elle émeut et agace tour à tour mais son dernier regard à la caméra, au moment d’intégrer une sinistre maison de retraite, nous déchire le cœur. Deux ans plus tard, «On Borrowed Time/L’étrange sursis» (1939) la marie à Lionel BarrymoreLionel Barrymore  : douce mamie qui ne se fâche que pour la forme, elle s’éteint doucement lorsque la mort, incarnée par Cedric HardwickeCedric Hardwicke, vient la réclamer. Si «Place aux jeunes» fut ignoré par l’académie des oscars, elle sera nommée pour «L’enchanteresse» (1936) – elle y fume la pipe et épouse le président Andrew Jackson (Lionel Barrymore) – puis «Of Human Hearts» (1937) où elle joue pour la première fois la mère de James Stewart. John Ford, qui l’avait dirigée en 1931 dans «Arrowsmith», lui réservait le rôle de Ma Joad dans «Les raisins de la colère» : Beulah s’enthousiasme pour le personnage… qui lui échappe finalement au profit de Jane Darwell, et avec lui l’oscar !

Entièrement dévouée à son art – selon ses propres mots – Beulah Bondi choisit de rester célibataire et n’eut pas d’enfants mais elle se rattrapa avec ceux que le cinéma lui offrit : Claude RainsClaude Rains (Napoléon himself !) dans «Hearts Divided» (1936), Bette Davis dans «The Sisters/Nuits de bal» (1938) ou Annabella dans «Tonight We Raid Calais» (1943). Entre tous, c’est James Stewart qu’elle préféra : il sera son fils à cinq reprises, et d’abord chez Frank Capra pour deux de ses meilleurs films : «Monsieur Smith au Sénat» (1939) et «La vie est belle» (1946) où le cinéaste nous offre deux visages de Beulah Bondi dans le même film : mère attentionnée, elle pousse son fiston trop timide dans les bras de Donna Reed avant de se transformer, dans le cauchemar final, en logeuse aigrie chassant son propre fils qu’elle ne reconnaît pas. Moins connu, «Mariage incognito» (1938) de George Stevens lui réserve de savoureux moments où, belle-mère sympa, elle fume en douce avec Ginger Rogers qui l’initie à la danse dans une séquence mémorable : elle y remue le popotin sous le regard éberlué de son époux (Charles Coburn) avant de feindre le malaise cardiaque pour sauver la situation !

Alors que l’on évoque trop souvent les personnages ingrats qu’elle a défendus, il vaut mieux la redécouvrir, toute en douceur et retenue, dans «La bonne fée» (1935), «Our Town» (1940) ou «Le livre noir» (1949). Dans «La chanson du passé» (1941), émue par la détresse du couple Cary GrantCary Grant/Irene Dunne, elle leur permet d’adopter un enfant malgré leurs finances défaillantes : avec quelques sourires et une voix douce, elle fait remonter sa cote d’amour plus sûrement que par les artifices de certaines de ses compositions, ce qui ne nous empêche pas de sourire à ses apparitions fantaisistes : dans «La fosse aux serpents» (1948), internée avec Olivia de Havilland, elle se vante d’avoir les plus belles mains du monde et snobe les autres malades qui n’ont pas son niveau social ; dans «Les amours enchantées» (1962), elle se revêt des oripeaux de bohémienne pour le plaisir évident du déguisement.

Très présente à la télévision dès les années cinquante, son dernier rôle lui vaudra un Emmy Award de la meilleure actrice pour un épisode de la série «The Waltons» en 1977. Recevant (in extremis !) cette distinction, elle remarqua non sans humour que l'académie était bien aimable de la lui remettre… de son vivant !

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11931STREET SCENE
21933THE STRANGER's RETURN
31933CHRISTOPHER BEAN/HER SWEETHEART
41934THE PAINTED VEIL (Le voile des illusions) [ Scènes coupées au montage ]
51935THE GOOD FAIRY (La bonne fée)
61936THE INVISIBLE RAY (Le rayon invisible)
71935THE TRAIL OF THE LONESOME PINE (La fille du bois maudit)
81936THE GORGEOUS HUSSY (L'enchanteresse)
91937MAID OF SALEM (Le démon dans la ville)
101937MAKE WAY FOR TOMORROW (Place aux jeunes/Au crépuscule de la vie)
111937OF HUMAN HEARTS
121938VIVACIOUS LADY (Mariage incognito)
131938THE SISTERS (Nuits de bal)
141939MISTER SMITH GOES TO WASHINGTON (Mr.Smith au sénat)
151940REMEMBER THE NIGHT
161940OUR TOWN (Une petite ville sans histoire)
171940THE CAPTAIN IS A LADY
181941PENNY SERENADE (La chanson du passé)
191941THE SHEPHERD OF THE HILLS (Le retour du proscrit)
201943TONIGHT WE RAID CALAIS
211943WATCH ON THE RHINE (Quand le jour viendra)
221945THE SOUTHERNER (L'homme du sud)
231946SISTER KENNY
241946IT'S A WONDERFUL LIFE (La vie est belle)
251948THE SNAKE PIT (La fosse aux serpents)
261948SO DEAR TO MY HEART (Danny, le petit mouton noir)
271949THE LIFE OF RILEY , de Irving BRECHER 
281949REIGN OF TERROR (Le livre noir)
291951LONE STAR (L'étoile du destin)
301954TRACK OF THE CAT
311956BACK FROM ETERNITY (Les échappés du néant)
321957THE UNHOLY WIFE (la femme et le rodeur)
331961TAMMY TELL ME TRUE (Les lycéennes) , de Harry KELLER 
341962THE WONDERFUL WORLD OF THE BROTHERS GRIMM (Les amours enchantées) [ Sk."The Dancing Princess" ]
351963TAMMY AND THE DOCTOR , de Harry KELLER 
L'Encinémathèque
Ed.7.2.1 : 7-5-2015