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Beulah BONDI (1889 / 1981)

Beulah Bondi

Acteur américaine, née Beulah Bondy, le 3 mai 1889n, à Chicago (IIllinois, U.S.A.). Décédée le 11 janvier 1981, à Woodland Hills, Los Angeles (Californie, U.S.A.).

Lorsqu’elle se produit à huit ans en «Petit Lord Fauntleroy» sur les planches du théâtre de Valparaiso (Indiana !), la petite Beulah Bondy – elle remplacera le "y" final de son nom par un "i" – ne sait pas encore qu’elle aura rarement l’occasion d’interpréter des personnages de son âge. Elle qui rêve de jouer les jeunes premières ne se verra proposer que des rôles de femmes âgées : il lui faut se rendre à l’évidence, elle est avant tout une actrice de composition. Ses débuts à Broadway en 1925 ne seront pas faciles (elle joue parfois deux pièces le même soir) mais son travail sera récompensé lorsque le succès de «Street Scene» la conduit enfin, à 42 ans, au cinéma. Sous la direction de King VidorKing Vidor, elle y reprend son rôle de commère aigrie commentant les faits et gestes du voisinage, une image qui va se multiplier tout au long de ses trente ans de carrière cinématographique.

Maigre et cassante, la mine sévère, elle jouera plus souvent qu’à son tour les harpies de service. Alors qu’il l’a dirigée en mère éplorée de Sylvia Sidney dans «La fille du bois maudit» (1936), Henry Hathaway la transforme en souillon échevelée dans «Le retour du proscrit» (1941) : elle y fait vraiment la tronche et du coup tout le monde la déteste ! Brûlée vive à la fin du film, elle disparaît au grand soulagement du spectateur, tant sa composition était outrée. Dans «L'homme du Sud» (1945) de Jean Renoir, elle est presque méconnaissable en paysanne grimaçante râlant sur toute la famille, mais bon cœur malgré tout. Mère intraitable de Robert MitchumRobert Mitchum, elle affiche son humeur acariâtre dans «Track of the Cat» (1954), western méconnu de William A.Wellman, où elle est remarquable.

Mais elle doit son plus beau rôle à Leo McCarey qui, dans «Place aux jeunes» (1937), la vieillit de vingt ans : vieille dame séparée de son mari (Victor MooreVictor Moore) par l’égoïsme de ses enfants, elle émeut et agace tour à tour mais son dernier regard à la caméra, au moment d’intégrer une sinistre maison de retraite, nous déchire le cœur. Deux ans plus tard, «On Borrowed Time» (1939) la marie à Lionel BarrymoreLionel Barrymore  : douce mamie qui ne se fâche que pour la forme, elle s’éteint doucement lorsque la mort, incarnée par Cedric HardwickeCedric Hardwicke, vient la réclamer. Si «Place aux jeunes» fut ignoré par l’académie des oscars, elle sera nommée pour «L’enchanteresse» (1936) – elle y fume la pipe et épouse le président Andrew Jackson (Lionel Barrymore) – puis «Of Human Hearts» (1937) où elle joue pour la première fois la mère de James Stewart. John Ford, qui l’avait dirigée en 1931 dans «Arrowsmith», lui réservait le rôle de Ma Joad dans «Les raisins de la colère» : Beulah s’enthousiasme pour le personnage… qui lui échappe finalement au profit de Jane Darwell, et avec lui l’oscar !

Entièrement dévouée à son art – selon ses propres mots – Beulah Bondi choisit de rester célibataire et n’eut pas d’enfants mais elle se rattrapa avec ceux que le cinéma lui offrit : Claude Rains (Napoléon himself !) dans «Betsy» (1936), Bette Davis dans «Nuits de bal» (1938) ou Annabella dans «Tonight We Raid Calais» (1943). Entre tous, c’est James Stewart qu’elle préféra : il sera son fils à cinq reprises, et d’abord chez Frank Capra pour deux de ses meilleurs films : «Monsieur Smith au Sénat» (1939) et «La vie est belle» (1946) où le cinéaste nous offre deux visages de Beulah Bondi dans le même film : mère attentionnée, elle pousse son fiston trop timide dans les bras de Donna Reed avant de se transformer, dans le cauchemar final, en logeuse aigrie chassant son propre fils qu’elle ne reconnaît pas. Moins connu, «Mariage incognito» (1938) de George Stevens lui réserve de savoureux moments où, belle-mère sympa, elle fume en douce avec Ginger Rogers qui l’initie à la danse dans une séquence mémorable : elle y remue le popotin sous le regard éberlué de son époux (Charles Coburn) avant de feindre le malaise cardiaque pour sauver la situation !

Alors que l’on évoque trop souvent les personnages ingrats qu’elle a défendus, il vaut mieux la redécouvrir, toute en douceur et retenue, dans «La bonne fée» (1935), «Our Town» (1940) ou «Le livre noir» (1949). Dans «La chanson du passé» (1941), émue par la détresse du couple Cary GrantCary Grant/Irene Dunne, elle leur permet d’adopter un enfant malgré leurs finances défaillantes : avec quelques sourires et une voix douce, elle fait remonter sa cote d’amour plus sûrement que par les artifices de certaines de ses compositions, ce qui ne nous empêche pas de sourire à ses apparitions fantaisistes : dans «La fosse aux serpents» (1948), internée avec Olivia de Havilland, elle se vante d’avoir les plus belles mains du monde et snobe les autres malades qui n’ont pas son niveau social ; dans «Les amours enchantées» (1962), elle se revêt des oripeaux de bohémienne pour le plaisir évident du déguisement.

Très présente à la télévision dès les années cinquante, son dernier rôle lui vaudra un Emmy Award de la meilleure actrice pour un épisode de la série «The Waltons» en 1977. Recevant (in extremis !) cette distinction, elle remarqua non sans humour que l'académie était bien aimable de la lui remettre… de son vivant !

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1931
STREET SCENE
2
1933
THE STRANGER's RETURN
3
1933
CHRISTOPHER BEAN/HER SWEETHEART
4
1934
FINISHING SCHOOL
5
1934
THE PAINTED VEIL (Le voile des illusions) [Scènes coupées au montage]
6
1934
READY FOR LOVE
7
1935
THE GOOD FAIRY (La bonne fée)
8
1936
THE INVISIBLE RAY (Le rayon invisible)
9
1935
THE TRAIL OF THE LONESOME PINE (La fille du bois maudit)
10
1936
HEARTS DIVIDED (Betsy)
11
1936
THE GORGEOUS HUSSY (L'enchanteresse)
12
1937
MAID OF SALEM (Le démon sur la ville)
13
1937
MAKE WAY FOR TOMORROW (Place aux jeunes/Au crépuscule de la vie)
14
1937
OF HUMAN HEARTS
15
1938
VIVACIOUS LADY (Mariage incognito)
16
1938
THE SISTERS (Nuits de bal)
17
1939
ON BORROWED TIME
18
1939
MISTER SMITH GOES TO WASHINGTON (Mr.Smith au sénat)
19
1940
REMEMBER THE NIGHT
20
1940
OUR TOWN (Une petite ville sans histoire)
21
1940
THE CAPTAIN IS A LADY
22
1941
PENNY SERENADE (La chanson du passé)
23
1941
THE SHEPHERD OF THE HILLS (Le retour du proscrit)
24
1943
TONIGHT WE RAID CALAIS
25
1943
WATCH ON THE RHINE (Quand le jour viendra)
26
1945
THE SOUTHERNER (L'homme du sud)
27
1946
BREAKFAST IN HOLLYWOOD
28
1946
SISTER KENNY
29
1946
IT'S A WONDERFUL LIFE (La vie est belle)
30
1948
THE SNAKE PIT (La fosse aux serpents)
31
1948
SO DEAR TO MY HEART (Danny, le petit mouton noir)
32
1949
THE LIFE OF RILEY, d'Irving BRECHER
 
33
1949
REIGN OF TERROR (Le livre noir)
34
1950
THE FURIES (Les Furies)
35
1951
LONE STAR (L'étoile du destin)
36
1954
TRACK OF THE CAT
37
1956
BACK FROM ETERNITY (Les échappés du néant)
38
1957
THE UNHOLY WIFE (La femme et le rodeur)
39
1961
TAMMY TELL ME TRUE (Les lycéennes), de Harry KELLER
 
40
1962
THE WONDERFUL WORLD OF THE BROTHERS GRIMM (Les amours enchantées) [Sk."The Dancing Princess"]
41
1963
TAMMY AND THE DOCTOR, de Harry KELLER
 
Éd. 9.1.4 : 2-8-2019