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Marthe MELLOT (1870 / 1947)

Marthe Mellot

Actrice française née le 16 février 1870 à Cosne-Cours-sur-Loire (58). Décédée le 13 août 1947 à Paris.

Mine de fouine, nez busqué et collet monté, elle ne fut pas la comédienne la plus sexy du cinéma des années 30. Pourtant, le visiteur du Musée d'Albi découvre avec surprise l'affiche de «La gitane» de Jean Richepin montrant Marthe Mellot peinte en 1900 par Toulouse-Lautrec. A la même époque, ses amis Félix Vallotton et Edouard Vuillard l'ont représentée dans l'éclat de ses 30 ans, ce qui lui vaut une part d'éternité, plus sûrement sans doute que la cinquantaine de films où elle parut. Sa carrière théâtrale mérite qu'on s'y arrête puisque cette élève de la grande Réjane suivit la tournée sud-américaine de Sarah Bernhardt et joua le Rossignol à la création de «Chanteclerc» (1910) d'Edmond Rostand. Dès 1896, sur la scène de l'Ambigu, elle connaît le succès dans le rôle de Fanfan, petite héroïne d'un fameux mélo, «Les deux gosses», qu'elle jouera jusqu'à plus soif. A l'Odéon, Antoine la dirige dans «La bigote» (1909) de son voisin Jules Renard. Après avoir travaillé chez Charles Dullin et Louis Jouvet, elle devient une fidèle de Georges Pitoëff qui lui offre en 1937 son personnage le plus fort, celui de la mère présumée du «Voyageur sans bagage» de Jean Anouilh.

Dès 1910, elle avait débuté en fanfare au cinéma, tournant en vedette six courts-métrages, pour ce qui n'est qu'un faux départ : à l'exception du «Navire aveugle» (1927), elle ne tâtera plus du muet. Certaines filmographies affirment qu'elle joue la mère d'Ivan Mosjoukine dans «Feu Mathias Pascal» de Marcel Lherbier, mais il s'agit d'une confusion avec une certaine Marthe Belot. Lorsqu'on la retrouve en bonne sœur dans «Les deux orphelines» (1932) de Maurice Tourneur, elle a 62 ans et doit se contenter de brèves partitions, à l'exception d'une comédie décevante de René Clair, «Le dernier milliardaire» (1934), où elle tient le rôle essentiel de la Reine de Casinario, souveraine ruinée soumise aux volontés d'un Max Dearly déchaîné.

Au rayon des classiques, on l'aperçoit chez Renoir dans la scène des Comices de «Madame Bovary» (1934), en sœur dévote et muette de Mgr.Myriel dans «Les misérables» (1934) ou en mère de «Justin de Marseille» (1934), un savoureux Maurice Tourneur. Gouvernante dans «Le coupable» (1936) de l'ami Raymond Bernard ou surveillante dans «Katia» (1938), on la remarque dans des rôles fugitifs comme celui de la mère de «Marthe Richard, espionne au service de la France» (1937) où on la passe par les armes dès la première séquence. Très vite, il semble qu'on la préfère dans les personnages déplaisants comme la sous-maîtresse de «La dame de Malacca» (1937). Adjointe servile de l'austère Maximilienne, elle fait marcher au pas cadencé les délinquantes de «Prison sans barreaux» (1938) en éructant comme un sergent des Marines ! Maîtresse d'internat des «Jeunes filles en détresse» (1939), elle se contente d'obtempérer aux ordres claironnés par l'impériale Marguerite Moreno. Commère de village dans «Le voile bleu» (1942), elle énonce avec ravissement les malheurs qui s'acharnent sur la brave Gaby Morlay avant de jouer les mémés corses réclamant l'accomplissement de la vendetta au pauvre Noël-Noël, devenu bien malgré lui «Adémaï bandit d'honneur» (1943).

Héritant cette fois d'un rôle sympathique, elle joue dans «Le briseur de chaînes» (1941) Tante Anaïs, dame de compagnie de l'alerte centenaire Mamouret (Marcelle Géniat). Le même prénom lui réussit moins dans «Le pays sans étoiles» (1945) où elle succombe d'une crise cardiaque après avoir craché son venin dans une belle scène d'hystérie. Elle reprend du service au couvent dans «La duchesse de Langeais» (1942) – où elle obtient même le titre de mère supérieure – et «Le diable au corps» (1947). Lorsqu'il porte lui-même à l'écran «Le voyageur sans bagage» (1943), Anouilh choisit Sylvie pour succéder à Marthe dans le rôle de Madame Renaud mais crée pour sa fidèle interprète un nouveau personnage. On la repère encore chez Jean Dréville dans «La cage aux rossignols» (1945) ou «La ferme du pendu» (1945) mais il faut ensuite compter avec l'ingratitude des producteurs à l'égard des vieux serviteurs de l'écran : ses dernières participations ne seront pas toujours créditées au générique, comme ce petit rôle de chaisière dans «Antoine et Antoinette» (1946) ou de mendiante dans «Monsieur Vincent» (1947). Dans «Torrents» (1946) de Serge de Poligny, son rôle est coupé au montage…

Heureusement, la vie privée de Marthe Mellot lui apporta de belles compensations : compagne de l'auteur dramatique Louis-Alfred Natanson (1873-1932), co-fondateur de «La Revue Blanche», elle vécut dans un cercle intellectuel de belle tenue puisqu'elle fut l'amie de Jules Renard, Tristan Bernard et Léon Blum. Ses deux filles devinrent écrivains : Denise Mellot – qui  joue Azelma dans «Les misérables» – publia «Premier mariage» en 1938 ; Annette Vaillant reçut le prix de l'Académie Française en 1947. Aux dires de son petit-fils, le photographe Jean-Philippe Charbonnier, Mamie Mellot, passionnée et caustique, fut jusqu'au bout un sacré personnage qui ne s'en laissait pas compter !

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11933MADAME BOVARY
21934JUSTIN DE MARSEILLE
31934LE DERNIER MILLIARDAIRE
41934LES MISERABLES
51935BARCAROLE/BARCAROLLE [ Version française ]
61935LE ROMAN D'UN JEUNE HOMME PAUVRE
71937MARTHE RICHARD, ESPIONNNE AU SERVICE DE LA FRANCE
81937PRISON SANS BARREAUX
91939JEUNES FILLES EN DETRESSE
101941LA DUCHESSE DE LANGEAIS
111941LE BRISEUR DE CHAÎNES/MAMOURET
121942LE VOILE BLEU
131943LE VOYAGEUR SANS BAGAGE
141945LA CAGE AUX ROSSIGNOLS
151945LE PAYS SANS ETOILES
161946ANTOINE ET ANTOINETTE
171947MONSIEUR VINCENT
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 12-8-2016