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Pierre LARQUEY (1884 / 1962)

Pierre Larquey

Acteur français, né Pierre Raphaël Larquey, le 10 juillet 1884, à Cénac (33). Décédé le 17 avril 1962, à Maison-Lafitte (Seine-et-Oise).

Le bon papa Larquey a enchanté trente ans de cinéma français de sa présence bonhomme et familière et de sa voix chaude fleurant son Sud-Ouest natal. Issu d'un milieu modeste, il n'eut aucun mal à endosser les rôles de petit paysan, de domestique ou de simple troufion que le cinéma des années 30 lui attribua volontiers. Il hésite entre l'église, l'armée et le théâtre avant de remporter un premier prix au Conservatoire de Bordeaux dans le rôle d'Harpagon. Alors que la guerre de 14 s'achève, il gagne un "concours de comiques" doublé d'un engagement au Théâtre des Variétés. Il ne se révèle vraiment qu'en 1928 grâce au personnage de Tamise, compagnon de misère du professeur Topaze et reprendra même le rôle-titre lorsqu'André LefaurAndré Lefaur déclarera forfait. Au cinéma, Larquey retrouvera Tamise par deux fois, en 1932 face à Jouvet et en 1950 face à Fernandel dans la version réalisée par Pagnol lui-même.

S'il ne tourne que trois films à l'époque du muet, dès 1931 «Tout s'arrange» est son premier film parlant : plus de 200 titres vont suivre jusqu'à sa disparition au début des années 60. Bien sûr, il ne fait pas toujours le tri entre «Madame Bovary» (1933) de Jean Renoir et la piteuse série des «Trois artilleurs» ! On le voit trente secondes en employé de M.Madeleine (Harry Baur) dans «Les misérables» en 1934, année où il tourne la bagatelle de vingt films. A cette époque, il paraît le clairon au bec dans «Le grand jeu» (1933), en tambour de ville dans le premier «Knock» (1933) ou en truand irrésistiblement bègue dans «Justin de Marseille» (1934). Toute une époque fleurit à travers le nom de ses personnages : adjudant Gonfaron ou Colleret, père Mélé ou Ballot, Ulysse Hyacinthe ou M. Lacroustille... Sa petite moustache et sa calvitie naissante sont célèbres, même lorsqu'il rase la première et cache la seconde sous une perruque XVIIIème dans «Adrienne Lecouvreur» (1938). Exceptionnellement, «Monsieur Coccinelle» (1938) lui réserve le premier rôle, celui d'un petit fonctionnaire étouffé par son épouse acariâtre.

Les années 40 vont l'imposer comme une figure majeure du cinéma français, peut-être le plus grand de nos seconds rôles. C'est en premier lieu Clouzot qui démontre que l'aimable Larquey cache des abîmes de noirceur dans «L'assassin habite au 21» (1942) où son association avec Jean TissierJean Tissier et Noël Roquevert couvre les crimes de l'énigmatique Durand. «Le corbeau» (1943) lui permet d'atteindre les sommets : psychiatre morphinomane, le docteur Vorzet inonde la ville de lettres anonymes et s'interroge sur la frontière entre le bien et le mal dans le passage le plus célèbre du film : "Où est l'ombre ? Où est la lumière ?" Professeur Star dans «Le furet» (1949), il exploite cette ambiguïté puisque le sympathique voyant à la boule de cristal dissimule un malfaiteur. «Le père Goriot» (1944) aurait dû lui apporter la consécration suprême : même si cette adaptation manque de souffle, Larquey y réussit admirablement la scène de son agonie. Il excelle dans les rôles mineurs en apparence comme celui de Dix Doigts, aimable gardien de prison du «Lit à colonnes» (1942), ou du domestique d'Odette JoyeuxOdette Joyeux dans «Le mariage de Chiffon» (1941) d'Autant-Lara. Dans «La main du diable» (1942), son apparition suffisait à faire sourdre la peur panique née de “la main enchantée”. Ami fidèle de Gaby Morlay dans «Le voile bleu» (1942), il succombe au charme d'un ange joué par Simone Renant dans «La tentation de Barbizon» (1945) d'autant qu'elle le transforme pour deux heures en séducteur, un emploi plutôt inhabituel pour lui ("Avec ma gueule ?" s'exclame-t-il). Mendiant unijambiste surnommé Béquille, il est très émouvant en otage sur le point d'être fusillé dans «Jéricho» (1945).

Chauffeur de taxi malmené par la police dans «Quai des orfèvres» (1947), il retrouvera Clouzot pour «Les espions» (1957) et surtout «Les diaboliques» (1954) : enseignant médiocre d'une sinistre pension, il se fait traiter de "vieux chameau" par Simone SignoretSimone Signoret. En guise de compensation, il fut tout de même directeur d'école dans «Les anciens de Saint-Loup» (1950). C'est l'époque où Guitry le recrute comme guide touristique dans «Si Versailles m'était conté» (1953) avant de l'embastiller dans «Si Paris nous était conté» (1955). Avec «Assassins et voleurs» (1957) et «Les sorcières de Salem» (1956), ce sont hélas les rares titres glorieux de ces années 50 surtout marquées par la tambouille bordelaise de la maison Couzinet (cinq films au compteur !) et l'on souffre pour lui de le voir en caleçon subir les invectives d'une Jeanne Fusier–GirJeanne Fusier-Gir déchaînée dans «Le congrès des belles-mères» (1954).

Avant de tirer sa révérence, il parut, juché sur son tracteur, conversant amicalement avec Jean Gabin, «Le président» (1961). Contrairement à son personnage de «Millionnaires d'un jour» (1949), Larquey ne vécut pas centenaire mais mourut d'une crise cardiaque à l'âge de 77 ans : il y trouva le repos auquel aspirait l'allumeur de réverbères sur un enregistrement fameux du «Petit prince» où sa gouaille sympathique berça des générations d'enfants.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11932TOPAZE
21933KNOCK, OU LE TRIOMPHE DE LA MEDECINE
31933MADAME BOVARY
41934LES MISERABLES
51934CASANOVA
61934TEMPTATION/ANTONIA, ROMANCE HONGROISE [ Version française ]
71934COMPARTIMENT DE DAMES SEULES
81934JUSTIN DE MARSEILLE
91934LE PAQUEBOT TENACITY
101935LE BEBE DE L'ESCADRON
111935LE CHANT DE L'AMOUR
121935LE CLOWN BUX
131935UN OISEAU RARE
141935LA MARMAILLE
151936LA LOUPIOTE
161936MENILMONTANT
171936SEPT HOMMES... UNE FEMME
181936TARASS BOULBA
191937LA GRIFFE DU HASARD
201937TROIS ARTILLEURS AU PENSIONNAT
211938ADRIENNE LECOUVREUR
221938TROIS ARTILLEURS EN VADROUILLE
231938LA CHALEUR DU SEIN
241938FORT-DOLORES
251938GRAND-PERE
261938MONSIEUR COCCINELLE
271938LE MONSIEUR DE CINQ HEURES
281938UN FICHU METIER
291939L'EMIGRANTE
301939LES OTAGES
311939LA TRADITION DE MINUIT
321940ESPOIRS
331941PENSION JONAS
341942L'AMANT DE BORNEO
351942L'ASSASSIN HABITE AU 21
361942LA MAIN DU DIABLE
371942LE VOILE BLEU
381942L'ANGE DE LA NUIT
391943LE CORBEAU
401944LE PERE GORIOT
411945JERICHO
421945SYLVIE ET LE FANTÔME
431945LA TENTATION DE BARBIZON
441946SIX HEURES A PERDRE
451947IL FIACRE N.13 (Fiacre 13)
461947QUAI DES ORFEVRES
471947LA RENEGATE
481949MILLIONNAIRES D'UN JOUR
491949LE FURET
501949ON N'AIME QU'UNE FOIS
511949RONDE DE NUIT
521950LES ANCIENS DE SAINT-LOUP
531950MAMMY
541950LE MARIAGE DE MADEMOISELLE BEULEMANS
551950TOPAZE
561951LE DINDON
571951ET TA SOEUR
581951MONSIEUR LEGUIGNON, LAMPISTE
591951TROIS VIEILLES FILLES EN FOLIE
601952LE CURE DE SAINT-AMOUR
611952LE TROU NORMAND
621952LA FAMILLE CUCUROUX
631952TROIS JOURS DE BRINGUE A PARIS
641953LE CHASSEUR DE CHEZ MAXIM's
651953SI VERSAILLES M'ETAIT CONTE
661954LES DIABOLIQUES
671955SI PARIS NOUS ETAIT CONTE
681956ASSASSINS ET VOLEURS
691956LES SORCIERES DE SALEM
701961LE PRESIDENT
L'Encinémathèque
Ed.7.2.3 : 18-8-2016