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Jacques CHARON (1920 / 1975)

Jacques Charon

Acteur français, né Jacques Silvain Édouard Charon, le 27 février 1920, à Paris (France). Décédé le 15 octobre 1975 à Paris (France).

Il est né rue des Bons-Enfants, à deux pas de la Maison de Molière, et si son père est bonnetier au Magasin du Louvre, le petit Jacques Charon devine très vite que le monde du commerce n'est pas pour lui. Enfant timide, fâché avec les mathématiques, il collectionne les programmes de la Comédie Française en rêvant secrètement d'y voir un jour son nom, de préférence en jeune premier romantique chez Musset. Lorsque ses professeurs lui feront comprendre que sa nature le porte vers la comédie, il en ressentira un vif dépit.

Pour faire plaisir à son père, il sera "… bonnetier malgré lui" le jour – ou plus exactement représentant en chaussettes – mais le soir venu, il suit les cours de Julien Bertheau. En septembre 1939, il est reçu au concours d'entrée au Conservatoire et, à peine démobilisé, engagé au Français. Il cumule les petits rôles chez Molière, Beaumarchais ou Rostand avant de sidérer le public en «Arlequin poli par l'amour» dans une mise en scène de Gaston Baty (1946). Ses auteurs de prédilection seront Marivaux, Feydeau et bien sûr Molière : irrésistible Thomas Diafoirus ou Trissotin, il sera exceptionnel en Orgon dans «Tartuffe» – face à son complice Robert Hirsch – comme en Argan, «Le malade imaginaire», l'un de ses tout derniers rôles. Pas bégueule pour deux sous, il crée sur le boulevard les œuvres à succès de Barillet et Grédy ou Françoise Dorin pour le plaisir d'y diriger ses copines Sophie Desmarets («Fleur de cactus» en 1964 ou «Peau de vache» en 1975) – et Jacqueline Maillan («La facture» en 1968 ou «Folle Amanda» en 1971).

«Moi, un comédien», son recueil de souvenirs, évoque en à peine trois pages son passage au cinéma. Travailleur acharné sur les planches, il n'y a paru qu'en dilettante, tournant vingt-cinq films seulement en trente ans. C'est "… un grand jeune homme mince et brun" – selon la définition paternelle – qui débute dans «Premier rendez-vous» (1941) : Jacques y figure au nombre des pensionnaires qui tombent, comme il se doit, amoureux de Danielle Darrieux. «Des jeunes filles dans la nuit» (1942) lui laisse le souvenir cuisant de la claque magistrale que lui inflige Saturnin Fabre. Premier clerc insolent dans «Le colonel Chabert» (1943), il y a pour partenaire l'immense Raimu qui était à l'époque son éphémère collègue au Français. Trois films signés Henri Calef semblent démontrer l'envie de s'imposer sur grand écran : simple barman dans «L'extravagante mission» (1945) ou lieutenant de l'armée républicaine dans «Les chouans» (1946), c'est surtout «Jéricho» (1945) qui lui permet de se faire remarquer en comte de Saint-Leu, digne aristocrate pris en otage par les allemands pour avoir entonné la Marseillaise en public. Pour Marcel Achard, il joue l'amoureux transi d'Hortense Schneider dans «La valse de Paris» (1949), déclenchant l'ire jalouse d'Offenbach (Pierre Fresnay).

“Surbooké” au Français, Jacques Charon traverse le paysage cinématographique des années 50 et 60 comme par inadvertance. Il y eut bien sûr Pontagnac, le piètre héros d'un Feydeau à succès, «Le dindon» (1951), adapté par Claude Barma. Dans «Le bourgeois gentilhomme» (1958), il campe de façon drolatique le maître à danser de Monsieur Jourdain. Passons par profits et pertes «Cœur-sur-mer» (1950), où il joue le Prince de Turincasso acoquiné à une dénommée Lulu Cassette et retenons plutôt sa participation aux «Intrigantes» (1954) de Henri Decoin ou aux «Affreux» (1959) de Marc Allégret. Il est maître d'hôtel dans deux films de Carlo Rim, «Escalier de service» (1954) et «Ce joli monde» (1957), avec une nuance pour ce dernier titre puisqu'il joue en fait La Tulipe, le troquet des truands reconverti afin de berner le naïf Darry Cowl.

Le meilleur film de cette époque reste de toute évidence «L'auberge rouge» (1951) d'Autant-Lara : voyageur inconscient promis au funeste destin concocté par Carette et Françoise Rosay, il s'agite et rit, toujours précieux mais jamais ridicule. Jabot de dentelle et panache au chapeau en sus, le voilà colonel au temps de «Cartouche» (1962), cynique et réjoui à l'idée de perdre une centaine d'hommes au combat. Michel Boisrond étant un "… cinéaste poli et agréable" , il enchaîne sous sa gouverne trois comédies légères aux titres anaphoriques : «Comment réussir en amour» (1962), «Comment trouvez-vous ma sœur ?» (1963) ou «Comment épouser un premier ministre» (1964). Devenu selon ses propres mots "… une rondeur gaie", il y est promu chef de cabinet ou PDG.

Le triomphe sur les planches de «La puce à l'oreille» où il met en scène Jean-Claude Brialy, Micheline Presle et Françoise Fabian donne à Darryl Zanuck l'idée d'en proposer une adaptation cinématographique en anglais et d'en confier la mise en scène à Jacques Charon qui accepte sans se douter qu'il va se coltiner une "… star capricieuse". Rex Harrison exige de modifier la pièce de Feydeau : «A Flea In Her Ear» (1968) pâtit de ces tripatouillages et, malgré un slogan aguicheur – "The very sexy movie with the very funny title" – débouche sur un échec.

Ayant mis un point final à sa carrière sur grand écran, il redouble d'activité à la télévision où on le retrouve régulièrement entouré d'une fine équipe – Robert Hirsch, Micheline Boudet ou Jean Piat (dit “JeanJean”) – dans de belles versions de «Tartuffe» ou «Un fil à la patte». Nommé doyen de la Comédie Française en 1972, suite à la retraite de “Gros Loulou” (Louis Seigner), il prend ce dernier rôle très à cœur sans tomber dans l'esprit de sérieux : la preuve, il chante, danse et joue des sketches loufoques dans les shows des Carpentier, «Top à…». En 1975, sous le prétexte d'une crise cardiaque, “la Faucheuse” fait dans l'humour macabre et dit stop à… Jacques Charon. En guise d'épitaphe, retenons celle que lui réserve Jean-Claude Brialy dans son autobiographie : "Pour lui, le travail, le rire et l'amitié ne faisaient qu'un".

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11943LE COLONEL CHABERT
21945JÉRICHO
31949LA VALSE DE PARIS
41950DAKOTA 308
51951L'AUBERGE ROUGE
61951LE DINDON
71954ESCALIER DE SERVICE [Sk."Les Berthier"]
81957CE JOLI MONDE
91958LE BOURGEOIS GENTILHOMME
101962CARTOUCHE
111962COMMENT RÉUSSIR EN AMOUR
121963COMMENT TROUVEZ-VOUS MA SOEUR?
131964COMMENT ÉPOUSER UN PREMIER MINISTRE
141965LE LIT À DEUX PLACES [Sk."La repetition"]
Réalisations
LgAnTitre  
151968LA PUCE À L'OREILLE
Éd.8.1.3 : 2-9-2018