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Pierre RENOIR (1885 / 1952)

Pierre Renoir

Acteur français, né le 21 mars 1885, à Paris. Décédé le 11 mars 1952 à Paris.

Fils ainé d'un peintre de génie, frère d'un de nos plus grands cinéastes, Pierre Renoir aurait tendance à se faire oublier au sein de son “auguste“ famille. Pourtant son parcours à la scène comme à l'écran vaut vraiment le détour. Un premier prix de tragédie en 1914 lance sa carrière au moment où commence la guerre. Grièvement blessé, il gardera l’avant-bras droit paralysé. Son compagnonnage de longue haleine avec Louis JouvetLouis Jouvet a marqué les mémoires : on l’applaudit en «Siegfried» de Jean Giraudoux (1928) mais il jouera aussi Ulysse dans «La guerre de Troie n'aura pas lieu» (1935), Egisthe dans «Electre» (1937) ou Orgon dans «Tartuffe» (1947), entre autres créations majeures au Théâtre de l'Athénée dont il sera l'administrateur.

Au cinéma, belle voix grave, stature imposante et présence charismatique, il fut, dit-on, le meilleur Maigret de l'écran dans «La nuit du carrefour» (1932) signé de son frère Jean. Sous cette direction avisée, il incarne Charles Bovary face à Valentine Tessier dans «Madame Bovary» (1934), puis un Louis XVI faible mais digne dans «La Marseillaise» (1937). Avec «La bandera» (1935) de Duvivier, où il impressionne en capitaine borgne de la Légion Etrangère, ce sont ses meilleurs rôles des années 30. A cette époque, on l'associe volontiers à de belles vedettes dont il est l'époux trop âgé, trop jaloux, comme Annabella dans «La citadelle du Silence» (1937) et Viviane Romance dans «La maison du Maltais» (1938). Beaucoup de films appartiennent à un cinéma désuet où il porte volontiers l’uniforme mais on peut prendre beaucoup de plaisir à «Mollenard» (1937) et «Le patriote» (1938) – qui le confrontent à Harry Baur – comme à «L'affaire Lafarge» (1937) où Pierre Chenal le distribue en odieux mari de Marcelle ChantalMarcelle Chantal qui aurait bien des motifs de l'empoisonner !

Policier magnanime dans «Le récif de corail» (1939), il favorise l’amour menacé du couple Gabin-Morgan. Toutefois, méfions-nous de son abord sympathique dans «Pièges» de Robert Siodmak (1939) car l’ami fidèle de Maurice Chevalier est l’assassin de jeunes filles esseulées. De même, le jovial pensionnaire de Madame Vauquer dans «Le père Goriot» (1944) n’est autre que le fameux Vautrin, forçat en cavale, et le "bon petit docteur" de la richissime Marguerite DevalMarguerite Deval dans «Le furet» (1949) n’a qu’une idée : l’expédier ad patres pour toucher l’héritage !

Visiblement, il a les qualités requises du chef de clan : pour son premier film, «Dernier atout» (1942), Jacques Becker le transforme en Rudy Score, gangster américain recherché par toutes les polices, dont il donne une variante française dans «Madame et le mort» de Louis Daquin (1942). Une fin tragique est l’unique issue possible pour l’exploitant tyrannique d’une mine d’or dans «Tornavara» (1943) ou le dernier descendant d’une famille maudite, sombrant dans la folie dans «Le loup des Malveneur» (1942).

Remplaçant au pied levé Robert Le ViganRobert Le Vigan en fuite, il trouve grâce à Carné et Prévert l’un de ses plus beaux rôles : l'extraordinaire et maléfique Jéricho,dit “La Trompette”, dit “Pleure Misère”, marchand d'habits, receleur et délateur dans «Les enfants du paradis» (1945) ; on se souvient de la tendre Nathalie (Maria Casarès) qui ne peut le croiser sans frémir. Certes, on ne l'attendait pas vraiment dans «Le capitan» (1945) mais il ne manque pas de panache en duc d'Angoulême complotant contre Louis XIII avant de se rallier à sa cause.

A l’exception du chef de famille victime d’un chantage dans «La dame d'onze heures» (1947) et du procureur du roi dans «La ferme des sept péchés» (1948) – deux belles réalisations de Jean Devaivre – l’après-guerre déçoit côté cinéma. Alors qu’il triomphe sur la scène de l’Atelier dans «Le pain dur» de Paul Claudel, l’absence de son frère émigré aux Etats-Unis se fait sentir : Pierre Renoir se relâche et tourne pour Alfred Rode ou Willy Rozier… Partenaire une dernière fois de Jouvet dans «Knock» (1950), il porte avec malice la calotte et la barbiche en broussaille du pharmacien Mousquet. On peut se douter de l’immense chagrin ressenti à la mort de son maître et ami : fidèle jusqu’au bout, Pierre Renoir disparaît moins d'un an plus tard.

Marié successivement aux comédiennes Véra SergineVéra Sergine, Marie–Louise IribeMarie-Louise Iribe et Elisa Ruis, il eut un fils célèbre lui aussi, Claude Renoir, l'un des plus grands chefs opérateurs du cinéma international.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11924LA FILLE DE L'EAU
21932LA NUIT DU CARREFOUR
31933L'AGONIE DES AIGLES
41933MADAME BOVARY
51935LA ROUTE IMPERIALE
61935TOVARITCH
71935LA BANDERA
81935VEILLE D'ARMES
91937LA CITADELLE DU SILENCE
101937LA MARSEILLAISE
111938LE PATRIOTE
121938LA PISTE DU SUD
131938LA MAISON DU MALTAIS
141938LE REVOLTE
151939LE RECIF DE CORAIL
161939PIEGES
171939MACAO, L'ENFER DU JEU , Sorti en 1942 [ Version de 1942 ]
181940CEUX DU CIEL
191941LE PAVILLON BRÛLE
201942LA LOI DU PRINTEMPS
211942LE JOURNAL TOMBE A CINQ HEURES
221942DERNIER ATOUT
231942LE LOUP DES MALVENEUR
241942MADAME ET LE MORT
251943TORNAVARA
261944LE PERE GORIOT
271944LE MYSTERE SAINT-VAL , Sorti en 1945
281945LES ENFANTS DU PARADIS
291945LE CAPITAN
301948LA FERME DES SEPT PECHES
311949MENACE DE MORT
321949LE FURET
331950KNOCK
L'Encinémathèque
Ed.7.2.1 : 16-5-2015