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Laura Hope CREWS (1879 / 1942)

Laura Hope Crews

Actrice américaine, née le 12 décembre 1879, à San Francisco (Californie, U.S.A.). Décédée le 13 novembre 1942, à New York City (New York, U.S.A.).

Le cinéma n'a pas retenu l'image de jeune première romantique à la longue chevelure bouclée qu'elle dispensa sur les planches à l'aube du vingtième siècle. C'est à soixante ans qu'elle rencontra son personnage le plus fameux dans «Autant en emporte le vent» (1939), celui de la frétillante Pittypat Hamilton qui s'évanouit au bal de charité d'Atlanta en voyant une jeune veuve nommée Scarlett O'Hara danser avec entrain au bras de Rhett Butler.

Fille d'Angelena Lockwood, vedette d'une troupe californienne, Laura Hope Crews déboule sur scène dès l'âge de quatre ans et connaît deux ans plus tard sa première tournée. Scolarité oblige, elle attend patiemment ses dix-huit ans pour entamer un beau parcours sur les planches, d'abord à San Francisco puis en 1900 à New York. Parmi les œuvres marquantes qu'elle interpréta, retenons «Hedda Gabler» d'Ibsen en 1906 avec Alla Nazimova, «Beaucoup de bruit pour rien» en 1913 auprès de Mary Boland – un autre tempérament exubérant – puis «Peter Ibbetson» en 1917 avec John et Lionel Barrymore ou «Week-end» de Noel Coward qu'elle met elle-même en scène en 1925. Certains critiques tatillons lui reprochent d'insuffler de la drôlerie jusqu'aux rôles dramatiques alors que c'est justement le secret de sa popularité. Au mitan des années trente, elle retrouve Broadway pour une comédie musicale de Cole Porter, «Jubilée», où débute un jeune prodige nommé Montgomery Clift.

En 1915, elle tente l'aventure cinématographique et l'affiche de «Blackbirds» – adaptation de l'un de ses succès à Broadway – la présente comme "… the illustrious star" ; «The Fighting Hope» sort dans la foulée mais il semble que son image de jeune première ne puisse s'imposer au grand écran. Une quinzaine d'années plus tard, Hollywood fait appel à cette comédienne émérite comme coach vocal de stars désireuses de faire entendre une voix mélodieuse dans les salles obscures : elle dispense ainsi ses conseils avisés auprès de Norma Talmadge, Gloria Swanson ou Carole Lombard avant d'incarner la mère de Robert Young dans «New Morals For Old» (1932), entamant ainsi une décennie de présence active à l'écran. Son abattage fait merveille lorsqu'elle joue la carte de la comédie auprès de la craquante Ginger Rogers de «Rafter Romance» (1933) ou du flegmatique Edward Everett Horton, héros de «Her Master's Voice» (1935). Le maître Lubitsch la retient pour le rôle de la grande-duchesse Anna, amie de Marlene Dietrich dans «Ange» (1937). Entre temps, elle aura travaillé sous la direction de Michael Curtiz pour «Female» (1933 dans lequel son apparition reste sujet à controverse) ou plus certainement sous celle d'Ernest B. Schoedsack, le cinéaste de «King Kong», pour «Blind Adventure» (1933) horriblement traduit en français par «Dans la purée de Londres» !

Qu'elle s'appelle Tante Jane, Tante Minnie, Tante Lettie ou Grandma, l'image souriante de vieille dame fofolle et dodue popularisée par «Gone With the Wind» ne doit pas nous faire oublier qu'elle fut avec autant d'aplomb dans «The Silver Cord» (1933), l'un de ses rôles fétiches à la scène, une mère abusive qui embrasse son "petit garçon" sur la bouche et ne se résout pas à la voir courtiser Irene Dunne. De même, c'est avec stupeur que la belle-mère snob de Sylvia Sidney découvre que son fiston a épousé une Indienne dans «Behold My Wife !» (1934). Quelques années plus tard, elle ne veut toujours pas se séparer de son chérubin bien-aimé – joué cette fois par Dennis O'Keefe – dans «I'm Nobody's Sweetheart Now» (1940). Toute en froufrous et roucoulements, elle recueille, dans «Nuits de bal» (1938), une Bette Davis en piteux état après le tremblement de terre de San Francisco ; les deux comédiennes devaient se retrouver dans «The Man Who Came to Dinner» (1941) mais William Keighley n'eut pas le bon goût de conserver sa scène au montage alors qu'il laissa libre cours au cabotinage de l'omniprésent Monty Wooley. Fort heureusement, il n'en alla pas de même pour son rôle de comtesse dans «Escapade» (1935) ni de sa participation aux comédies de Bob Hope – «Thanks For the Memory» (1938) – ou Bing Crosby : elle joue Mrs.Minerva Twombling dans «Doctor Rythm» (1938) et Carlotta Salvini dans «The Star Maker» (1939), des personnages dont le nom est déjà tout un programme comme celui de Lily Hoggett-Egbury dans «La mousson» (1939) ou Mrs.Luxury dans «L'oiseau bleu» (1940). Toutefois celle qui emporte le morceau, c'est Madame Zuleika, la voyante de «La sarabande des pantins» (1939), d'autant moins extra-lucide qu'elle est dangereusement portée sur la bouteille.

S'il ne fallait retenir qu'un rôle sur ses trente-huit films, ce serait certainement celui que lui offre George Cukor dans «Le roman de Marguerite Gautier» (1936) : Prudence Duvernoy, l'entremetteuse, abuse du cognac, fume le cigare et lève la jambe pour prouver qu'elle n'a que trente-six ans ; traitée de "vieille peau" ou de "vautour", elle justifie ces surnoms en pillant son “amie” Garbo à l'agonie : un grand numéro qui ne fut pourtant pas salué par l'académie des oscars. En juin 1942, Laura Hope Crews reprenait à Broadway le rôle de Dorothy Brewster, la vieille tante empoisonneuse d'«Arsenic et vieilles dentelles». Le succès était au rendez-vous mais la maladie allait l'emporter en quatre mois. «La belle ensorceleuse» (1941), son dernier film signé René Clair, venait de sortir : en tante sourdingue de Roland Young, elle y était de nouveau irrésistible ; entendre cette éternelle célibataire expliquer les désagréments du mariage à une Marlène Dietrich ironique est un plaisir qui ne se refuse pas.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1915
BLACKBIRDS
 
2
1932
NEW MORALS FOR OLD, de Charles BRABIN
 
3
1933
THE SILVER CORD
4
1933
RAFTER ROMANCE (Idylle sous les toits), de William A.SEITER
 
5
1934
LIGHTNING STRIKES TWICE, de Ben HOLMES
 
6
1935
ESCAPADE
7
1935
HER MASTER's VOICE
8
1936
CAMILLE (Le roman de Marguerite Gautier)
9
1937
ANGEL (Ange)
10
1938
Dr.RHYTHM
11
1938
THE SISTERS (Nuits de bal)
12
1938
THANKS FOR THE MEMORY
13
1939
IDIOT's DELIGHT (La sarabande des pantins)
14
1939
THE STAR MAKER, de Roy Del RUTH
 
15
1939
GONE WITH THE WIND (Autant en emporte le vent)
16
1940
BLUE BIRD (L'oiseau bleu)
17
1940
I'M NOBODY's SWEETHEART, d'Arthur LUBIN
 
18
1940
LADY WITH RED HAIR
19
1941
THE FLAME OF NEW ORLEANS (La belle ensorceleuse)
Éd. 9.1.4 : 13-12-2018