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Mady BERRY (1887 / 1965)

Mady Berry

Actrice française, née Madeleine Van Blitz, le 4 octobre 1887, à Berck-Sur-Mer (Pas de Calais). Décédée le 18 janvier 1965, à Paris.

Fille d’un photographe renommé installé à Berck, cette "bonne grosse fille" – ainsi qu’elle se définit elle-même – s’enthousiasme dès l’enfance pour le théâtre. Elève peu motivée de l’Ecole des Arts Décoratifs de Nice, elle suit avec passion un cours de déclamation. Son parrain, ami du comédien Lugné-Poe, lui fait découvrir le monde magique auquel elle consacrera sa vie. En 1910, elle épouse le théâtre et le comédien Marcel Millet, débutant ainsi une carrière de «Cinquante ans sur les planches», selon le titre de son autobiographie parue en 1962; le sous-titre, «Mémoires d’une servante», souligne à quel point elle sera une "bonne et loyale ouvrière du théâtre" mais il dit surtout son emploi favori.Toutefois, elle jouera Agrippine dans «Britannicus» ou Catherine de Médicis dans «Margot» avec Yvonne Printemps et Pierre FresnayPierre Fresnay, sans parler d’une collaboration enthousiaste avec Georges Pitoëff pour «Le canard sauvage» d’Ibsen ou «Ce soir on improvise» de Pirandello.

Au cinéma, qu’elle fréquente assidûment pendant une vingtaine d’années, elle tourne plus de 80 films, souvent plantée devant ses fourneaux ou installée dans une loge de concierge. Si son livre de mémoires n’en parle guère, c’est sans doute que les noms d’Antoine, de Dullin ou Pitoëff sonnent mieux que ceux de la plupart des réalisateurs qui l’ont dirigée mais on aurait apprécié qu’elle croque avec sa franchise coutumière Pabst ou Siodmak, Ophüls ou Carné. Chez Jacques Tourneur, pour qui «Tout ça ne vaut pas l’amour» (1931), mère d’un Jean GabinJean Gabin débutant, elle s’enflamme pour le pharmacien Renaudin (Marcel Lévesque) et lui fait une déclaration inattendue qui le fait fuir à toutes jambes ! La même année, «Le rosier de Madame Husson» (1931) lui donne un rejeton bien benêt interprété par FernandelFernandel. Madame Bijou, solide cantinière, ne bronche pas face au Capitaine Turluret pourtant joué par Raimu dans «Les gaietés de l’escadron» (1932). «Don Quichotte» (1932) en fait la truculente compagne de Sancho Pança (DorvilleDorville). Très vite, elle sera populaire comme le montrent les affiches de films où son nom paraît souvent en gros caractères, et même parfois au-dessus du titre comme pour «Les surprises de la radio» (1940) où elle entraîne sa petite famille à la découverte de la capitale.

Affectueuse matrone, elle seconde Madeleine Renaud dans «La maternelle» (1933) de Jean-Benoît Lévy qui réclame de nouveau ses bons offices pour «La mort du cygne» (1937). «Le paquebot Tenacity» (1934) de Julien Duvivier la présente en aimable tenancière d’un hôtel du Havre. Dans l’excellent «Pièges» (1939), cuisinière émérite nommée Sidonie Le Guellec, elle remporte, au grand désarroi d’une Milly MathisMilly Mathis éplorée, le titre de cordon bleu pour sa bécasse farcie et, en prime, le droit de valser avec Maurice ChevalierMaurice Chevalier ! Nounou fidèle, elle s’occupe du petit garçon de Mistinguett dans «Rigolboche» (1936) comme elle prendra soin en habilleuse attentionnée de Micheline Presle alias «Félicie Nanteuil» (1942), l’un de ses meilleurs films. Sa fibre maternelle vibre tout autant pour ce grand filou de Jules Berry, sous les costumes d'un «Arsène Lupin détective» (1937) dont elle incarne la fidèle servante, Victoire. Toutefois, dans «Blanchette» (1936), le mariage avec Charles GranvalCharles Granval ne lui réussit guère, leur fille (Marie BellMarie Bell) sombrant dans la prostitution. «Le chemin de Rio» (1936) la montre en bourgeoise égoïste profitant des deniers de son époux qui dirige un réseau de traite des blanches.

Certes les chefs d’œuvre ne sont pas légion dans cette filmographie un peu trop bourrative. In extremis, «Le jour se lève» (1939) vient couronner une décennie riche en titres mais pauvre en grands réalisateurs : concierge volubile de Jean Gabin, elle s’apitoie sur son sort dramatique. Après-guerre, Marcel Carné fera de nouveau appel à ses bons services pour «Les portes de la nuit»(1946) : sous le plaisant pseudonyme de Madame Quinquina, elle donne à Carette une ribambelle d’enfants et, langue bien pendue, n’hésite pas à dire ses quatre vérités au vieux collabo joué par Saturnin Fabre. C’est l’époque où elle hérite de rôles de commère comme la Mère Brodequin de «Clochemerle» (1948). Lasse sans doute de grimper les escaliers ou de servir à table, elle joue pourtant la bonne de Pierre Fresnay dans «Les œufs de l’autruche» (1957) mais apprécie la promotion inédite que lui offre Jean Devaivre dans «Un caprice de Caroline chérie» (1952) où elle campe une gouailleuse marquise de Mortelone.

"Soucieuse de justice sociale et de solidarité professionnelle" selon les mots d’Edwige FeuillèreEdwige Feuillère qui écrivit la préface de ses souvenirs, cette comédienne cultivée milita activement au Syndicat des Artistes Interprètes.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11931LE JUIF POLONAIS
21931TOUT CA NE VAUT PAS L'AMOUR
31931LE ROSIER DE MADAME HUSSON
41932LES GAÎTES DE L'ESCADRON
51932LES VIGNES DU SEIGNEUR
61933LA MATERNELLE
71934LE PAQUEBOT TENACITY
81935COUP DE VENT
91937ARSENE LUPIN DETECTIVE
101938PRINCE BOUBOULE
111939LE CHEMIN DE L'HONNEUR
121939LES OTAGES
131939LE JOUR SE LEVE
141939SANS LENDEMAIN
151942FELICIE NANTEUIL
161945ETOILE SANS LUMIERE
171946LES PORTES DE LA NUIT
181952UN CAPRICE DE CAROLINE CHERIE
191957LES OEUFS DE L'AUTRUCHE
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 16-8-2016