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Vladimir SOKOLOFF (1889 / 1962)

Vladimir Sokoloff

Acteur russe, né le 26 décembre 1889, à Moscou. Décédé le 14 février 1962, à Hollywood.

Quel étonnant parcours ! Né dans l'Empire Russe, Vladimir Nikolaevich Sokoloff émigre à Berlin au début des années 20 puis choisit la France lorsque les Nazis prennent le pouvoir, avant de s'installer aux États-Unis où ce petit homme malicieux remet les compteurs à zéro en devenant un “character actor” hollywoodien pour les 25 dernières années de sa longue carrière.

À ses débuts, il fut pendant trois ans le disciple fervent de Stanislavski au Théâtre d'Art de Moscou. Il commence à se faire connaître, de préférence dans des rôles comiques, dès 1914. Il vient de rencontrer sa future épouse, la comédienne Elizabeth Alexandrova – sa partenaire dans «La mégère apprivoisée» – lorsque la Révolution russe interrompt toute activité théâtrale : le couple quitte Moscou et connaît une vie de privations. Alors que les affaires reprennent, il rencontre Isadora Duncan qui lui suggère de s'orienter vers les emplois tragiques. Lors d'une tournée en Allemagne, Max Reinhardt lui propose d'intégrer sa troupe. Son interprétation de Puck dans «Le songe d'une nuit d'été» en 1927 restera marquante, de même que son Robespierre dans «La mort de Danton», rôle repris à Broadway en 1938 avec le Mercury Theater d'Orson Welles. Dix ans plus tard, il jouera le juge Porphyre face à John Gielgud en Raskolnikov dans une adaptation de «Crime et Châtiment».

C'est à Berlin que Wladimir – selon l'orthographe germanique – débute à l'écran, sous la houlette des meilleurs cinéastes, à commencer par Georg Wilhelm Pabst dont il sera sept fois l'interprète. Outre «L'amour de Jeanne Ney» (1927) et «Quatre de l'infanterie» (1930), on le voit dans les deux versions, française et allemande, de «L'opéra de quat'sous» (1931) : geôlier corruptible, il libère Mackie pour un baiser de Margo Lion (ou de Lotte Lenya). Partenaire de Marlene Dietrich dans «Le navire des hommes perdus» (1929) de Maurice Tourneur, il travaille avec William Dieterle dans «Kismet» (1930) et Robert Siodmak pour «Abschied» (1930), deux cinéastes qu'il retrouvera outre-Atlantique. «No Man's Land» (1931) de Victor Trivas lui attribue le rôle symbolique et positif du Juif dans une œuvre pacifiste qui sera interdite sur ordre de Goebbels dès 1933. Émigré en France, Sokoloff poursuit sa collaboration avec Pabst : comte russe égaré dans les sables sahariens de «L'Atlantide» (1932), il paraît en roi des gitans dans «Don Quichotte» (1932) et en viennois de souche dans «Du haut en bas» (1933). Caution slave de «Sous les yeux d'occident» (1936), il sera chef de la police dans «Mayerling» (1935) et le seul comédien russe à tenir un rôle essentiel dans «Les bas-fonds» (1935) adapté de Maxime Gorki, où il campe l'odieux receleur Kostileff marié à Suzy Prim. Après Jean Renoir, c'est Abel Gance qui l'engage pour l'un des rôles supplémentaires rajoutés en 1935 pour une version parlante de son «Napoléon». «Mister Flow» (1936) de Siodmak en fait le comparse de Louis Jouvet, son metteur en scène de «Tessa» au Théâtre de l'Athénée en 1934.

Débarquant à Hollywood avec Elizabeth, Vladimir retrouve très vite des visages familiers : William Dieterle le porte au générique de «Blocus» (1938) et «Juarez» (1939) quand Anatol Litvak le retient pour «Tovarich» (1937) – où son rôle saute au montage – et «Le mystérieux docteur Clitterhouse» (1938). Comme ses amis Akim Tamiroff et Mischa Auer, il intègrera volontiers les œuvres dont l'action ou les personnages ont un lien avec son pays natal. C'est ainsi qu'il joue le rôle d'un soldat mourant dans «Marie Walewska» (1937), un marin russe dans «Les gars du large» (1938), un familier de Catherine II dans «Scandale à la cour» (1945) ou un certain Ivan Pavloff dans «Le retour d'Arsène Lupin» (1938). Curieusement, il verse dans la satire des soviets avec «Camarade X» (1940) avant d'en faire l'éloge dans «Song of Russia» (1943) et «Mission to Moscow» (1943), deux films de propagande qui seront voués aux gémonies par le sénateur McCarthy.

Toutefois, selon Sokoloff lui-même, les personnages russes sont loin d'être prépondérants : le comédien revendiquait trente-cinq nationalités différentes, dont paradoxalement nombre de personnages d'ascendance hispanique. L'un des plus célèbres est Anselmo, le guide de Gary Cooper dans «Pour qui sonne le glas» (1943) dont la distribution compte une belle brochette d'exilés russes recrutés pour incarner… les républicains espagnols, à commencer par Sokoloff et Tamiroff. A chaque nationalité, son look : après les moustaches du Père Schlamp pour «Dans les rues» (1933), le visage glabre du baron allemand de «Lac aux dames» (1934) ou du chef philippin de «La glorieuse aventure» (1939), après le Cézanne barbichu de «La vie d'Émile Zola» (1937), le chapeau chinois et la longue barbiche blanche du mendiant aveugle dans «Macao» (1951), après la tenue d'un vieux fakir dans «Sabu and the magic ring» (1957), il arbore, pour son dernier rôle, le crâne rasé et la moustache des cosaques dans «Taras Boulba» (1962).

Comme les patronymes évoluent avec les nationalités, il s'appelle Chow Fu-Shan «À l'est de Shanghaï» («West of Shanghai» en V.O. !) et Aziz Rakim à «Istanbul» (1956). Mais, qu'il soit un prêtre grec dans «Mr Lucky» (1943), un pêcheur portugais dans «Les conspirateurs» (1944) ou l'aimable oncle Hugo, chef d'une famille de voleurs, dans «A Scandal in Paris» (1946), Sokoloff semble toujours faire preuve d'une réelle sagesse et d'un jeu efficace et sans surcharge. Fritz Lang, qui l'apprécie, le recrute à trois reprises : très vite blanchi sous le harnais, on l'appelle Pop dans «Scarlet Street» (1945) et «La cinquième victime» (1956) mais c'est surtout «Cape et poignard» (1946) qui le met en valeur : face à Gary Cooper, il joue le Docteur Polda, un savant atomiste italien contraint de travailler pour les Nazis ; dans la scène la plus forte de ce “Lang” mineur, il clame sa haine de Mussolini et sa honte d'avoir dû renoncer à son idéal humaniste après l'enlèvement de sa fille bien-aimée.

Vladimir Sokoloff sera aussi un professeur respecté dans l'école de théâtre créée à Hollywood par Max Reinhardt : il y prodigua ses conseils avisés à nombre de jeunes comédiens, au premier rang desquels Robert Ryan, son élève préféré. S'il fallait une dernière preuve de sa parfaite intégration au cinéma américain, on remarque qu'il termine sa carrière dans l'univers du western, avec «La ruée vers l'Ouest» (1960) d'Anthony Mann – où il se nomme tout de même Jacob Krubeckoff – et surtout «Les sept mercenaires» (1960) de John Sturges : vieux paysan mexicain, c'est lui qui convainc Yul Brynner et ses comparses de défendre son village. À la même époque, on le voit à la télévision dans «L'homme à la carabine» ou «La grande caravane». C'est d'ailleurs des suites d'une chute de cheval lors du tournage de «Taras Boulba» qu'il meurt d'une hémorragie cérébrale en 1962, quatorze ans après son épouse Elizabeth.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

INTERPRÉTATIONS:
LgAnTitre  
11927DIE LIEBE DER JEANNE NEY (L'amour de Jeanne Ney)
21930WESTFRONT 1918 / VIER VON INFANTERIE (Quatre de l'infanterie)
31930ABSCHIED (Adieux)
41931DIE DREIGROSCHENOPER / L'OPÉRA DE QUAT' SOUS [Versions allemande et française]
51931NIEMANDSLAND (No Man's Land) de Victor TRIVAS 
61932DIE HERRIN VON ATLANTIS / L'ATLANTIDE / THE MISTRESS OF ATLANTIS [Versions allemande et française]
71933DANS LES RUES
81933DU HAUT EN BAS
91934LAC AUX DAMES
101935NAPOLÉON BONAPARTE [Voix]
111936MAYERLING
121936RAZUMOV / SOUS LES YEUX D'OCCIDENT
131936LES BAS-FONDS
141937THE LIFE OF EMILE ZOLA (La vie d'Émile Zola)
151937WEST OF SHANGHAI (À l'est de Shanghaï) de John FARROW 
161938BLOCKADE (Blocus)
171938THE AMAZING DR.CLITTERHOUSE (Le mystérieux docteur Clitterhouse)
181939JUAREZ
191939THE REAL GLORY (La glorieuse aventure)
201940COMRADE X
211943MISSION TO MOSCOW
221943Mr. LUCKY
231943FOR WHOM THE BELL TOLLS (Pour qui sonne le glas)
241944PASSAGE TO MARSEILLE (Cap sur Marseille)
251944THE CONSPIRATORS (Les conspirateurs)
261945A ROYAL SCANDAL (Scandale à la cour)
271945SCARLET STREET (La rue rouge)
281946A SCANDAL IN PARIS (Scandale à Paris)
291946CLOAK AND DAGGER (Cape et poignard)
301948TO THE ENDS OF THE EARTH (Opium) de Robert STEVENSON 
311950THE BARON OF ARIZONA
321951MACAO (Le paradis des mauvais garçons)
331956ISTANBUL
341960BEYOND THE TIME BARRIER
351960THE MAGNIFICENT SEVEN (Les sept mercenaires)
361960CIMARRON (La ruée vers l'ouest)
Éd.8.1.3 : 25-7-2017