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Renée DEVILLERS (1902 / 2000)

Renée Devillers

Actrice Française, né(e) Renée Blanche Deteix, le 9 octobre 1902, à Belleville (Paris). Décédé(e) le 5 août 2000, à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne).

Renée Devillers fut l'une de nos plus charmantes et discrètes doyennes. Elle avait à peine quatorze ans lorsqu'elle auditionna avec succès au Théâtre de l'Odéon. Paul Gavault la remarqua, l'engagea et Firmin GémierFirmin Gémier la fit travailler, "durement", avoua-t-elle. Il ne la démentit pas, mais il savait que la petite fille frêle et sensible aux grands yeux lumineux était superbement douée.

Elle peaufina une malicieuse Agnès digne de Molière et un an plus tard, son illustre professeur lui permit d'incarner Puck, le petit diablotin dans «Le songe d'une nuit d'été» de William Shakespeare. Son sourire et ses fossettes constituèrent son meilleur talisman et sa voix, à la fois cristalline et grave, sut subjuguer son public. Après deux refus (le premier en 1934 à Emile Fabre, le second en 1945 à André Obey), elle accepta en 1961 la proposition de Maurice EscandeMaurice Escande d'entrer à la Comédie Française en tant que pensionnaire. Elle y fit merveille, entre autres, dans «Le dialogue des carmélites» de Georges Bernanos,«Crime et châtiment» de Gabriel Arout, d'après Dostoïevski, «Les caprices de Marianne» d'Alfred de Musset et «Marie Stuart» de Schiller. Quatre ans plus tard, elle quitta Molière et les ors de sa vénérable institution de la place Colette lorsque le rideau pourpre se referma sur «Les temps difficiles», l'une des oeuvres maîtresses d'Edouard Bourdet.

Quant à l'art cinématographique, encore balbutiant, Renée y débuta dans le muet en 1921 pour un mélodrame, «L'affaire du train 24», tourné en huit épisodes comme ce fut souvent le cas de l'époque. Elle recouvra la parole pour exprimer «La douceur d'aimer» (1930) aux côtés de Victor Boucher et ArlettyArletty.

Parmi ses premiers rôles, certains titres méritent d'être relevés : «L'homme du jour» (1936) en tendre fleuriste auprès d'un Maurice Chevalier en brave électricien ; «L'appel de la vie» (1937) tourné à Berlin pour la UFA avec Victor Francen ; «Le voile bleu» (1942) de l'émouvante Gaby Morlay à laquelle elle confia son fils tandis que la France entière épanchait ses larmes ; «Les amoureux sont seuls au monde» (1948) en épouse digne, bien que trompée de son époux Louis Jouvet. Talleyrand, «Le diable boiteux» (1948), en fit sa nièce, son égérie habile et sa secrétaire surdouée. Mais c'est en épouse exemplaire et compréhensive d'«Un grand patron» (1951) très préoccupé par sa carrière (Pierre Fresnay) qu'elle exprima le mieux toute l'étendue de son talent, avant qu'elle ne réponde, professeur de musique, à «L'appel du destin» (1953) lancé par ce jeune chef d'orchestre que fut Roberto BenziRoberto Benzi.

Au sein de l'impressionnante distribution réunie par Sacha Guitry, on aperçut furtivement Renée Devillers en Madame Campan, la secrétaire dévouée de la reine Marie-Antoinette, dans «Si Versailles m'était conté» (1953). Mère bouleversée, elle traverse «Le blé en herbe» (1953) pour alléger les douleurs des incoercibles sentiments que pouvait ressentir son jeune fils envers une troublante “dame en blanc” incarnée par Edwige FeuillèreEdwige Feuillère. Au terme de cette même année, elle nous apparut en supérieure du couvent des "Hirondelles", l'œil vif posé sur une «Mam'zelle Nitouche» chaperonnée par Fernandel. A l'opposé, la voici millionnaire en bijoux, bien décidée avec sa fille (Magali de VendeuilMagali de Vedeuil) à aider ce brave et clownesque «Fernand clochard» (1957). Plus sérieusement, elle s'afficha en belle-mère d'Emmanuelle RivaEmmanuelle Riva qu'elle appréciait beaucoup pour ses deux derniers films : «Climats» (1961), d'après le roman d'André Maurois, et «Thérèse Desqueyroux» (1962) d'après celui de François Mauriac.

Dans l'ensemble, le cinéma la confina souvent dans des personnages sans réelle originalité. Elle eut mérité bien meilleure mise en valeur. Quel dommage qu'aucun metteur en scène n'ait vraiment réussi à lui tirer la quintessence de son art ! A 64 ans, elle tourna définitivement et apparemment sans regrets la page professionnelle de sa vie et se retira dans la quiétude d'un minuscule village de Seine-et-Marne, accolé à l'illustre château de Guermantes, un nom aux réminiscences proustiennes qui ne pouvait que l'interpeller.

Renée Devillers se maria le 7 novembre 1935 à Gif-sur-Yvette avec le banquier Jean Hottinguer. Cette union sans nuages magnifiera sa raison d'être par la naissance de trois enfants, Françoise, Jean-Philippe et Barbara. Hospitalisée à la Clinique de Lagny-sur-Marne, l'actrice nous quitta pour rejoindre son époux au cimetière de Guermantes.

Renée Devillers mena sa vie sans aucun faux pas et avec tant de discrétion que l'on peut presque dire qu'elle reste aujourd'hui encore, une grande méconnue.

Yvan Foucart

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11930LA DOUCEUR D'AIMER
21932MA FEMME... HOMME D'AFFAIRES
31936L'HOMME DU JOUR
41937L'APPEL DE LA VIE
51940UNTEL PERE ET FILS , Sorti en 1945
61942LA FEMME QUE J'AI LE PLUS AIMEE
71942LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES
81942LE VOILE BLEU
91945ROGER-LA-HONTE
101947LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE
111948LES DERNIERES VACANCES
121948LE DIABLE BOITEUX
131948LE DROIT DE L'ENFANT
141951UN GRAND PATRON
151952COIFFEUR POUR DAMES
161952L'APPEL DU DESTIN
171953LE BLE EN HERBE
181953SI VERSAILLES M'ETAIT CONTE
191953MAM'ZELLE NITOUCHE
201958SECRET PROFESSIONNEL
L'Encinémathèque
Ed.7.2.1 : 24-6-2015