La bibliothèque de L'Encinématheque

Claudine DUPUIS (1924 / 1991)

Claudine Dupuis

Actrice française, née Andrée Esther Chaloum, le 1er mai 1924, à Paris. Décédée le 26 mai 1991, à Lisieux (Calvados).

Fille d'un transporteur routier et d'une couturière, la petite Andrée découvre la danse dès l'âge de 4 ans. Mieux qu'à l'école, elle s'implique si bien dans cette discipline qu'elle intègre,en 1933, la troupe des petis rat du Théâtre du Châtelet. Au cours des dix années passées dans cette auguste enceinte, elle a l'occasion de monter sur les planches où se donnent quelques opérettes à grand spectacle («Rose-Marie», etc).

Fraîchement échappée d'un court séjour au Conservatoire, et le temps venu de se faire un nom de scène, elle choisit celui d'un lointain ancêtre, José Dupuis, un célèbre ténor du XIXème siècle qui créa quelques unes des plus célèbres pièces de Jacques Offenbach. Non dénuée de culot pour ses dix-sept printemps, c'est nantie de la recommandation de l'écrivain Alfred Machard qu'elle se présente au Théâtre du Grand-Guignol dont le directeur, Camille Choisy, condescent à l'engager (1944). Cantonnée en un premier temps dans des rôles d'oies blanches auxquels son physique de l'époque semble la désigner («Nounouche» en 1944,…), elle finit néanmoins par connaître des situations davantage dramatiques : yeux crevés, poitrine tailladée, chair coupée en lambeaux, etc. «Crimes dans la maison de fous» et autres «Suppliciées» l'amènent néanmoins jusqu'au Théâtre Hébertot pour «Des souris et des hommes», une pièce adaptée du roman de John Steinbeck où elle finit… étranglée !

Remarquée par un producteur à l'occasion d'une averse providentielle, Claudine Dupuis fait une discrète apparition au cinéma dans «François Villon» (1945) où, assise sur une pierre tombale, elle aguiche Serge ReggianiSerge Reggiani qu'elle entraîne dans ses filets de “professionnelle”. La même année elle fait ses véritables débuts d'actrice en même temps qu'un fantaisiste destiné à devenir célèbre, BourvilBourvil. Cette «Ferme du pendu» lui offre un rôle de garce davantage conséquent, qui va la cataloguer définitivement dans des personnages de femmes fatales, légères, voire de “mauvaise vie” destinées à satisfaire les appétits des bons vivants de notre drôle de monde. Si le titre le plus célèbre de sa carrière demeure le «Quai des orfèvres» de Clouzot (1947), c'est en costume de dame de petite vertu qu'elle s'y fait appréhender par les forces de l'ordre. Pour le reste, entre «Cargaison clandestine» (1947), «La maudite» (1949), «Boîte de nuit», «La fille perdue» (1953), «La môme Pigalle» (1955), «Adorales démons» ou «La fille de feu» (1957), tout est dans les titres. On ne sera donc pas surpris de la voir apparaître dans l'un des «Sept péchés capitaux», fut-ce celui de «La gourmandise» cuisiné par Carlo Rim, tout en se morfondant que cet imbécile d'Henri VidalHenri Vidal lui préférera un fromage (1951). Surfant sur la vague d'une polissonnerie bon enfant, Claudine Dupuis prend la succession d'une Viviane RomanceViviane Romance atteinte par la limite d'âge qui tombe trop tôt sur les actrices de cet ordre

Au cours du tournage de «Cargaison clandestine», Claudine Dupuis fait la rencontre amoureuse du réalisateur du film, Alfred Rode, qu'elle épouse en 1951. Chef d'un orchestre tzigane célèbre dans les années trente, celui-ci cumule les fonctions de musicien, metteur en scène et producteur, quand ce n'est pas acteur. Claudine et Alfred tourneront 8 films ensemble : à quelques-uns cités précédemment, ajoutons «Tourbillon» en 1952, «C'est la vie parisienne» en 1954, etc. L'italie, faussement puritaine, fait également les yeux doux à notre jeune vedette, la plaçant successivement dans les bras de l'ombrageux Rossano Brazzi («Gli inesorabili», 1950) et du ténébreux Raf Vallone («Brigades volantes», 1951). Sans scrupule, en 1956, Riccardo Freda la fait même entrer dans «Le château des amants maudits» où se déchirent Micheline PresleMicheline Presle et Gino CerviGino Cervi.

Après un dernier tournage sous la direction de son époux («Dossier 1413», 1961), la brune incendiaire met involontairement un terme à son aventure cinématographique. Car, rattrapée par la même fatalité que Viviane, Claudine Dupuis accumule tout autant que celle-là le désavantage d'une incompatibilité de style avec les jeunes Rastignac de la Nouvelle Vague qui ne vont pas tarder à chambouler le paysage cinématographique national. Ne résistant pas à cette déferlante, le couple se retranchera dans les fonctions plus communes de restaurateurs et d'hôteliers.

C'est à Lisieux que Claudine Dupuis, ruinée et déchue de sa notoriété de naguère, vivra anonymement ses derniers jours avant de prendre en 1991, douze ans après son mari, ce «Visa pour l'enfer» (Alfred Rode, 1958) que son parcours d'actrice nous fit craindre pour elle. Mais non : à bien y réfléchir, l'Eternel n'aura pas eu de raison de se montrer plus sévère envers elle que ne le fut son fils à l'égard de Marie-Madeleine.

Christian Grenier

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11945LA FERME DU PENDU
21946LA FOIRE AUX CHIMERES
31947QUAI DES ORFEVRES
41947CARGAISON CLANDESTINE
51948LE CRIME DES JUSTES
61949LA MAUDITE
71950GLI INESORABILI
81950IL BIVIO (Brigades volantes)
91951BOÎTE DE NUIT
101951LES SEPT PECHES CAPITAUX [ Sk."La gourmandise" ]
111951SERGIL CHEZ LES FILLES
121952TOURBILLON
131953LA FILLE PERDUE
141954C'EST LA VIE PARISIENNE
151954BALL DER NATIONEN , de Karl RITTER 
161954LES PEPEES FONT LA LOI
171955LA MÔME PIGALLE
181955LES PEPEES AU SERVICE SECRET
191956ADORABLES DEMONS
201957PARIS CLANDESTINS
211957LA FILLE DE FEU
221958VISA POUR L'ENFER
L'Encinémathèque
Ed.7.2.1 : 26-6-2015