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Edward Everett HORTON (1886 / 1970)

Edward Everett Horton

Acteur américain, né le 18 mars 1886 à New York. Décédé le 29 septembre 1970 à Encino (Californie).

Ce fils d’émigrés écossais, natif de Brooklyn, fut au cinéma "le roi de l’ahurissement", promenant ses mines effarées et sa silhouette longiligne d’avaleur de parapluie dans près de 130 films tournés, pour l’essentiel, entre 1922 et 1947. C’est au théâtre, dès 1908, qu’il fait ses gammes, écumant les Etats-Unis d’Est en Ouest au gré d’innombrables tournées. Son père, qui rêvait pour lui d’une carrière plus recommandable, lui donna toutefois le conseil avisé de conserver ses deux prénoms pour se distinguer d’un éventuel homonyme banalement nommé Edward Horton. Très attaché à sa famille, E.E. – le rire fuse dès que l’on prononce ses initiales à l'anglaise ! – l’installa, le succès venu, dans son immense propriété d’Encino où il vécut près de sa sœur, ses frères et sa mère qui mourut centenaire.

On le vit dans quelques classiques du muet comme «La bohème» (1926) de King Vidor et «Ruggles of Red Gap» (1923) où il précède Charles LaughtonCharles Laughton dans le rôle du valet anglais gagné au jeu par un plouc du Texas. Pour expliquer sa prolixité à l’écran au début des années 30, il se justifiera par ces mots : "J’étais impatient de parler !". Et c’est vrai qu’on le remarque, dès «Reaching for the Moon» (1930) en majordome coincé de Douglas Fairbanks (1929) ou en journaliste agité dans la première version de «The Front Page» (1931). Il a la chance d’être choisi à cinq reprises par le génial Lubitsch : prétendant malheureux de Kay Francis dans «Trouble in Paradise» (1932) ou mari sinistre de Miriam HopkinsMiriam Hopkins dans «Sérénade à trois» (1933), il jouera le domestique de Marlene DietrichMarlene Dietrich dans «Ange» (1937) ou, dans «La veuve joyeuse» (1934), le diplomate le plus incompétent de l’histoire, selon les mots du roi de Marshovie ! Le marquis Achille de Loiselle dans «La huitième femme de Barbe Bleue» (1938) reste peut-être son rôle le plus savoureux : noble fauché, il éponge ses dettes en vendant à Gary Cooper "… l’authentique» baignoire de Louis XIV" et lui donne en prime sa fille, la pétulante Claudette Colbert.

Il fit au moins deux autres belles rencontres : celle de George Cukor, qui l’amènera en «Vacances» (1938) avec Cary Grant et Katharine Hepburn, et celle de Frank Capra, qu’il fait rire aux éclats sur le tournage des «Horizons perdus» (1937) où son rôle de paléontologue se voulait a priori plus sérieux. Dans «Arsenic et vieilles dentelles» (1944), fort de son expérience de Chapelier Fou dans «Alice au pays des merveilles» (1933), il joue un directeur d’asile d’aliénés qui a bien du mal à savoir qui de Cary Grant ou de ses tantes est le plus cinglé ! Haut de forme et queue de pie constituent sa tenue de travail habituelle lorsqu’il rencontre par trois fois Ginger RogersGinger Rogers et Fred Astaire : histoire de se mettre au diapason de ce couple prodigieux, il n’hésite pas à chanter et danser avec Betty Grable dans «La joyeuse divorcée» (1934) et à esquisser quelques pas de tap dance sous l’œil ironique du maître dans «L’entreprenant Monsieur Petroff» (1937). Mais les moments les plus cocasses restent ses savoureux échanges avec le suave Eric Blore, en particulier un différend existentiel sur le port du nœud-papillon dans «Top Hat» (1935).

A l’occasion, on lui fit jouer les premiers rôles dans quelques séries B comme «Oh, Doctor !» (1936) ou «Bachelor Daddy» (1941) mais c’est en contrepoint comique qu’il excelle, aussi inattendu dans le rôle de Don Paquito, chef d’une police espagnole d’opérette dans «La femme et le pantin» (1935), qu’en recruteur attitré du grand Ziegfeld – joliment nommé Noble Sage – dans «La danseuse des Folies Ziegfeld» (1941). Robert Montgomery, «Le défunt récalcitrant» (1940), n’apprécie guère ses gaffes à répétition de guide céleste débutant ; pour le consoler, Carmen Miranda le couvre de ses baisers fougueux dans «Banana Split» (1943) de Busby Berkeley ! L’un de ses personnages préférés fut celui du comte Volsky dans «Summer Storm/L’aveu» (1944) de Douglas Sirk : aristocrate jouisseur et inconséquent, il drague les servantes, ne vérifie jamais ses comptes et se veut l’arbitre des élégances de sa province avant que la Révolution de 1917 ne le ruine. Grâce à ce rôle, il crut pouvoir échapper aux éternels gandins ahuris qu’on lui proposait mais il n’en fut rien.

Accaparé par la télévision dès 1948, il lâche du lest côté ciné : on ne le verra plus que sporadiquement, le temps d’une apparition en Sir Walter Raleigh dans «The Story of Mankind» (1957) et pour un clin d’œil à la grande comédie américaine dans «Milliardaire pour un jour» (1961), le dernier Capra, ou le délirant (quoique un peu poussif) «Un monde fou, fou, fou» (1963). Dans son dernier film, «Cold Turkey» (1970), il ne dit pas un mot mais ses mimiques suffisent à déclencher le rire. Un rien provocateur, il reconnaissait ironiquement qu’il n’avait jamais créé d’histoire sur les tournages : "Je veux juste savoir combien de semaines ça va durer et combien cela me rapportera !".

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11924HELEN's BABIES
21925BEGGAR ON HORSEBACK , de James CRUZE 
31925MARRY ME
41926LA BOHÊME
51928THE TERROR , de Roy Del RUTH 
61929ASK DAD , de Hugh FAULCON. Court métrage 
71930REACHING FOR THE MOON (Pour décrocher la lune)
81930KISS ME AGAIN , de William A.SEITER 
91931THE FRONT PAGE (Spéciale première)
101931THE AGE FOR LOVE
111932ROAR OF THE DRAGON , de Wesley RUGGLES 
121932TROUBLE IN PARADISE (Haute pègre)
131933A BEDTIME STORY (Monsieur bébé) , de Norman TAUROG 
141933THE WAY TO LOVE/L'AMOUR GUIDE
151933ALICE IN WONDERLAND (Alice au pays des merveilles)
161933DESIGN FOR LIVING (Sérénade à trois)
171934THE POOR RICH
181934SMARTY , de Robert FLOREY 
191934THE MERRY WIDOW (La veuve joyeuse) [ Version américaine ]
201934THE GAY DIVORCEE (la joyeuse divorcée)
211934THE NIGHT IS YOUNG , de Dudley MURPHY 
221935IN CALIENTE (A Caliente)
231935GOING HIGHBROW , de Robert FLOREY 
241935TOP HAT (Le danseur du dessus)
251935YOUR UNCLE DUDLEY , de Eugene FORDE, James TINLING 
261935HER MASTER's VOICE , de Joseph SANTLEY 
271936LET's MAKE A MILLION , de Ray McCAREY 
281937LOST HORIZON (Horizons perdus)
291937THE KING AND THE CHORUS GIRL (Le roi et la figurante)
301937OH, DOCTOR
311937SHALL WE DANCE (L'entreprenant Mr.Petrov)
321937DANGER-LOVE AT WORK (Charmante famille)
331937ANGEL (Ange)
341937THE PERFECT SPECIMEN (Un homme a disparu)
351937THE GREAT GARRICK , de James WHALE 
361937HITTING A NEW HIGH (La femme en cage)
371938BLUEBEARD's EIGHTH WIFE (La huitième femme de Barbe-Bleue)
381938HOLIDAY (Vacances)
391938LITTLE TOUGH GUYS IN SOCIETY
401939THE GANG's ALL HERE , de Thornton FREELAND 
411939THAT's RIGHT, YOU'RE WRONG , de David BUTLER 
421940YOU'RE THE ONE , de Ralph MURPHY 
431941ZIEGFELD GIRL (La danseuse des Folies Ziegfeld)
441941BACHELOR DADDY
451941HERE COMES Mr.JORDAN (Le défunt récalcitrant)
461942THE MAGNIFICENT DOPE
471942I MARRIED A ANGEL
481943FOREVER AND A DAY (Et la vie recommence)
491943THE GANG's ALL HERE (Banana Split)
501944SUMMER STORM (L'aveu)
511944ARSENIC AND OLD LACE (Arsenic et vieilles dentelles)
521944THE TOWN WENT WILD , de Ralph MURPHY 
531946FAITHFUL IN MY FASHION
541947THE GHOST GOES WILD , de George BLAIR 
551947DOWN TO EARTH (L'étoile des étoiles)
561947HER HUSBAND's AFFAIRS (Mon loufoque de mari) , de S.Sylvan SIMON 
571961POCKETFUL OF MIRACLES (Milliardaire pour un jour)
5819692000 YEARS LATER , de Bert TENZER 
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 7-9-2016