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Charles GRANVAL (1882 / 1943)

Charles Granval

Acteur français, né Charles Louis Gribouval, le 21 décembre 1882, à Rouen. Décédé le 28 juillet 1943, à Paris.

Son père était administrateur au “Français” et sa mère chanteuse lyrique, tandis que son frère deviendra peintre décorateur : Charles Granval pouvait difficilement échapper à une carrière artistique. En toute logique, il entre en 1904 à la Comédie Française pour y rester près de quarante ans. «Don Quichotte» ou «Hernani» en 1906, «Monsieur de Pourceaugnac» ou «Vautrin» en 1922 seront quelques étapes importantes d’un parcours remarquable. Metteur en scène réputé, sa version d’«A quoi rêvent les jeunes filles» frappe par sa modernité le jeune Jean‑Louis BarraultJean-Louis Barrault qu’il dirigera en 1942 dans «Hamlet». Professeur au Conservatoire, il épouse en 1922 sa brillante élève Madeleine RenaudMadeleine Renaud pour qui il sera "un maître sévère" selon les mots de la comédienne qui témoignera toujours sa reconnaissance pour cet "homme admirable". Même séparés, ils vivront en bonne intelligence, Granval devenant l’ami de Pierre BertinPierre Bertin et Jean-Louis Barrault – ses successeurs dans le cœur de la belle – au point que les commentaires plaisants de l'époque disaient qu’au Français "la guerre des trois" n'avait pas eu lieu !

Créateur dans les années 10 de deux pièces de Tristan Bernard, Charles Granval reste en famille lorsqu’il débute à l’écran chez Raymond Bernard, fils du dramaturge, avec «Le traitement du hoquet» (1917). S’il ne tourne que quatre films muets – dont «Mademoiselle de La Seiglière» (1920) d'André Antoine – c’est que le théâtre lui importe davantage. Avec la cinquantaine, vient le rôle mémorable que lui propose Jean Renoir lorsqu’il adapte «Boudu sauvé des eaux» (1932) car son embonpoint bonhomme convient parfaitement à M.Lestingois, libraire épicurien des quais de Seine qui lutine sa bonne mais se fâche lorsque Boudu crache dans Balzac. Sur le moment, le film ne rencontre pas le succès : Granval reste sur les planches en attendant Julien Duvivier dont il devient l’indispensable comparse au mitan des années 30. Dans quatre films successifs où il croise Jean GabinJean Gabin, il revêt d’abord le costume du fourbe Caïphe de «Golgotha» (1935) et l’apparence louche du Ségovien de «La bandera» (1935) ; hôtelier rabat-joie de «La belle équipe» (1936), il se fait traiter de “pignouf” par un Gabin en verve mais c’est dans «Pépé le Moko» (1937) qu’on le remarque surtout : protecteur très riche de la belle Gaby (Mireille Balin), il est trop âgé et ventripotent pour la retenir lorsque Pépé se pointe. Duvivier fera de nouveau appel à lui pour «La fin du jour» (1939) où, en deux répliques, il traduit la détresse d’un vieux comédien abandonné à l’asile.

La paupière lourde et la lippe boudeuse, il a la bonhomie matoise qui convient pour camper un aimable clochard dans «Les amants terribles» (1936), l’encombrant “cousin” de Pierre Blanchar, «L’homme de nulle part» (1936), ou le bistrotier qui ne perd pas le sens des affaires même lorsque sa fille, «Blanchette» (1936), tourne mal. Mais ce père bougon que la conduite d’un fils irresponsable (René LefèvreRené Lefèvre) irrite au plus haut point dans «La femme que j’ai le plus aimée» (1942) peut-être nettement plus inquiétant : «Le chemin de Rio» (1936) lui offre ainsi une de ses créations les plus notables car le bon papa qui couve sa fille chérie s’avère en réalité l’épouvantable organisateur de la traite des blanches. Moins effrayant en apparence, le jovial philatéliste de «Monsieur La Souris» (1942) est tout de même un criminel dont Raimu saura démasquer la prétendue gentillesse.

A vrai dire, son autorité est telle qu’il peut sans problème se coltiner aux monstres sacrés de la trempe d’Harry Baur, alias «Sarati le terrible» (1937), ou se lier d’amitié avec Raimu dans «Le bienfaiteur» (1942), film où il ajoute à sa palette un bel accent du terroir. Aveugle clairvoyant de «La nuit fantastique» (1941), il aide Fernand Gravey à retrouver la femme de ses rêves (Micheline Presle). Il est aussi crédible en déclassé qu’en vidame de Pamiers dans «La duchesse de Langeais» (1941) ou M.de Lormel dans «Premier bal» (1941). Jérôme, maître d’hôtel et ami de «L’honorable Catherine» (1942), reste une de des meilleures prestations comme son interprétation de l’armateur Morel, ruiné par le naufrage du "Pharaon" mais sauvé in extremis par «Le comte de Monte Cristo» (1942) pour avoir veillé sur le père Dantès.

Alors qu’il revient en force au cinéma au début de l’Occupation – tournant six films en 1942 – ce comédien sensible à l’avant-garde incarne pour son dernier rôle un suppot de l’Ancien-Régime, le marquis de Ronsac, dans «Pontcarral, colonel d’empire» (1942). Il devait disparaître en juillet 1943, âgé de soixante ans seulement. Marié une première fois à la comédienne Berthe BovyBerthe Bovy de 1913 à 1918, Charles Granval était le père du comédien Jean-Pierre Granval (1923/1998), né de son union avec Madeleine Renaud. Séparés “à l’amiable” en 1939, le couple restera lié au point que, lorsqu’il voulut épouser Madeleine, Jean-Louis Barrault écrivit à Charles Granval pour lui demander la main de son ancienne épouse !

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11932BOUDU SAUVE DES EAUX
21935GOLGOTHA
31935LA BANDERA
41936LA BELLE EQUIPE
51936CARGAISON BLANCHE/LE CHEMIN DE RIO
61936L'HOMME DE NULLE PART/IL FU MATTIA PASCAL [ Version française ]
71936BLANCHETTE
81937PEPE LE MOKO
91937SARATI LE TERRIBLE
101941LA DUCHESSE DE LANGEAIS
111941LA NUIT FANTASTIQUE
121942MONSIEUR LA SOURIS
131942LE COMTE DE MONTE-CRISTO
141942L'HONORABLE CATHERINE
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 9-9-2016