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Madeleine OZERAY (1908 / 1989)

Madeleine Ozeray

Actrice Belge, née Magdeleine Marie Catherine Elisabeth Ozeray, le 13 septembre 1908, à Bouillon (Belgique). Décédée le 28 mars 1989, à Paris (15ème).

Fille cadette de Jules Ozeray, propriétaire terrien, député et anticlérical notoire, Madeleine quitte à quinze ans sa ville natale des Ardennes belges pour Bruxelles où elle termine ses études. Elle s'inscrit parallèlement au Conservatoire d'art dramatique dont elle sort avec un premier prix de comédie. Elle débute au Théâtre Royal du Parc avant de rejoindre Raymond RouleauRaymond Rouleau qui dirige la jeune Compagnie du Théâtre du Marais.

En 1931, la troupe se produit au Théâtre de l'Oeuvre, à Paris, et y récolte un très vif succès avec «Le mal de la jeunesse» de Ferdinand Brückner, Madeleine incarnant la jeune péripatéticienne Lucy. Mais, pour elle, cet événement marque surtout sa rencontre avec Louis Jouvet, avec lequel elle ne tarde pas à entretenir une liaison sentimentale aussi passionnée que mouvementée. Professionnellement, elle participe à de brillantes créations, servant principalement Jean Giraudoux dans «Tessa, la nymphe au coeur fidèle», «Intermezzo», «Ondine» ou «La guerre de Troie n'aura pas lieu».

Pour son premier film, une co-production franco-allemande comme ce fut le genre de l'époque, elle occupe déjà le sommet du générique aux côtés de Claude DauphinClaude Dauphin dans «Une jeune fille et un million» (1932), répondant à une annonce d'engagement émise par une parfumerie. La voici bientôt prise dans une succession de malentendus et de quiproquos propres à «La dame de chez Maxim's» (1932) de Georges Feydeau. Moins frivolement, la UFA en fait la jeune reine Victoria, sensible aux rythmes tourbillonnants de Johann Strauss dans «La guerre des valses» (1933). A l'autre extrémité de l'échelle sociale, traînant «Dans les rues» (1933), elle y rencontre un jeune et beau cambrioleur (Jean-Pierre Aumont). Infirmière gracieuse, elle seconde adroitement son patron – à la ville comme à l'écran  – dans une adaptation du «Knock» (1933) de Jules Romains. L'année suivante, «La maison dans la dune» fut le nid d'un semblable état amoureux partagé avec un contrebandier au charme romantique de Pierre Richard-Willm. Sa plus belle contribution, jusque là, fut certainement celle qu'elle apporta au «Liliom» (1934) de Fritz Lang, faisant preuve d'un attachement immérité envers cette grande gueule de Charles Boyer, bonimenteur de foire et père insouciant de leur enfant.

Citons encore «Crime et châtiment» (1935) en jeune fille d'un père alcoolique l'ayant poussée à la prostitution, «Les mystères de Paris» (1935) en Fleur-de-Marie guère mieux lotie, «Le coupable» (1936) où elle devient la maîtresse enceinte d'un jeune étudiant en droit. Elle termina brillamment cette décade avec «La fin du jour» (1939) en jeune serveuse bien naïve au sein d'une maison de retraite pour vieux comédiens. Frémissante, sensible, Madeleine fit l'admiration d'une brochette d'excellents partenaires dont, bien entendu, son mentor Louis Jouvet en Don Juan sur le retour, Victor FrancenVictor Francen en rival cocufié et Michel SimonMichel Simon en éternel "obscur et sans grade".

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Madeleine Ozeray accompagna Louis Jouvet et sa troupe dans leur tournée en Amérique du Sud, le comédien refusant péremptoirement de jouer devant l'occupant. En 1943, elle rompt avec son seigneur et maître pour aller tourner «Le père Chopin/Mon oncle du Canada» sous les feuilles d'érable, une séparation qui fut rien moins que profitable à la suite de sa carrière.

En 1947, la comédienne retrouva le public parisien, notamment au Théâtre Hébertot sous l'armure d'une «Jeanne d'Arc» recomposée par Charles Péguy. En 1965, Georges Wilson l'engagea au T.N.P. pour la reprise de «La folle de Chaillot» incarnée par une Edwige FeuillèreEdwige Feuillère aussi rayonnante qu'exubérante. Enfin, en 1969, elle participa à la création de «Cher Antoine» de Jean Anouilh, pièce qui se joua plus de cinq cents fois.

Au cinéma, ses rôles furent de moins en moins importants, ses apparitions de plus en plus irrégulières. Notre diaphane Ondine s'étant muée en douce et prévenante vieille dame, il nous fut parfois difficile de l'identifier, notamment lorsqu'elle apparut en mère d'Alain Delon, jeune député de «La race des seigneurs» (1974) n'en trahissant pas moins ses amis, ou lorsqu'un même lien de parenté l'unit à Philippe Noiret dans «Le vieux fusil» (1975). Dans «Chère inconnue» de Moshe Misrahi (1980), passablement perdue, elle se présentait tous les jours au bureau de poste d'une côte bretonne dans l'espoir que l'y attendrait une lettre de son fiancé, tombé 36 ans plus tôt sur les plaines d'Argonne.

Madeleine Ozeray s'éteignit dans sa quatre-vingtième année en son domicile parisien de la rue de Vaugirard. Trois jours plus tard, elle effectua son ultime voyage pour rejoindre les bords de la Semois, sa Maritza à elle. Par bonheur, elle avait prit soin d'écrire ses souvenirs sous un titre trahissant une nostalgie sous-jacente : «A toujours, Monsieur Jouvet» (Ed. Buchet-Chastel).

Yvan Foucart

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11932SCAMPOLO, EIN KIND DER STRASSE/UM EINEN GROSCHEN LIEBE/UN PEU D'AMOUR [ Version française ]
21933DANS LES RUES
31933KNOCK, OU LE TRIOMPHE DE LA MEDECINE
41933WALZERKRIEG/LA GUERRE DES VALSES [ Version française ]
51934CASANOVA
61934LILIOM
71934LA MAISON DANS LA DUNE
81935CRIME ET CHÂTIMENT
91935SOUS LA GRIFFE
101936LE COUPABLE
111937LA DAME DE PIQUE
121937RAMUNTCHO
131939LA FIN DU JOUR
141974LA RACE DES SEIGNEURS
151975LE VIEUX FUSIL
161979CHERE INCONNUE
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 12-9-2016