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Alice TISSOT (1890 / 1971)

Alice Tissot

Actrice française, née le 1er janvier 1890, à Paris. Décédée le 5 mai 1971, à Paris.

Commencer sa carrière en jeune première chez Louis Feuillade et la terminer en rombière chez Jean-Pierre Mocky, voilà le parcours étonnant d’Alice Tissot, aujourd’hui associée à ses rôles auprès de FernandelFernandel dans «François 1er» et «Ignace». Ses débuts disent bien l’esprit héroïque des pionniers du cinéma puisqu’en 1910, alors que le septième art n’a que quinze ans et elle vingt, elle a déjà tourné 150 films ! Il est vrai qu’il s’agit de courts métrages, mais qui lui permettent de détenir le record de 330 titres environ dans sa filmographie.

Elle débute en jouant L’Amour dans «Amour et Psyché» (1908) – plus tard, elle sera Cupidon pour deux films de Léonce Perret ou une nymphe célébrant «Le printemps» (1909) – ce qui laisse rêveur si l’on songe aux femmes aigries qui seront en fin de parcours sa marque de fabrique. La plupart de ses 210 films muets (dont plus de la moitié est signée Louis FeuilladeLouis Feuillade) sont aujourd‘hui invisibles et nous ne pouvons qu’imaginer une Alice juvénile enchaînant les mélodrames («L’orpheline» ou «Le roman de Sœur Louise» en 1908, etc), les drames historiques («André Chénier» ou «Le collier de la reine» en 1909, etc), mais aussi les saynètes drolatiques («Bébé Apache», 1910, avec le futur René DaryRené Dary) ou trois bandes comiques du fameux Bout-de-Zan. Dans «Judith et Holopherne» (1909), son ami Feuillade qui ne manque pas d’humour lui attribue le principal rôle… masculin, avant de se rattraper dans «Lysistrata ou la grève des baisers» (1910) dont elle est l’héroïne, inspirée d’Aristophane. A partir de 1912 – l’année de son mariage avec le comédien André Augereau (1882-1935) – elle ne tourne plus que la bagatelle de cinq ou six films par an mais reste fidèle à la firme Gaumont et à son cher Feuillade qui la distribue dans d’étonnants feuilletons mélodramatiques comme «La gosseline» (1924) et surtout «Les deux gamines» (1921) où le personnage de Flora Bénazer, vieille fille persécutant les petites innocentes, va influer la suite de sa carrière (elle le reprend d’ailleurs dans la version parlante de 1936).

De fait, la trentaine bien sonnée, son personnage évolue comme le montrent bien les patronymes dont on l’affuble : Irma Pédoizel, Tumette Chevanton, Cunégonde Pottier ou Madame Ronfledur ne sauraient désigner de tendres jeunes filles énamourées ! Elle sera la triste institutrice de «Gribiche» (1925) de Jacques Feyder ou l’austère cousine d’«Un chapeau de paille d’Italie» (1927) de René Clair et, déjà, l’une de «Ces dames aux chapeaux verts» (1929), rôle qu’elle joua des centaines de fois sur scène avant de le retrouver dans la version parlante de 1937 aux côtés d’une autre spécialiste des vieilles toquées, Marguerite Moreno. La fin du muet lui réserve le cadeau d’un personnage balzacien antipathique, «La cousine Bette» (1927), et une participation au fameux «Cagliostro» (1929) de Richard Oswald.

A l’exception de «Madame Bovary» (1933) de Jean Renoir – elle y apparaît en mère austère de Pierre RenoirPierre Renoir – on trouve peu de titres marquants dans sa filmographie des années 30. Il y a bien Claude Autant-Lara qui «Invite monsieur à dîner» (1932) mais il ne s’agit que d’une œuvrette sans prétention. Inutile de chercher les classiques de Carné ou Duvivier dans cette pléthore de films alimentaires signés Cammage, Colombier ou Jean Hémard. Le vaudeville très léger constitue l’essentiel du menu, avec beaucoup de niaiseries monumentales comme «Et moi j’te dis qu’elle t’a fait d’l’œil !» (1935) ou «Trois jours de perm» (1936). Sauvons tout de même quelques moments réjouissants : elle se fait séduire par le subtil Victor BoucherVictor Boucher dans «La banque Nemo» (1934) avant d’épouser, chez le jeune Christian-Jaque, le gros Pauley dans «La famille Pont-Biquet» (1935) et le fluet Larquey dans «Compartiment de dames seules» (1934) où son rôle de belle-mère tyrannique est resté célèbre, d’autant qu’elle se faisait traiter de chameau par son gendre, Armand BernardArmand Bernard ! Elle triomphe sur scène puis à l’écran en Colonelle Durozier dans le fameux «Ignace» (1937) où elle mène son monde à la baguette, tout en roucoulant avec ce … "grand fou" de Saturnin FabreSaturnin Fabre. Elle chouchoute Fernandel dans «Le chéri de sa concierge» (1934) et «François 1er» (1937), jouant pour l’occasion le double rôle de Madame Cascaroni et de Dame Alfrédine, la camériste de la Belle Ferronnière (Mona GoyaMona Goya).

Directrice à cheval sur le règlement dans «La maternelle» (1933), elle nous amuse de ses airs obséquieux quand se pointe le recteur d’académie. Les femmes autoritaires, toujours un peu ridicules, conviennent à sa haute taille qui lui permet de tenir tête aux comédiens aguerris : logeuse déplaisante, elle met Raimu à la porte dans «Dernière jeunesse» (1939) et grogne contre l’aimable Pierre LarqueyPierre Larquey dans «L’ange de la nuit» (1942) où Jean-Louis BarraultJean‑Louis Barrault, sur le mode ironique, la trouve "… gracieuse, indulgente, discrète" depuis qu’il a perdu la vue ! Si elle affectionne les titres de noblesse comme celui de Marquise de Grand-Air, patronne de «Bécassine» (1939), elle peut tout aussi bien faire l’affaire en duègne pour «Le capitaine Fracasse» d'Abel Gance (1942) ou le «Cyrano de Bergerac» (1945) joué par Claude DauphinClaude Dauphin.

Contrairement à Pauline CartonPauline Carton– qu’elle jalousait pour cette raison, selon Mocky – elle ne rencontra Sacha Guitry que fugitivement en nièce de Voltaire dans «Si Paris nous était conté» (1955). Il lui fallut se contenter de camper une vieille fille râleuse houspillant Bourvil dans «Blanc comme neige» (1947), une commère de village surnommée la Pimbêche dans «La pocharde» (1952), une aristo pincée comme la baronne Flouc de Lavauzelle dans «Jamais deux sans trois» (1951) ou Madame de Saint-Leu dans «La joyeuse prison» (1956). A défaut, elle tient le «Bistro du coin» (1954) du peu glorieux Paul Flon. Un léger mieux se dessine lorsqu’elle retrouve René Clair dans «Porte des lilas» (1956) – elle y est concierge, comme dans «Quai du Pont-du-Jour» (1959) de Jean Faurez – mais elle échoue aussitôt en directrice de la pension des Tourterelles auprès de «Trois marins en bordée» (1957), un navet d’Emile Couzinet. A l’époque où Jean Le Poulain la met en scène en tante peu commode de Suzy Delair dans «De doux dingues» sur les planches du Théâtre Edouard VII, elle tire joliment sa révérence auprès du Mocky débutant d'«Un couple» (1960) et, de façon plus étonnante, dans «Le jour le plus long» (1962) où Darryl Zanuck lui réserve une apparition en logeuse de Bourvil, sans doute une forme d’hommage à la longévité de cette comédienne émérite à la prolifique carrière.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11913CADETTE 
21914LE PRESSENTIMENT , de René Le SOMPTIER 
31924LA GOSSELINE
41924LA FILLE BIEN GARDEE
51924L'ORPHELIN DE PARIS
61925GRIBICHE
71926UN FILS D'AMERIQUE
81926L'ESPIONNE AUX YEUX NOIRS , de Henri DESFONTAINES 
91929CAGLIOSTRO
101929CES DAMES AUX CHAPEAUX VERTS , de André BERTHOMIEU 
111931LA FORTUNE
121933LA MATERNELLE
131933MADAME BOVARY
141934COMPARTIMENT DE DAMES SEULES
151935LA FAMILLE PONT-BIQUET
161936LA MADONE DE L'ATLANTIQUE
171936LA COURSE A LA VERTU
181936LES DEUX GAMINES
191936MES TANTES ET MOI
201937FRANCOIS 1er
211937IGNACE
221937CES DAMES AUX CHAPEAUX VERTS
231939MON ONCLE ET MON CURE
241939BECASSINE
251942LE CAPITAINE FRACASSE
261942L'ANGE DE LA NUIT
271946AMOURS, DELICES ET ORGUES/COLLEGE SWING
281947BLANC COMME NEIGE
291952L'ÎLE AUX FEMMES NUES
301953LE COLLEGE EN FOLIE
311955SI PARIS NOUS ETAIT CONTE
321957PORTE DES LILAS
331962THE LONGEST DAY (Le jour le plus long)
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 13-9-2016