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Aimé CLARIOND (1894 / 1959)

Aimé Clariond

Acteur français, né le 10 mai 1894, à Périgueux (Dordogne, France). Décédé le 31 décembre 1959 à Neuilly-sur-Seine (Seine, France).

Issu d'une lignée de comédiens itinérants, Aimé Clariond naît au cours d'une tournée et paraît sur scène à deux ans dans le rôle d'Aurore de Nevers ! Décoré de la Croix de Guerre, il est recalé trois fois à l'entrée du Conservatoire, ce qui ne l'empêche pas d'être engagé à l'Odéon en 1921 puis à la Comédie Française en 1936 (dès l'année suivante, il en devient le 398ème sociétaire). Chérissant le théâtre "… comme une tendre maîtresse", il y mène une carrière de grande classe, alignant les rôles prestigieux comme celui d'Alceste en 1936 sous la direction de Jacques Copeau, Arnolphe dans «L'école des femmes» en 1942, Don Salluste dans «Ruy Blas» en 1944 ou Othello en 1950, sans parler de l'aventure enthousiasmante du «Soulier de satin» mis en scène par Jean-Louis Barrault en 1943. La création des «Mal-aimés» (1945) de François Mauriac comblera ses attentes, contrairement au cinéma dont il disait qu'il avait l'avantage "… d'assurer la matérielle".

Comédie-Française oblige, les adaptations littéraires seront très tôt sa tasse de thé : il débute à l'écran dans «Les frères Karamazoff» (1931). Suivront un célèbre Feydeau, «Occupe-toi d'Amélie» (1932), «Le petit Chose» (1938), «La duchesse de Langeais» (1941) ou «Les affaires sont les affaires» (1942). Il est un excellent Procureur de Villefort, signant sans état d'âme l'incarcération au Château d'If d'Edmond Dantès (Pierre Richard-Willm) et finalement anéanti par la vengeance du «Comte de Monte Cristo» (1942). Il n'hésitera jamais à se montrer antipathique au possible, plein de morgue prétentieuse dès «Crime et châtiment» (1934) ou «Sans famille» (1934). Un de ses personnages les plus célèbres aujourd'hui, le bienveillant M. Boisse, principal du collège dans «Les disparus de Saint-Agil» (1938), cache le chef d'une bande de faux-monnayeurs. «La vie de plaisir» (1943) en fait un aristocrate méprisant son gendre roturier (Albert Préjean) tout en n'hésitant pas à lui donner sa fille pour se renflouer. Il se rattrape dans «Le voile bleu» (1942) en juge bienveillant.

Un second rôle dans «La Marseillaise» (1937) de Jean Renoir sera sa légion d'honneur dans un début de carrière un peu décevant mais les années 40, où il se dépense sans compter, lui permettront d'inverser la tendance. Au sommet de son art, il affronte Raimu à trois reprises pour de mémorables duels d'acteurs : «Monsieur La Souris» (1942) le soupçonne d'avoir assassiné son frère; «Le colonel Chabert» (1943) compte sur lui pour défendre sa cause auprès de son épouse devenue Comtesse Ferraud; mais c'est dans «L'homme au chapeau rond» (1946), adaptation de «L'éternel mari» de Dostoievski, qu'il fait jeu égal avec le grand Jules : son air halluciné et ses cheveux blancs lui confèrent une aura fantomatique très impressionnante. La même année, il joue de nouveau les séducteurs dans «Le Café du Cadran» (1946) dont la jolie patronne (Blanchette Brunoy) se laisse prendre à son numéro de violoniste sentimental.

Lorsque Clariond claironne, il peut irriter tant et si bien que Charles Vanel, lassé de ses effets de manche, plaide lui-même la cause de son fils dans «Les Roquevillard» (1943). À l'inverse, dans un autre film de Jean Dréville, «Les affaires sont les affaires» (1942), c'est Clariond qui nous émeut en marquis ruiné soumis au bon vouloir du terrible Isidore Lechat. Son phrasé théâtral et son maintien aristocratique le destinent aux personnages historiques, d'autant qu'il porte bien la perruque, toutes époques confondues ! Le fin Machiavel de «Lucrèce Borgia» (1935) déteint sur les ministres retors de «Katia» (1938) ou «De Mayerling à Sarajevo» (1940) sans parler du Fouché de «Madame Sans-Gêne» (1941) ou de Richelieu dans «Monsieur Vincent» (1947). Embrigadé d'office dans les fresques de Sacha Guitry, il sera Joseph Bonaparte dans «Le destin fabuleux de Désirée Clary» (1941), Rivarol dans «Si Versailles m'était conté» (1953), Corvisart, médecin personnel de «Napoléon» (1954), puis Beaumarchais dans «Si Paris nous était conté» (1955). Son prénom le destinait à camper le "Bien-Aimé", un Louis XV vieillissant, au début de «Marie-Antoinette» (1956). C'est probablement le favori de Marie de Médicis, l'infâme Concini dans «Le Capitan» (1945), qui nous laisse les meilleurs souvenirs : avec son âme damnée, Eleonora Galigaï (Lise Delamare), ils forment un tandem de monstres, plus vils l'un que l'autre, l'accent italien en prime pour un Clariond très en forme.

Après-guerre, il porte toujours beau dans «La ferme des sept péchés» (1948) - où il est bien le seul à défendre Paul-Louis Courrier – ou, le monocle vissé à l'œil droit, dans «Monsieur Grégoire s'évade» (1945) mais cela ne l'empêche pas de diriger en sous-main une bande de malfrats. C'est l'époque où il s'encanaille plus souvent qu'à son tour, fréquentant, pistolet au poing, le «56, rue Pigalle» (1948) ou la « Rue des Saussaies» (1950). «Derrière la façade» (1939), le démon de midi le tentait déjà; dix ans plus tard, dans «L'épave» (1949), il couve, l'œil concupiscent, la petite Françoise Arnoul qu'il propulse sur la scène d'un boui-boui. «Fantômas contre Fantômas» (1948) lui réserve un personnage ahurissant de chirurgien criminel fabriquant des zombies pour le génie du Mal ! On ne peut pas dire que ses derniers rôles ajoutent à sa gloire mais on savoure sa participation à deux “Gabin” des années 50, «Voici le temps des assassins» (1955), un grand “Duvivier” où il cumule les maîtresses, de préférence jeunes et sottes, puis «Les grandes familles» (1958) dont il fait nécessairement partie. Sensible au charme de Martine Carol dans «Nathalie» (1957), il y porte le nom remarquable de Comte Auguste Claude Superbe de Lancy. Le dernier titre de sa filmographie, «Une fille pour l'été» (1959), dut réjouir son âme donjuanesque.

En 2011, une jeune centenaire, Renée Simonot (mère de Catherine Deneuve) évoquait pour "Le Point" son compagnon des années 30 : "Le seul bonheur que m'ait donné Monsieur Clariond est un enfant; pour le reste, il était charmant mais on ne pouvait pas compter sur lui. Je suis partie avec ma fille, Danièle, dans les bras et j'ai repris ma liberté". Aimé Clariond aura d'autres enfants, deux issus de son mariage avec Irène Morozov et deux autres nés d'une liaison avec la comédienne Jeanne Sully.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1933
MARIAGE À RESPONSABILITÉ LIMITÉE
2
1935
LUCRÈCE BORGIA
3
1935
CRIME ET CHÂTIMENT
4
1936
L'ÎLE DES VEUVES/VICTOIRE SUR LE PASSE
5
1937
LE MENSONGE DE NINA PETROVNA
6
1937
LA MARSEILLAISE
7
1938
LES DISPARUS DE SAINT-AGIL
8
1939
DERRIÈRE LA FAÇADE
9
1940
DE MAYERLING À SARAJEVO
10
1941
MADAME SANS-GÊNE
11
1941
LA DUCHESSE DE LANGEAIS
12
1941
LE DESTIN FABULEUX DE DÉSIRÉE CLARY
13
1942
LE COMTE DE MONTE-CRISTO
14
1942
LE BARON FANTÔME, Sorti en 1943
15
1942
LE VOILE BLEU
16
1942
LE CHANT DE L'EXILE
17
1942
PATRICIA
18
1942
LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES
19
1943
LES ROQUEVILLARD
20
1943
DONNE-MOI TES YEUX
21
1943
LA VALSE BLANCHE
22
1943
CEUX DU RIVAGE
23
1943
LA VIE DE PLAISIR
24
1944
L'ENFANT DE L'AMOUR
25
1945
LE CAPITAN
26
1945
MONSIEUR GREGOIRE S'EVADE, Sorti en 1946
27
1945
J'AI DIX-SEPT ANS
28
1946
LE CAFÉ DU CADRAN
29
1946
L'HOMME AU CHAPEAU ROND
30
1947
MONSIEUR VINCENT
31
1948
FANTOMAS CONTRE FANTOMAS
32
1949
L'ÉPAVE
33
1949
LA DANSEUSE DE MARRAKECH
34
1951
FOYER PERDU / TU ES UN IMBÉCILE
35
1953
SI VERSAILLES M'ÉTAIT CONTÉ
36
1954
NAPOLÉON
37
1955
SI PARIS NOUS ÉTAIT CONTÉ
38
1956
MARIE-ANTOINETTE REINE DE FRANCE
39
1956
VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS
40
1957
NATHALIE
41
1957
A PIED, A CHEVAL ET EN VOITURE
42
1958
LES GRANDES FAMILLES
Éd. 9.1.4 : 24-10-2019