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Jean SYLVAIN (1906 / 1970)

Jean Sylvain

Acteur français, né Sylvain Schenkel, le 21 octobre 1906, à Paris (Seine). Décédé le 5 juin 1970, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine, France).

Sort frustrant que celui "des obscurs, des sans-grades" de l'écran dont le nom n'imprime pas la mémoire du spectateur et pour cause : relégués à la toute fin du générique ou, pire, non crédités pour une brève apparition, ils sont rarement mentionnés sur l'affiche. Heureux celui qui attire tout de même le regard ! Dans le cas de Sylvain, si vous revoyez «Les compagnons de Jéhu», un fameux feuilleton tourné en 1966, vous ne pouvez que repérer sa tronche et sa diction drolatiques : on l'y aperçoit trente secondes, toutes dents dehors, en greffier du tribunal et ses mimiques déclenchent l'hilarité de l'auditoire dans une scène dramatique. Renseignements pris, cette tête de rongeur sur corps d'asperge affiche une filmographie de plus de cent titres, à commencer par «Les bas-fonds» (1936) de Jean Renoir où il était aussi greffier. Ajoutez à cela un Gance, deux Decoin, deux Guitry, trois Duvivier, trois Cayatte, quatre René Clair, cinq Le Chanois et voilà déjà un bon palmarès. 

Sur l'ensemble de sa carrière, une dizaine de personnages seulement reçoivent l'aumône d'un nom ou d'un prénom, exception faite de «La glu» (1938) où il possède même un titre de noblesse : il y joue le vicomte Adolphe de Kernan. Simple silhouette, il ne fait parfois que passer à l'arrière-plan ou se contente de quelques miettes de dialogue et c'est ainsi qu'on l'aperçoit en danseur dans «Carnet de bal» (1937), en soldat des tranchées dans «Paradis perdu» (1939) ou en simple passant dans «Le silence est d'or» (1947). Témoin muet au mariage inabouti de Jean Tissier et Danielle Darrieux dans «Battement de cœur» (1938), il a plus de chance en salutiste dans «La charrette fantôme» (1939) où il entonne force cantiques avec une conviction comique. Valet de pied, loufiat ou maître d'hôtel, il affiche son air grave et sa mine allongée dans «Panique» (1946) ou «Le rouge et le noir» (1953), «L'impossible Monsieur Pipelet» (1955) ou «La chasse à l'homme» (1964) ; au moins le garçon d'hôtel de «Knock» (1950) connaît-il, grâce à Jouvet, une promotion en devenant garde-malade. Garçon d'étage dans «Assassins et voleurs» (1956), il renverse ses plateaux par peur des clients ! Il sera encore le facteur hilare de «Papa, maman, la bonne et moi» (1955) et sa suite, un huissier dans «Leguignon guérisseur» (1954) et «La belle américaine» (1961), un notaire dans «Mandrin» (1947) et, tout de même, un maire dans «Elle et moi» (1952). L'énoncé de certains rôles relève de la poésie pure comme "l'homme au complet incomplet" d'«Agence matrimoniale» (1951) ou "le passant qui ne donne jamais l'heure" de «L'honorable Stanislas, agent secret» (1963). On imagine bien que l'interprète de "l'homme pressé au guichet de la poste" n'encombrera pas longtemps l'écran des «Belles de nuit» (1952)…

La séduction n'étant pas son fort, on choisit sa mine cocasse pour une publicité pour le vin dans «Par la fenêtre» (1947) ; on comprend aussi Bernard Blier qui refuse d'embarquer ce client énervé dans son taxi au début de «Sans laisser d'adresse» (1950) au profit de Danièle Delorme. Pourtant «Ariane» (1957) de Billy Wilder le montre en boulanger parisien embrassant de bon cœur et de bon matin une cliente dodue. Son exceptionnelle dentition – moins célèbre certes que celle de Fernandel – ajoute une touche fantaisiste à certaines de ses apparitions comme celle du peintre perché sur son échelle, qui dialogue avec Fernand Gravey dans «Le temps des œufs durs» (1957). Juché sur une autre échelle, l'employé des pompes funèbres de «Sous le ciel de Paris» (1950) affiche une mine plus rébarbative, celle-là même qu'utilise Carlo Rim dans son «Escalier de service» (1954) où les remarquables trognes de Sylvain et Bernard Musson contemplent d'un air sinistre le charivari loufoque d'un ménage survolté. Il forme d'autres duos amusants avec Charles Dechamps, le commissaire de l'immortel «Et moi j'te dis qu'elle t'a fait de l'œil» (1950) dont il est le secrétaire ou en domestique de Maître Puisette – alias Paul Demange – dans «Arsène Lupin contre Arsène Lupin» (1962). Dans le premier film d'Yves Robert, «Les hommes ne pensent qu'à ça» (1953), c'est Louis de Funès qui donne la réplique à un Sylvain tout réjoui de marier sa fille.

«La rue sans loi» (1950) lui donnait pour une fois un rôle important, inspiré de Dubout : en moniteur d'auto-école atypique, avec lorgnon et canotier, il y proposait de singuliers cours d'embouteillage et incitait ses élèves à écraser les piétons ! Toutefois ce ne fut qu'une courte embellie et Sylvain retrouva vite ses utilités. Il est vrai que, dans «La Maison Bonnadieu» (1951), sous prétexte qu'il y jouait le rôle du Commandant, Bernard Blier lui lançait, sarcastique : "Taisez-vous, la Grande Muette !" On regrette que l'excellent Jean-Pierre Mocky des années 60 ne se soit pas trouvé sur son chemin mais il y eut tout de même à cette époque Philippe de Broca pour trois films dont «Le roi de cœur» (1966), son dernier rôle sur grand écran, où il joue le suisse de service présidant au mariage des fous. Il paraîtra  encore à la télévision en M. Pluton, le concierge des «Saintes Chéries» ou dans «Jean de la Tour Miracle» en Gros René, surnom dérisoire donné pour son éternelle maigreur.

À raison d'un jour ou deux de tournage par film, Sylvain vécut-il de son art ? L'histoire ne le dit pas. On le repère aussi, en 1954, sur la scène du Théâtre de l'Atelier où il participe à la création de la nouvelle pièce de Marcel Aymé, «Les quatre vérités» : ô surprise, il y joue le facteur ! Dans «La belle Arabelle», opérette de Francis Blanche qu'il met en scène en 1956, Yves Robert a l'idée plus originale de lui confier le rôle d'une dame. Ajoutant à la confusion, un jeune comédien qui ne lui ressemble guère, Sylvain Lévignac, paraît parfois au générique sous le nom de Sylvain, d'où un certain nombre d'erreurs dans les filmographies, les deux Sylvain se croisant parfois au générique. Quoi qu'il en soit, rendons-lui grâce des sourires qu'il déclenche, même lorsque cela paraît impossible : dans un film aussi compassé que «La princesse de Clèves» (1960) où il parade, le temps de deux gros plans, en arbitre du jeu de paume, il apporte une respiration fantaisiste, la fraise de son costume Renaissance lui donnant l'air d'un dindon tout étonné de se trouver là.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1937
UN CARNET DE BAL [Non crédité]
2
1939
LA CHARRETTE FANTÔME [Non crédité]
3
1939
BATTEMENT DE COEUR [Non crédité]
4
1939
PARADIS PERDU [Non crédité]
5
1945
LA TENTATION DE BARBIZON [Non crédité]
6
1946
PANIQUE
7
1947
LE SILENCE EST D'OR
8
1947
MANDRIN
9
1947
PAR LA FENÊTRE, Sorti en 1948 [Non crédité]
10
1949
LADY PANAME
11
1950
SOUS LE CIEL DE PARIS
12
1950
LA RUE SANS LOI [Non crédité]
13
1950
LA VIE EST UN JEU
14
1950
SANS LAISSER D'ADRESSE
15
1950
ATOLL K
16
1950
KNOCK
17
1951
LA MAISON BONNADIEU
18
1951
LE COSTAUD DES BATIGNOLLES [Non crédité]
19
1951
AGENCE MATRIMONIALE
20
1951
NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSINS [Non crédité]
21
1952
LES BELLES DE NUIT [Non crédité]
22
1952
INNOCENTS IN PARIS (Week-end à Paris) [Non crédité]
23
1953
LEUR DERNIÈRE NUIT [Non crédité]
24
1953
LES HOMMES NE PENSENT QU'A ÇA
25
1954
MARCHANDES D'ILLUSIONS
26
1954
ESCALIER DE SERVICE [Sk"Les Dumeny"]
27
1954
LEGUIGNON GUÉRISSEUR
28
1954
LE ROUGE ET LE NOIR [Non crédité]
29
1954
LES IMPURES [Non crédité]
30
1954
PAPA, MAMAN, LA BONNE ET MOI [Non crédité]
31
1955
PAPA, MAMAN, MA FEMME ET MOI [Non crédité]
32
1955
L'IMPOSSIBLE MONSIEUR PIPELET
33
1955
JE SUIS UN SENTIMENTAL
34
1955
LES DURATON
35
1956
MARIE-ANTOINETTE REINE DE FRANCE [Non crédité]
36
1955
RENCONTRE À PARIS [Non crédité]
37
1956
ASSASSINS ET VOLEURS
38
1957
LOVE IN THE AFTERNOON (Ariane) [Non crédité]
39
1957
LE TEMPS DES OEUFS DURS
40
1958
SÉRÉNADE AU TEXAS [Non crédité]
41
1960
LES TORTILLARDS
42
1960
LA PRINCESSE DE CLÈVES [Non crédité]
43
1961
L'AMANT DE CINQ JOURS
44
1961
TOUT L'OR DU MONDE [Non crédité]
45
1963
L'HONORABLE STANISLAS, AGENT SECRET [Non crédité]
46
1964
LA CHASSE À L'HOMME [Non crédité]
47
1966
LE ROI DE COEUR [Non crédité]
Éd. 9.1.4 : 12-7-2020