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Robert MORLEY (1908 / 1992)

Robert Morley

Acteur anglais, né Robert Adolf Wilton Morley, le 26 mai 1908, à Semley (Angleterre). Décédé le 3 juin 1992, à Reading (Angleterre).

Ce fils de militaire garda toute sa vie un souvenir détestable de ses études à Wellington, au point de déclarer qu'il n'y retournerait jamais, sauf pour y mettre le feu ! Heureusement, le théâtre sera sa sauvegarde et sa passion. Il se lance un temps dans le commerce de la bière, histoire de payer ses études à la Royal Academy of Dramatic Art, et débute à vingt ans en jouant les pirates dans une version scénique de «L'île au trésor». En 1936, les temps difficiles s'éloignent lorsqu'il connaît un succès personnel considérable en incarnant Oscar Wilde sur les planches londoniennes, rôle qu'il reprendra deux ans plus tard à Broadway, profitant de l'occasion pour attirer l'attention des producteurs hollywoodiens.

La star Norma Shearer le choisit sur un bout d'essai pour être son partenaire dans «Marie-Antoinette» (1938) : dès son premier film, les critiques louent son interprétation étonnante de Louis XVI qui lui rapporte aussitôt une nomination aux oscars. Pourtant Robert Morley préfère revenir au théâtre où l'attendent des premiers rôles comme celui de «Pygmalion» de George-Bernard Shaw ou d' «Edouard, mon fils», une pièce à succès qu'il écrivit avec Noel Langley. Il ne paraîtra qu'épisodiquement sur les écrans britanniques des années 40, à l'occasion toutefois de bons films comme «Major Barbara» (1941) avec Wendy Hiller ou «The Young Mr Pitt» (1942) de Carol Reed. Sur le tournage de «The Small Back Room» (1948) de Michael Powell, il essaie de suivre un régime amaigrissant qui le plonge, écrira-t-il, "… dans la mélancolie la plus profonde" et le dissuade à jamais de renouveler l'expérience !

Assumant désormais son triple menton et ses 220 livres, il s'intéresse davantage au cinéma à partir des années 50. Sans doute faut-il en rendre grâce à John Huston : missionnaire dégoulinant de sueur au tout début de «The African Queen» (1951) où il incarne le frère de Katharine Hepburn, il se fait remarquer en escroc visqueux lors d'une deuxième rencontre avec Bogart dans «Beat The Devil/Plus fort que le diable» (1954). Il tient le rôle essentiel d'Almayer dans «Le banni des îles» (1951) et même le rôle principal du biopic anglais, «The Story of Gilbert and Sullivan» (1953), mais il s'ingéniera surtout à composer de fortes silhouettes, aussi corpulentes que drolatiques, telle celle de George III, le roi lunatique du «Beau Brummell» (1953). On s'étonne à peine de le voir camper un Louis XI bien enveloppé dans «Quentin Durward» (1955) où, il est vrai, le monarque habite Chambord… un siècle avant sa construction ! Son talent éclectique l'autorise à paraître à l'affiche d'un western de Raoul Walsh, «La blonde et le shérif» (1957). Pourtant, son rôle préféré restera celui d'«Oscar Wilde» (1960) dans une  sage biographie de Gregory Ratoff.

S'il rêvait de devenir jockey, il n'en avait pas vraiment le gabarit, ce qui ne l'empêcha pas dans «Meurtre au galop» (1963) de tenter la prouesse équestre pour les beaux yeux de la truculente Margaret Rutherford… Savoureux complice de Melina Mercouri et Peter Ustinov dans «Topkapi» (1964), il enrichit avec malice les distributions cosmopolites de «Gengis Khan» (1965) où il joue l'empereur de Chine, «Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines» (1965), «Hôtel Paradiso» (1966) et même «Tendre voyou» (1966) avec notre Bébel national. C'est aussi l'époque où il se lance avec succès dans un one-man-show, «The Sound of Morley», où son humour mordant fera merveille. Son autobiographie compte nombre de maximes pertinentes comme celle-ci : "Etre amoureux de soi-même est d'un grand secours pour un homme ; pour un acteur, c'est absolument essentiel !".

Son goût pour l'humour noir le guide volontiers vers les comédies macabres comme «The Old Dark House» (1963) ou «Le cher disparu» (1965). Vincent Price envoie ad patres ce critique odieux dans «Théâtre de sang» (1973) en l'obligeant à déguster en tourte ses deux caniches ! «La grande cuisine» (1978) de Ted Kotcheff offre à notre gourmet des plats d'un autre standing, concoctés par Jean-Pierre Cassel, Jean Rochefort et Philippe Noiret. L'un de ses derniers rôles sera une participation à la version télévisée du chef d'œuvre de Jules Verne, «Le tour du monde en 80 jours» (1989), clin d'œil au film de Michael Anderson où il jouait déjà un gentleman anglais fréquentant le même club que Phileas Fogg. Comme en ultime hommage à son écrivain favori, c'est à Reading – la ville où Wilde fut emprisonné huit mois – que Robert Morley mourut d'une attaque cardiaque.

Heureux époux de Joan Buckmaster (1910–2005), ce jovial acteur eut trois enfants ; l'aîné, Sheridan Morley, écrivit nombre de biographies d'acteurs, dont, en toute logique, celle de sa grand-mère maternelle, la comédienne Gladys Cooper, et celle de son père : «Robert, My Father».

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11938MARIE-ANTOINETTE
21941MAJOR BARBARA
31945I LIVE IN GROSVENOR SQUARE , de Herbert WILCOX 
41947THE GHOSTS OF BERKELEY SQUARE
51948THE SMALL BACK ROOM
61951OUTCAST OF THE ISLANDS (Le banni des îles)
71951THE AFRICAN QUEEN (La reine africaine)
81953MELBA (La valse de Monte-Carlo) , de Lewis MILESTONE 
91954BEAT THE DEVIL (Plus fort que le diable)
101954THE GOOD DIE YOUNG (Les bons meurent jeunes)
111954THE RAINBOW JACKET
121954BEAU BRUMMELL (Le beau Brummell)
131955QUENTIN DURWARD
141956AROUND THE WORLD IN 80 DAYS (Le tour du monde en 80 jours)
151958THE SHERIFF OF FRACTURED JAW (La blonde et le shérif)
161958THE JOURNEY (Le voyage)
171959LIBEL (La nuit est mon ennemie)
181959THE BATTLE OF THE SEXES (La bataille des sexes)
191960OSCAR WILDE
201961THE YOUNG ONES (Les jeunes) , de Sidney J.FURIE 
211962THE ROAD TO HONG KONG (Astronautes malgré eux)
221963NINE HOURS TO RAMA (A neuf heures de Rama)
231963MURDER AT THE GALLOP (Meutre au galop)
241963THE OLD DARK HOUSE , de William CASTLE 
251963TAKE HER, SHE's MINE (Ah! Si papa savait ça!)
261963LADIES WHO DO , de C.M.PENINGTON-RICHARDS 
271963HOT ENOUGH FOR JUNE (X3 agent secret)
281964TOPKAPI
291965GENGHIS KHAN
301965THOSE MAGNIFICENT MEN IN THEIR FLYING MACHINES (Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines)
311965THE ALPHABET MURDERS (A.B.C. contre Hercule Poirot)
321965THE LOVED ONE (Le cher disparu)
331965A STUDY IN TERROR (Sherlock Holmes contre Jack l'éventreur)
341966HOTEL PARADISO (Paradiso, hôtel du libre échange)
351966WAY... WAY OUT (Tiens bon la rampe, Jerry!)
361966THE TRYGON FACTOR (Le signe du Trigorne) , de Cyril FRANKEL 
371967WOMAN TIMES SEVEN (Sept fois femme)
381968SOME GIRLS DO (Dieu pardonne, elles jamais!)
391970DOCTOR IN TROUBLE
401970CROMWELL
411971WHEN EIGHT BELLS TOLL (Commando pour un homme seul)
421973THEATRE OF BLOOD (Théâtre de Sang)
431976THE BLUE BIRD (L'oiseau bleu)
441978WHO IS KILLING THE GREAT CHEFS OF EUROPE? (La grande cuisine)
451979THE HUMAN FACTOR
461987LITTLE DORRIT (La petite Dorrit)
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 24-9-2016