La bibliothèque de L'Encinématheque

Jacques BAUMER (1885 / 1951)

Jacques Baumer

Acteur français né Jacques Henry Nusbaumer, le 12 avril 1885, à Paris. Décédé le 20 juin 1951, à Montchauvet (Seine-et-Oise).

Lorsqu'il débute au cinéma, à 47 ans, Jacques Baumer a déjà connu sur les planches une belle carrière en tête d'affiche, œuvrant plutôt côté boulevard, chez Edouard Bourdet ou Jacques Deval, ce qui n'ôte rien à son mérite. Chauve, court et sec, ce comédien très apprécié du public a la cote auprès des critiques qui soulignent son "…talent sobre et expressif" dans «Durand, bijoutier» (1929) ou ""…la netteté et le naturel" de son jeu pour «La vie est si courte» (1936), deux pièces de Léopold Marchand. On le vit même en Napoléon d'opérette dans «La maréchale Sans-Gêne» sur la scène du Châtelet. Son premier film, «Ce cochon de Morin» (1932), est certes l'adaptation d'une nouvelle de Maupassant mais, même s'il lui donne exceptionnellement le premier rôle, on ne peut pas dire qu'il ait marqué l'histoire du cinéma : exit la carrière en vedette de Jacques Baumer qui sera l'un de nos meilleurs acteurs de complément. Il est remarquable que, même face à des comédiens hors-normes de la trempe de Raimu, Harry Baur ou Michel Simon, son jeu tout en finesse garde sa force et son caractère indémodable.

A partir de 1936, il choisit judicieusement de paraître – même si les personnages sont antipathiques – dans les futurs classiques que sont «La belle équipe» (1936) ou «Mollenard» (1937). Dans «Le jour se lève» (1939), commissaire pressé débarquant dans l'immeuble où Gabin vient de tuer Jules Berry, il ne se permet qu'une apparition, le temps de houspiller Mady Berry et Gabrielle Fontan. Yves Mirande lui fait revêtir un costume similaire dans «Café de Paris» (1938), tout comme Georges Lacombe dans «Derrière la façade» : inspecteur Lambert associé au commissaire Boucheron (Lucien Baroux), il mène l'enquête avec tant de doigté que, dans «Paris-New York» (1940), le voilà commissaire quand Boucheron redevient inspecteur (cette fois sous les traits de Michel Simon). Encore mieux : il dirige la Police Judiciaire dans «Le bienfaiteur» de Henri Decoin (1942). «Le furet» (1949) le confrontera une dernière fois à une ribambelle de suspects pittoresques (Pierre Larquey, Pierre Renoir ou Alexandre Rignault) dans une nouvelle enquête de l'Inspecteur Wens. Toutefois, face à Maigret (Albert Préjean) dans «Les caves du Majestic» (1944), il n'est que l'humble garçon de cuisine du grand hôtel, celui qui découvre le cadavre de Mme Petersen (Suzy Prim).

Au rayon des belles rencontres, retenons celle de Sacha Guitry qui, dans «Désiré» (1937), lui offre généreusement son épouse Jacqueline Delubac comme maîtresse, mais celle-ci rêve d'une liaison avec le nouveau valet de chambre incarné par Guitry lui-même… Dix ans plus tard, Baumer est un oncle protecteur pour Lana Marconi, la dernière épouse de Sacha, dans «Le comédien» (1947) où, accessoirement, il retrouve au générique la longiligne Marguerite Pierry qui fut sa première femme. A cette époque, inspiré peut-être par son ami inconstant, il s'est choisi une épouse plus jeune, la comédienne Yo Maurel. «Un déjeuner de soleil» (1937) avec Gaby Morlay n'est certes pas pour lui déplaire et s'il regarde «Par la fenêtre» (1947), c'est pour draguer Suzy Delair, au grand dam du pauvre Bourvil !

Il connaît sa première rencontre cinématographique avec Raimu dans «Gribouille» (1937) où il joue aux Assises le père qui témoigne sur la mort de son fils et dont la déposition accable Michèle Morgan. Confronté au grand Jules en avocat déchu pour «Les inconnus dans la maison» (1942), Baumer s'en tire avec les honneurs dans le rôle de l'intraitable procureur Rogissart, moins soucieux de la vérité que des intérêts de la bonne société. Intendant manipulateur, il défend la comtesse Ferraud (Marie Bell) contre «Le colonel Chabert» (1943), son premier époux surgi d'entre les morts. Petit escroc associé à l'extravagant Robert Le Vigan dans «Les affaires sont les affaires» (1942), il est renvoyé à ses études par un autre comédien redoutable, Charles Vanel, impressionnant Isidore Lechat. «Le comte de Monte Cristo» (1942) de Robert Vernay lui donne tout spécialement l'occasion de briller : farouche bonapartiste, il débarque chez son fils, le royaliste Villefort (Aimé Clariond) contraint de protéger ce père très encombrant ; sa malice éclate lorsque, moustache et favoris fraîchement rasés, il discute anonymement et anodinement avec les policiers chargés de le retrouver.

Après-guerre, le temps où on lui faisait signe pour incarner Clémenceau au milieu de la prestigieuse distribution d'«Entente cordiale» (1939) semble révolu : Jacques Baumer ne paraîtra plus que dans neuf films, trop brièvement le plus souvent, comme dans «Caroline chérie» (1950) sorti peu de temps avant son installation définitive au Père-Lachaise. Une certaine mélancolie affleure, par exemple dans «Impasse des deux anges» (1948) où, majordome discret et attentionné de Simone Signoret, il fait la morale à Marcel Herrand, son aristocratique soupirant. Vieux jockey devenu professeur d'équitation, il porte l'année suivante le masque triste des oiseaux de mauvais augure et semble prédire la débâcle du couple Bernard Blier/Simone Signoret dans l'excellent «Manèges» (1949) d'Yves Allégret. Même s'il n'avait pas lieu d'être mécontent de son parcours, Jacques Baumer déclarait modestement, comme le rappelle Raymond Chirat dans ses fameux «Excentriques du cinéma français» : "Je m'appelle en vérité Nussbaumer et il me paraît bien téméraire de demander au public de retenir même la moitié de mon nom".

Jean-Paul Briant

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11932CE COCHON DE MORIN
21936LA BELLE EQUIPE
31937GRIBOUILLE
41937FEU!
51937DESIRE
61938DURAND BIJOUTIER
71938LA PISTE DU SUD
81938CAFE DE PARIS
91939DERRIERE LA FACADE
101939LE JOUR SE LEVE
111940PARIS-NEW YORK
121942LES INCONNUS DANS LA MAISON
131942LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES
141942LE COMTE DE MONTE-CRISTO [ Ep."Edmond Dantès" ]
151943LE COLONEL CHABERT
161944LES CAVES DU MAJESTIC , Sorti en 1945
171947PAR LA FENETRE , Sorti en 1948
181947LE COMEDIEN
191949MANEGES
201949LE FURET
211950CAROLINE CHERIE
L'Encinémathèque
Ed.7.2.1 : 31-8-2015