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Marguerite PIERRY (1887 / 1963)

Marguerite Pierry

Actrice française, née Marguerite Peter, le 26 décembre 1887, à Paris (Seine, France). Décédée le 20 janvier 1963, à Paris (Seine, France).

Ses parents la destinaient à l’enseignement mais Marguerite Pierry n’obtint jamais le poste d’institutrice qui lui aurait bien convenu si l’on en juge par l’air sévère du professeur de piano de Danielle Darrieux dans «Le bal» (1931). Entre temps, son tempérament comique l’a emporté : Marguerite Peter est devenue Pierry, chanteuse fantaisiste, comédienne et même à l’occasion meneuse de revue aux Folies Bergères. Grande de taille, de bouche et de nez, la voix haut perchée, elle affiche un sens aigu de la caricature qui enchante le public des années vingt et trente. Au théâtre, elle connaît de beaux succès en vieille fille amoureuse dans «Le trou dans le mur» (1929) d’Yves Mirande ou en «Pâtissière du village» délurée dans une mise en scène de Louis Jouvet (1932). Elle joue «Y’avait un prisonnier» de Jean Anouilh (1935), «Vive l’empereur» (1941) de Sacha Guitry, plus tard «Gigi» de Colette (1954). On l’imagine sans peine, tout en malice et franc-parler, dans «Madame Sans-Gêne» (1932) !

Après deux films tournés en 1912, elle disparaît des écrans pour vingt ans. À 44 ans bien sonnés, elle en rajoute pour son retour aux affaires dans «On purge Bébé» (1931) de Jean Renoir : débraillée, en chemise de nuit, des papillotes dans les cheveux, un seau de toilette à la main, elle est irrésistible en Julie Follavoine, héroïne loufoque de la pièce de Feydeau. Bonne pudibonde et drolatique de Françoise Rosay dans «Le rosier de madame Husson» (1932), ses mimiques sont impayables lorsqu’elle refuse le prix de vertu à toutes les jeunes filles du village. La suite sera moins réussie, à l’exception de «Courrier Sud» (1936) – où elle a le rôle sympathique de Tante Sophie – et de deux films de Léonide Moguy : auxiliaire indocile de l’intraitable Maximilienne, elle se réjouit de l’arrivée d’une directrice plus humaine à la tête de la «Prison sans barreaux» (1937) et trinque à la santé de sa copine Pauline Carton dans «Conflit» (1938).

Dieu merci, échappant aux sollicitations de René Pujol – elle tourne six films pour l’immortel auteur de «J’arrose mes galons» (1936) et «Trois artilleurs au pensionnat» (1937) – elle paraît enfin chez Sacha Guitry qui vient de lui faire signe au théâtre dans «Châteaux en Espagne» (1933). Directrice d’une accueillante maison de passe, elle épouse par intérêt un Saturnin Fabre déjanté dans «Ils étaient neuf célibataires» (1939). Douce et compatissante dans «Donne-moi tes yeux» (1943), Guitry la remercie de son amabilité inédite en lui baisant la main. En revanche, elle doit céder la place à sa nouvelle égérie, Lana Marconi, dans «Le comédien» (1947) et «Aux deux colombes» (1949) où elle incarne l’amour conjugué à l’imparfait. Dès l’ouverture de «Napoléon» (1954), elle se fait rembarrer par Guitry/Talleyrand avant de pérorer dans «Si Paris nous était conté» (1955) en cocotte de la Belle-Époque devenue centenaire. «La vie d’un honnête homme» (1952) lui confère son personnage le plus complexe : loin des hystériques qu’elle aime composer, elle représente l’hypocrisie bourgeoise d’une femme prête à tout pour conserver son héritage, même à épouser une nouvelle fois Michel Simon. N’oublions pas Lady Braconfield, la veuve que plus personne ne parvient à faire rire, pas même Fernandel, metteur en scène improvisé d’«Adhémar ou le jouet de la fatalité» (1951) sur un scénario de Sacha.

Même si peu de cinéastes importants la recrutent, Marguerite Pierry trouve de bons personnages de femmes aigries ou d’agitées du bocal. Elvire Popesco fiche à la porte cette bonne atypique pour impertinence caractérisée dans «Parade en sept nuits» (1940). Épouse délaissée par Raimu alias «Monsieur Brotonneau» (1939), elle craint de perdre son cher Pierre Larquey, l’un des «Otages» (1938) de Raymond Bernard. Excellente dans «Le baron fantôme» (1942), elle porte l’étonnant prénom de Fébronie et joue l’épouse volubile d’un sympathique escroc (André Lefaur) qu’elle voudrait faire passer pour Louis XVII. Vieille fille dans «Chèque au porteur» (1941) et «Ces dames aux chapeaux verts» (1948), elle n’en tient pas moins le courrier du cœur dans «Dernière heure, édition spéciale» (1949) où elle voit en Paul Meurisse un obsédé sexuel alors qu’il n’a qu’une envie : la faire taire définitivement ! Il faut dire qu’elle peut être odieuse, comme le montre «Les condamnés» (1947) : "Si elle n’était pas méchante, elle serait ennuyeuse" constate Pierre Fresnay à propos de sa Tante Marthe qui se régale des différends conjugaux de son neveu et donne dans la rédaction des lettres anonymes.

La soixantaine sonnée, elle ne songe pas à raccrocher mais ses metteurs en scène semblent se contenter de plates adaptations théâtrales : Émile Couzinet affiche son sourire carnassier en vedette pour «Un trou dans le mur» (1949) et «Le don d’Adèle» (1950) ; elle joue la comtesse Apoline de Mont-Vermeil dans «J’y suis, j’y reste» (1953) ou l’adaptation d’un succès d’André Roussin, «Les œufs de l’autruche» (1957). Jules Romains et Louis Jouvet aidant, elle a plus de chance dans «Knock» (1950) où elle campe une prétentieuse dame Pons, née demoiselle Lempoumas, chapeau à plume, canne et face à main. Christian-Jaque la voit en entremetteuse pour «Nana» (1954) – c’était déjà le cas dans «Mamzelle Bonaparte» (1941) – ou en vieille aristocrate complaisante dans «Madame du Barry» (1954). Sur la scène du Théâtre du Palais-Royal, Jean Meyer la distribue à cette époque dans «L’avare» (1960), «Les femmes savantes» (1960) et «Georges Dandin» (1961) : Frosine, Bélise ou Madame de Sottenville, cela fait tout de même meilleur effet sur un CV que les personnages conventionnels concoctés par Léo Joannon, Jean Gourguet ou Jean Maley.

Après une première union avec Jacques Baumer, Marguerite Pierry vécut plus de trente ans avec le comédien et metteur en scène Marcel Simon (1872-1958), son mari infidèle de «Paris-NewYork » (1940). Malicieusement, dans «Ils étaient neuf célibataires», Guitry avait situé l’accueillante “maison” de son amie Guite au 22, rue Marcel Simon…

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1931
ON PURGE BÉBÉ
2
1931
DER BALL/LE BAL [Version française]
3
1931
LE ROSIER DE MADAME HUSSON
4
1936
COURRIER SUD
5
1937
TROIS ARTILLEURS AU PENSIONNAT
6
1937
LA CITADELLE DU SILENCE
7
1937
PRISON SANS BARREAUX
8
1938
CONFLIT
9
1939
LES OTAGES
10
1939
MONSIEUR BROTONNEAU
11
1939
ILS ÉTAIENT NEUF CÉLIBATAIRES
12
1940
PARIS-NEW YORK
13
1940
PARADE EN 7 NUITS
14
1941
CHÈQUE AU PORTEUR
15
1942
MADAME ET LE MORT
16
1942
LE BARON FANTÔME, Sorti en 1943
17
1943
DONNE-MOI TES YEUX
18
1946
CONTRE-ENQUÊTE
19
1947
LE COMÉDIEN
20
1947
LES CONDAMNÉS
21
1948
CES DAMES AUX CHAPEAUX VERTS
22
1949
AUX DEUX COLOMBES
23
1949
DERNIERE HEURE, EDITION SPECIALE
24
1949
UN TROU DANS LE MUR
25
1950
KNOCK
26
1951
ADHEMAR OU LE JOUET DE LA FATALITE
27
1952
LA VIE D'UN HONNÊTE HOMME
28
1953
J'Y SUIS... J'Y RESTE
29
1954
MADAME DU BARRY
30
1954
NAPOLÉON [Non créditée]
31
1955
NANA
32
1955
SI PARIS NOUS ÉTAIT CONTÉ
33
1957
LES OEUFS DE L'AUTRUCHE
Éd. 9.1.4 : 20-11-2019