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André ALERME (1877 / 1960)

André Alerme

Acteur français, né Marie-André Alerme, le 9 septembre 1877, à Dieppe. Décédé le 31 janvier 1960, à Montrichard (Loir-et-Cher).

Fameux second rôle du cinéma de boulevard, André Alerme fut le roi des patronymes ronflants qui collaient à son allure débonnaire, son crâne dégarni, sa moustache et ses belles rondeurs : Aldebert de La Tour Mirande dans «Miquette et sa mère» (1933), François-Théophile Cormier de La Creuse dans «L’homme du jour» (1936), Hélios de La Baule dans «Vous n’avez rien à déclarer ?» (1936), autant de pique-assiettes, de parvenus imbus d’eux-mêmes et coureurs de jupons, mariés à quelques maîtresses femmes qui vont s’ingénier à les mettre à bout. C’est ainsi qu’Alerme fut l’époux pusillanime, empêtré dans ses mensonges, de Gabrielle Dorziat, Marguerite Deval ou Marguerite Pierry, et bien entendu Françoise Rosay dont il partagea la couche à deux reprises, avec l’aval de Jacques Feyder, dirigeant avec bonhommie la «Pension Mimosas» (1934), avant de rencontrer son meilleur rôle dans «La kermesse héroïque» (1935), celui du lâche bourgmestre de Boom qui aime mieux passer pour mort (et se faire cocufier !) que d’affronter l’ennemi espagnol.

Issu de la bourgeoisie normande, il se voyait médecin ou sculpteur mais choisit judicieusement le théâtre où il brilla au début du siècle dernier dans les pièces à succès de Henry Bernstein ou Louis Verneuil. «Amour et carburateur» (1925), où il joue un petit garagiste devenu riche, sera son premier film mais il attend le parlant pour faire ses vrais débuts, parrainés par Raimu, dans «Le blanc et le noir» (1930) et «Mamzelle Nitouche» (1931). C’est l’époque où les deux compères se retrouvent sur scène à l’affiche de «Ces messieurs de la santé» (1931) ; lorsqu’il créera «Noix de coco» (1936) de Marcel Achard sous la direction de son ami Jules, Alerme sera félicité pour sa drôlerie, "…son jeu si fin, si nuancé". Au cinéma où l’on recycle alors les vaudevilles célèbres signés Labiche, Feydeau ou Jacques Deval, il paraît dans «La dame de chez Maxim’s» (1932), «Le voyage de Monsieur Perrichon» (1934), «Hôtel du libre-échange» (1934) et «Tovaritch» (1935) aux côtés d’acteurs chevronnés comme André Lefaur ou Lucien Baroux.

On le distribue de préférence dans les rôles d’autorités plus ou moins compétentes, régulièrement bafouées par la jeune génération : on le verra en colonel dépassé par les événements dans «Le baron fantôme» (1942), en marquis comploteur dans «Lettres d’amour» (1942), en fermier de la gabelle dans «Le cavalier noir» (1944) ou en préfet dans «Les malheurs de Sophie» (1945). Dans «Le voile bleu» (1942), il campe Volnar-Bussel, un nouveau riche marié à Denise Grey, qui achète un château, organise des chasses et des bals costumés, tout en affichant sans vergogne son ignorance crasse et sa vulgarité satisfaite. Imprésario débordé de chanteurs célèbres devenus comédiens le temps d’un film, il s’occupe tour à tour de Jean Lumière dans «Le chanteur de minuit» (1937) ou de Charles Trénet dans «Romance de Paris» (1940) ; il pousse même la chansonnette avec Pills et Tabet dans «Prends la route !» (1936). A l’exception de son rôle de grand couturier dans le romantique «Paradis perdu» (1939) d’Abel Gance, il préfère la comédie qui lui permet de savoureuses caricatures comme le beau-frère de Raimu, un parasite imbécile, dans «L’homme qui cherche la vérité» (1939). Metteur en scène grotesque de «La comédie du bonheur» (1940), le voilà transformé par Michel Simon en médecin major chargé d’enluminer la vie de la triste vieille fille campée par Madeleine Bérubet.

Comme on ne croise pas Pabst ou Feyder tous les jours, il participe à «L’âge d’or» (1940), "un film d’aventures comique et philosophique" selon la publicité : malheureusement, il ne s’agit pas du brûlot signé Buñuel mais d’une petite comédie de Jean de Limur qui lui permet de retrouver Elvire Popesco. Riche protecteur d’Arletty dans «L’amant de Bornéo» (1942), il marque sa préférence pour les jeunes filles indociles comme Danielle Darrieux dont il joue le père dans «Un mauvais garçon» (1936) avant de l’épouser dans «Mademoiselle ma mère» (1937) : la différence d’âge manifeste finissant par lui sauter aux yeux, il rompt ce mariage blanc et cède sa jeune épouse à son fils (Pierre Brasseur) ; dans «La fausse maîtresse» (1942), ils seront à nouveau père et fille, elle acrobate et lui directeur de cirque, "…hurluberlu mais honnête". Rebelote, cette fois avec Odette Joyeux, pour «Leçon de conduite» (1945) et surtout «Pour une nuit d’amour» (1947) qui lui vaudra l’éloge unanime de la critique.

Publicitaire colérique qui houspille Bourvil dans «Par la fenêtre» (1947), il se retrouve en fin de carrière en tête d’affiche de comédies pataudes comme «Le voleur se porte bien» (1946), «Toute la famille était là» (1948) ou «Un trou dans le mur» (1949) d’Emile Couzinet, dont il avait quasiment joué le personnage dans «Mon curé chez les riches» (1938) où il s’appelait M. CouSinet ! Il hérite même du rôle de Saint Pierre dans «Les gueux au paradis» (1945), un dernier film avec ses vieux complices Raimu et Fernandel.

Son départ pour l’au-delà, après une retraite de dix ans, restera cependant des plus discrets : comme le suggérait le titre de son dernier film, «Cet âge est sans pitié» (1950) pour les comédiens que nous avons aimés autrefois…

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11930LE BLANC ET LE NOIR
21932LA MERVEILLEUSE JOURNEE
31934PENSION MIMOSAS
41935FERDINAND LE NOCEUR
51935ARENES JOYEUSES
61935LA KERMESSE HEROÏQUE
71935TOVARITCH
81936L'ASSAUT
91936LE SECRET DE POLICHINELLE
101936LE GRAND REFRAIN
111936UN MAUVAIS GARCON
121936VOUS N'AVEZ RIEN A DECLARER?
131936PRENDS LA ROUTE
141937MADEMOISELLE MA MERE
151937BALTHAZAR
161938EDUCATION DE PRINCE
171938MON CURE CHEZ LES RICHES
181939PARADIS PERDU
191939NORD ATLANTIQUE
201939L'HOMME QUI CHERCHE LA VERITE
211940LA COMEDIE DU BONHEUR
221941DERNIERE AVENTURE
231942LE BARON FANTÔME , Sorti en 1943
241942LA FAUSSE MAÎTRESSE
251942LE VOILE BLEU
261942LETTRES D'AMOUR
271942L'HOMME SANS NOM
281943COUP DE TÊTE
291944LE CAVALIER NOIR , Sorti en 1945
301945LES MALHEURS DE SOPHIE
311945LES GUEUX AU PARADIS
321945TRENTE ET QUARANTE
331946LE VOLEUR SE PORTE BIEN
341949UN TROU DANS LE MUR
351950CET ÂGE EST SANS PITIE
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 4-10-2016