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André LEFAUR (1879 / 1952)

André Lefaur

Acteur français, né Alphonse André Lefaurichon, le 2 juillet 1879, à Paris (France). Décédé le 4 décembre 1952, à Paris.

Pour le spectateur des années 30, André Lefaur fut l’incarnation idéale des vieux gâteux en tous genres, aussi crédible et savoureux en altesse, en général ou en clochard. Trente ans plus tôt, à peine sorti du Conservatoire, il devenait pensionnaire du Théâtre de l’Athénée où sa belle voix résonnait dans «Triplepatte» (1905) de Tristan Bernard ; il connaîtra un joli succès personnel en créant «Monsieur Brotonneau» (1914) ou «Les vignes du Seigneur» (1923), deux œuvres de Flers et Caillavet. «Un miracle» (1928) de Sacha Guitry lui vaut tous les éloges pour sa "… composition d’un humour et d’un pittoresque également réjouissants", un jugement que l’on pourrait sans problème reprendre pour la plupart de ses rôles à l’écran. On l’oublie souvent mais c’est lui qui créa le rôle de Topaze en 1928, même si Marcel Pagnol le jugea trop âgé pour la première version filmée. Il aura plus de chance avec «Tovaritch» (1935) de Jacques Deval, où il triomphe sur les planches puis à l’écran en Général Mikhaïl Ouratieff, ce prince russe devenu domestique de parvenus drolatiques campés par Alerme et Marguerite Deval.

Ses débuts au cinéma se font dès 1912 alors qu’il affiche une trentaine d’années mais on ne connaît guère aujourd’hui, de cette carrière muette, que «La dixième symphonie» (1918) d’Abel Gance où il joue déjà un aristocrate grotesque, le Marquis de Croix-Saint-Blaise. Il revient au cinéma, la cinquantaine venue, pour présider aux premiers pas d’une Danielle Darrieux de quatorze ans dans «Le bal» (1931). En douze ans, il tournera une quarantaine de films, en priorité des adaptations de succès de la scène comme «L’école des cocottes» (1935) – où, sous le nom de Stanislas de La Ferronière, il enseigne les bonnes manières à Renée Saint-Cyr – ou «Le roi» (1936) qui lui permet de partager l’affiche avec un trio de choc : Raimu, Elvire Popesco et Gaby Morlay. Guetté par la calvitie, il n’apprécie guère l’image que lui renvoie l’écran, aussi s’amuse-t-il volontiers à coiffer sa perruque en brosse, combinée à une belle paire de moustaches.

Il était, paraît-il, "… plein d’une hautaine distinction" en Charles X dans «Vive le roi ! », une pièce de Louis Verneuil créée en 1936. Rien d’étonnant à ce que les titres de noblesse abondent dans sa filmographie : Général Petypon du Grêlé, Baron Ducharme, Comte de Marignan ou de Saint-Servan, Marquis d’Andeline ou de Chamarande… Sa place est toute trouvée dans «Le club des aristocrates» (1937) puisque, même réduit à l’état d’homme-sandwich, depuis 1934 tout le monde l’appelle «L'aristo» ! Dans «Entente cordiale» (1939), il sera Lord Clayton. L’élégance n’allant pas toujours de pair avec le haut lignage, le beau-père de Harry Baur dans «Samson» (1936) profite sans vergogne de ce gendre millionnaire avant de suggérer le divorce à sa fille (Gaby Morlay) soudain ruinée. Quant au Duc de Bouillon d’«Adrienne Lecouvreur» (1938), s’il porte bien la perruque XVIIIème, il n’en propose pas moins une image probante de la noblesse décadente d’Ancien Régime.

Noble ou pas, il campe idéalement chez Christian-Jaque les vieux fous toujours prêts à mourir d’amour pour «Rigolboche» (1936) alias Mistinguett ou Nina Vermillon (Ginette Leclerc), la comédienne délurée des «Dégourdis de la onzième» (1937). L’âge lui donnant toutes les audaces, il drague avec succès Françoise Rosay dans «Le fauteuil 47» (1937) mais sa partenaire préférée (douze films communs !) fut la volcanique Elvire Popesco, de «Sa meilleure cliente» (1932) à «Dora Nelson» (1935) ou «La présidente» (1938). C’est ainsi qu’il joue Ernest Pic, le comptable consciencieux de Madame Anna, tenancière de «La maison d’en face» (1936), ou Jules Vachon, un pharmacien de province prêt à tuer «Le veau gras» (1939) pour fêter le retour de son fils et qui n’en revient pas d’accueillir chez lui la princesse dont il s’est entiché. Revêtu de «L’habit vert» (1937), le duc de Maulévrier découvre qu’il doit accueillir sous la Coupole l’homme qui lui a ravi son épouse : "Au moment où l’on apprend que l’on est cocu, le cardinal de Richelieu est la dernière personne à laquelle on pense !" assène-t-il à un Pierre Larquey médusé.

Lorsqu’il ne joue pas les gens de la haute, c’est un drôle de zèbre nommé La Bobine, copain de java de Lucien Baroux dans «Quatre heures du matin» (1937), ou Corbeau, un kleptomane "… reconnu par la Faculté", dans «Derrière la façade» (1939) : «Je m’en fous, je suis irresponsable !» répond-il au commissaire Jacques Baumer, qui le retrouvera en voleur de bijoux dans «Paris-New York» (1940). Recruté par Sacha Guitry pour «Ils étaient neuf célibataires» (1939), il joue un clodo plein de dignité qui considère que l’aumône qu’on lui fait est un dû. Il est si irrésistible en vieux sourdingue dans «Parade en sept nuits» (1940) que Jean Cocteau le compare à un "gros coucou terrible" arrivant "au tout premier plan" dans un rôle secondaire. Faux Dauphin de France mais vrai braconnier, il nous amuse et nous attendrit dans «Le baron fantôme» (1942) lorsqu’il avoue à Jany Holt qu’il ne s’enferre dans ses mensonges que pour l’amour de sa chère Fébronie.

Après cela, il ne tournera plus qu’un seul film, «Les petites du Quai-aux-Fleurs» (1943) de Marc Allégret, où, vieux bouquiniste et papa adorable, il a quatre filles à marier, ce qui suffirait à justifier sa retraite anticipée. A la vérité, de graves ennuis de santé mettent à mal son humour légendaire en l’obligeant à interrompre sa carrière à 64 ans : presque impotent, il meurt neuf ans plus tard d’une congestion pulmonaire, laissant le regret des compositions pittoresques qu’il n’aurait pas manquer de nous offrir.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11922MONSIEUR LEBIDOIS PROPRIETAIRE , de Pierre COLOMBIER 
21931DER BALL/LE BAL [ Version française ]
31932SA MEILLEURE CLIENTE
41934L'ARISTO
51935TOVARITCH
61935L'ECOLE DES COCOTTES
71935DORA NELSON
81936SAMSON
91936RIGOLBOCHE
101936LE ROI
111936FAISONS UN RÊVE
121936LA MAISON D'EN FACE
131937LES DEGOURDIS DE LA ONZIEME
141937LE CLUB DES ARISTOCRATES
151937LE FAUTEUIL 47
161937L'HABIT VERT
171937QUATRE HEURES DU MATIN
181938LE MONSIEUR DE CINQ HEURES
191938LA GLU
201938LA PRESIDENTE
211938ADRIENNE LECOUVREUR
221939DERRIERE LA FACADE
231939LE VEAU GRAS
241939ILS ETAIENT NEUF CELIBATAIRES
251939LE BOIS SACRE
261940PARIS-NEW YORK
271940MIQUETTE
281942LE BARON FANTÔME , Sorti en 1943
291943LES PETITES DU QUAI AUX FLEURS
L'Encinémathèque
Ed.7.2.1 : 3-12-2015