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André GABRIELLO (1896 / 1975)

André Gabriello

Acteur français, né André Adrien Marie Galopet, le 15 octobre 1896, à Paris. Décédé le 19 mars 1975, à Paris.

Son père était chanteur lyrique et poète à ses heures : André Gabriello, lui, sera plus modestement chansonnier, une fois passée l’épreuve de la première guerre mondiale. Sa verve familière se manifesta aux dépens des célébrités du moment dans des centaines de chansons et de sketches qui, s’ils ne sont pas passés à la postérité, le mirent à l’abri des périodes de "Vache Enragée", l’un des cabarets où il se fit connaître. Peut-être se souvient-on qu’il écrivit pour Fréhel «C’est un petit bal musette» ou cette chanson de marins dont le refrain clamait : "Avant d’être capitaine, il faut être matelot". La scène d’abord, la radio ensuite, le rendirent extrêmement populaire si bien qu’on ne s’étonne pas de le voir dès le début du parlant prendre le «Calais-Douvres» (1931) pour un premier film aux côtés d’une star européenne, Lilian Harvey.

Ses fréquentations cinématographiques sont de bon aloi dans les années 30 puisqu’on le retrouve à plusieurs reprises au générique d’œuvres signées par de grands cinéastes. Max Ophuls le transforme en histrion libidineux jouant les Néron d’opérette dans «Divine» (1935) ou en directeur de cabaret au rire factice et au cœur sec dans «Sans lendemain» (1939) ; plus étonnant, il paraît grimé en japonais dans «Yoshiwara» (1937) où il joue M. Pô, patron d’une accueillante maison de thé. Pour Jean Renoir, il sera le commissaire adipeux qui traîne dans «Les bas-fonds» (1936), jetant son dévolu sur Junie Astor avant de recevoir un coquard mérité de la part de Jean Gabin ; plus aimable dans le rôle de M.Dufour, le petit commerçant imaginé par Maupassant, il embarque sa famille pour «Une partie de campagne» (1936) mais préfère visiblement la sieste au bord de l’eau aux sollicitations d’une épouse encore sensuelle (Jane Marken)… Pierre Chenal lui fait fréquenter le prétoire pour «L’affaire Lafarge» (1937) ou les quartiers interlopes de Sfax pour «La maison du maltais» (1938) alors que Marcel Lherbier ne le trouve pas déplacé dans la Russie tsariste de «La tragédie impériale» (1938). Il doit son plus grand succès personnel à «Narcisse» (1939), vaudeville militaire d’Ayres d’Aguiar : son personnage de sergent-major irascible que les pitreries de Rellys font tourner en bourrique lui valut de flatteuses comparaisons avec Oliver Hardy.

Lorsque, perché sur un lampadaire, Raymond Bussières lui lance "J’emmerde les gendarmes !" dans «L’assassin habite au 21» (1942), Gabriello garde son air bonhomme. En revanche, client mal embouché dans «La main du diable» (1942), il s’emporte violemment contre Noël Roquevert. Dans «La fausse maîtresse» (1942), premier film d’André Cayatte, il est odieux en huissier gras et vulgaire, auprès duquel même Alerme, sa victime potentielle, paraît maigre ! Le jeune cinéaste lui propose bientôt de fructueuses retrouvailles pour le diptyque consacré à «Roger la honte» (1945) : "Doigté et discrétion !" se vante-t-il en inspecteur pas très finaud qui séduit Paulette Dubost au nez et à la barbe de son Rellys de mari ; celui-ci se venge par cette phrase signée Charles Spaak : "Toi, c’est quand tu parles que tu es illisible !" Rédacteur en chef survolté de «La ferme aux loups» (1943), il hurle des ordres incompréhensibles que ni Paul Meurisse ni François Périer ne veulent suivre de toute façon. L’hôpital n’hésitant pas à se moquer de la charité, dans «Métier de fous» (1948), devenu directeur de théâtre, notre ami reproche à Robert Dhéry de bafouiller avant de s’exclamer face à Henri Guisol : "Mais articule, mon vieux !" Dans ce registre, c’est sans doute en inspecteur Lucas, associé d’un Maigret inattendu (Albert Préjean), qu’il donne le meilleur de lui-même dans «Picpus» (1942), «Cécile est morte» (1943) et «Les caves du Majestic» (1944) où, empressé et bafouilleur, il apporte une note humoristique surprenante dans l’univers de Simenon.

Robert Dhéry l’intègre volontiers à sa troupe dans «Branquignol» (1949) et «La patronne» (1949) mais les films des années 50 feront rarement preuve d’originalité. Malgré tout, dans «La rue sans loi» (1950), inspiré des dessins de Dubout, il joue le gangster Sparadra qui terrifie le quartier mais fond devant les charmes (très relatifs !) de Max Dalban déguisé en Fifille, matrone de 130 kilos. Affublé d’un nez de Cyrano, il clame «Faites-moi confiance» (1953) mais semble oublier que le scénario n’est pas signé Edmond Rostand. Encore s’agit-il d’un film de Gilles Grangier, car pour le reste il se contentera du tout venant, alignant des titres aussi mémorables que «Moumou» (1951), «Le collège en folie» (1953), «Minute papillon» (1958) ou «A rebrousse poil» (1959). Lorsqu’il se lasse de travailler pour René Jayet, Henri Lepage ou Maurice Cam, espérant une embellie du côté d’Abel Gance ou de Marcel Carné, il joue de malchance car ni «La tour de Nesle» (1954) – où il se retrouve les fesses à l’air avec l’ami Rellys – ni «Le pays d’où je viens» (1956) ne comptent parmi les chefs d’œuvre de leurs auteurs. Si Emile Couzinet lui donne la vedette de «Trois marins en bordée» (1957), un de ces nanars dont il avait le secret, seuls Julien Duvivier pour une courte scène du «Diable et les dix commandements» (1962) et Jean-Pierre Mocky, qui lui rase le crâne pour son dernier rôle, un escroc crétin nommé Robinhoude dans «La bourse et la vie» (1965), s’ingénieront à améliorer l’ordinaire…

Le caricaturiste Georges Bastia l’avait croqué en phoque débonnaire échoué sur la banquise. Président du Club des 100 kilos, Gabriello intitula judicieusement son autobiographie «Souvenirs d’un homme de poids» (1951). Bien après sa disparition, "La Voix du Nord" annonçait, le 1er mars 2015, que la municipalité d’Equihen-Plage avait décidé la destruction de la Villa Fa-Zou achetée avant-guerre par Gabriello et ainsi nommée en référence à ses filles, France et Suzanne ; dans les années 50, la villa avait abrité la liaison de Jacques Brel et Suzanne Gabriello (1932/1992), couple dont la séparation devait arracher l'un de ses plus beaux cris au chanteur d'outre-Quiévrain, «Ne me quitte pas.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11931NIE WIEDER LIEBE/CALAIS-DOUVRES [ Version française ]
21935DIVINE
31936PARTIE DE CAMPAGNE , Moyen métrage inachevé
41936LES BAS-FONDS
51937YOSHIWARA
61939SANS LENDEMAIN
71939NARCISSE
81941CAPRICES
91942L'ASSASSIN HABITE AU 21
101942LA FAUSSE MAÎTRESSE
111942PICPUS
121942LA MAIN DU DIABLE
131943LA FERME AUX LOUPS
141943ADRIEN
151943CECILE EST MORTE
161944LES CAVES DU MAJESTIC , Sorti en 1945
171945ROGER-LA-HONTE
181946LA REVANCHE DE ROGER-LA-HONTE
191948METIER DE FOUS
201948DEUX AMOURS
211948SCANDALE AUX CHAMPS-ELYSEES
221949RONDE DE NUIT
231949BRANQUIGNOL
241950LA RUE SANS LOI
251951MOUMOU
261953FAITES-MOI CONFIANCE
271954LA TOUR DE NESLE
281956PAS DE GRISBI POUR RICARDO , Inédit à Paris
291957TROIS MARINS EN BORDEE
301962CESARIN JOUE LES ETROITS MOUSQUETAIRES
311962LE DIABLE ET LES DIX COMMANDEMENTS [ Sk."Tu ne déroberas point" ]
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 7-10-2016