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Pierre BERTIN (1891 / 1984)

Pierre Bertin

Acteur français, né le 24 octobre 1891, à Lille. Décédé le 13 mai 1984, à Paris.

En dépit de l'appréhension légitime de ses parents, Pierre Bertin interrompit ses études de médecine à vingt ans pour se tourner vers le théâtre. L'idée s'avéra judicieuse puisqu'elle lui permit de fréquenter Guillaume Apollinaire ou Erik Satie ; celui-ci dédia au jeune comédien «Le piège de Méduse» (1921) et s'enticha de son épouse, la pianiste virtuose Marcelle Meyer (1897-1958). A l'Odéon, au Vieux-Colombier comme au Théâtre Michel, Bertin défendit vaillamment les couleurs de l'avant-garde, jouant «Les mariés de la Tour Eiffel» (1921) de Jean Cocteau ou mettant en scène «Ruffian toujours, truand jamais» (1920) de Max Jacob. La Comédie Française l'accueillit comme pensionnaire en 1923 avant de le nommer sociétaire de 1931 à 1944. Il s'illustra dans les œuvres contemporaines de Pirandello et bien sûr, côté classiques, dans «Le mariage de Figaro» (1939), «Le barbier de Séville» (1942) et «Le bourgeois gentilhomme» (1944) où il dirigea rien moins que Raimu. Compagnon de Madeleine Renaud, il eut l'élégance de s'effacer devant Jean-Louis Barrault ; aussi est-ce sans état d'âme qu'il leur emboîta le pas, après-guerre, dans l'aventure de la Compagnie Renaud-Barrault pour un parcours mémorable qui inclut «La répétition ou l'amour puni » (1952), «La cerisaie» (1955), «Hamlet» (1962) ou les couplets de «La vie parisienne» (1959) d'Offenbach. En 1975, les spectateurs d' «Au Théâtre Ce Soir» l'applaudissent dans  «Le pape kidnappé » (1975), un dernier succès au terme d'une carrière bien remplie.

En marge de cette activité incessante sur les planches, Pierre Bertin trouva le temps, après trois prestations muettes, de paraître régulièrement à l'écran pendant une quarantaine d'années. Son premier emploi est celui de l'amoureux emprunté, par exemple dans «L'amour chante» (1930) de Robert Florey ou «La petite chocolatière» (1931) de Marc Allégret, où Raimu l'aide à résoudre ses problèmes de coeur. Il courtise Edwige Feuillère dans «Le cordon bleu» (1931), Gaby Morlay dans «Faubourg Montmartre» (1931) ou Mireille Perrey dans «Je serai seule après minuit» (1931). Le titre d'un film aujourd'hui oublié, «Professeur Cupidon» (1933), donne une bonne idée des personnages qui lui sont alors dévolus. Les derniers avatars du personnage paraissent dans «Jeunes filles en détresse» (1939) et «Mademoiselle Béatrice» (1942) où il s'appelle Archange et soupire toujours pour Gaby Morlay… Toutefois, lorsqu'il adopte le fruit de l'un des «Péchés de jeunesse» (1941) de Harry Baur, il s'est tant sacrifié pour cet enfant qui n'est pas le sien qu'il reçoit en retour une belle déclaration d'amour filial.

La cinquantaine venue, son emploi évolue sur une note parfois plus aigre. Fournisseur de Baudu (Michel Simon), il contribue à sa ruine comme à la réussite commerciale de l'enseigne concurrente, «Au Bonheur des Dames» (1943). Sous-préfet dans «Le corbeau» (1943), son éloge funèbre vire au cri de vengeance dont Marie Corbin (Héléna Manson) sera la victime. Abbé de cour, il trempe un temps dans les manigances de Madame de La Motte (Viviane Romance) à l'origine de «L'affaire du collier de la reine» (1946). Toutefois, les vieux amoureux ou les notables ridicules semblent lui convenir davantage. C'est ainsi que Jean Cocteau se souvient de son interprète des années 20 pour en faire un “commissaire spécial”, complètement dépassé face à la disparition mystérieuse d'«Orphée» (1950). De même, M. Bernard, l'instituteur à lorgnon de «Knock» (1950), se laissera facilement embobiner par Louis Jouvet dont il ne saisit pas la duplicité. Chez Jean Renoir, il compte au nombre des amoureux éperdus d'Ingrid Bergman, dans «Elena et les hommes» (1956) : affligé d'un rejeton (Jacques Jouanneau) aussi benêt qu'il l'était lui-même vingt ans plus tôt, on sait d'avance qu'il n'emportera pas le cœur de la belle intrigante !

Il ne faisait que passer dans le prologue de «Faisons un rêve» (1936), attendant une douzaine d'années le personnage que Sacha Guitry lui réserve, celui du baron de Nesselrode dans «Le diable boiteux» (1948). Depuis «Cyrano de Bergerac» (1945) où il joue le comte de Guiche, soupirant malheureux de Roxane, les titres de noblesse lui siéent : colonel de Brochard dans «Tire au flanc» (1949), M. de Saint-Brive dans «Mon phoque et elles» (1951), marquis de La Force dans «Le dialogue des carmélites» (1959), duc de Crécy dans «Babette s'en va-t-en guerre» (1959), il joue même Napoléon III dans «Monsieur Fabre» (1951) et, plus tard, le prince de Condé dans «L'évasion du duc de Beaufort» (1972) tourné pour la télévision par Christian-Jaque. Pour autant, il ne se pousse pas du col, et se moque des coteries en tous genres, passant allègrement de la vieille garde cinématographique à la Nouvelle Vague version Chabrol puisqu'il dirige, l'œil égrillard, le magasin où s'ennuient «Les bonnes femmes» (1960).

Grand-bourgeois sourdingue, il demande à Lino Ventura la main de sa pupille pour son fiston Claude Rich, au beau milieu de la fusillade finale des «Tontons flingueurs» (1963). Comme on l'aperçoit aussi en grand-père de Marie Dubois dans «La grande vadrouille» (1966), on peut dire qu'il a le nez creux puisqu'il assure sa postérité en participant à deux succès indémodables. A contrario, ni «L'étranger» de Luchino Visconti (1967), ni les œuvres plus intimistes de Guy Gilles («Absences répétées» (1971) ou Jean-Claude Brialy («L'oiseau rare», 1973) ne rencontreront le public. Sa malice n'en reste pas moins intacte comme le prouve son apparition gouleyante en chanoine gourmand dans le «Calmos» (1975) de Bertrand Blier. Lorsque «Le beaujolais nouveau est arrivé» (1978), Pierre Bertin considère que l'heure des adieux a sonné. Il venait de publier un livre de souvenirs, préfacé par Jean-Louis Barrault, sous le meilleur titre qui soit : «Le théâtre est (et) ma vie» (1971).

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11930L'AMOUR CHANTE
21931FAUBOURG MONTMARTRE
31931LE CORDON BLEU
41931LA PETITE CHOCOLATIERE
51936FAISONS UN RÊVE
61939JEUNES FILLES EN DETRESSE
71941PECHES DE JEUNESSE
81943AU BONHEUR DES DAMES
91943LE CORBEAU
101945L'INSAISISSABLE FREDERIC
111945CYRANO DE BERGERAC
121946L'AFFAIRE DU COLLIER DE LA REINE
131948LE DIABLE BOITEUX
141949TIRE AU FLANC
151950ORPHEE
161950KNOCK
171956ELENA ET LES HOMMES
181960LES BONNES FEMMES
191963LES TONTONS FLINGUEURS
201966LA GRANDE VADROUILLE
211975CALMOS
L'Encinémathèque
Ed.7.2.1 : 18-12-2015