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Anne REVERE (1903 / 1990)

Anne Revere

Actrice américaine, née le 25 juin 1903, à Manhattan (New York). Décédée le 18 décembre 1990, à Locust Valley (Etat de New York).

Descendante de Paul Revere, héros de la Révolution américaine, Anne Revere reçut l'éducation raffinée des jeunes filles de la bonne société du New Jersey. Elle suit les cours de la fameuse actrice russe Maria Ouspenskaya –  la bohémienne du «Loup-garou» (1941) ! – et débute à Broadway au début des années 30. Elle connaît le succès grâce au personnage de Martha Dobie, la jeune prof cernée par la rumeur dans «The Children's Hour» (1934) de Lilian Hellman. La même année, elle tourne un premier film, «The Double Door», où elle reprend un rôle créé à la scène, mais il lui faudra dix ans de pratique théâtrale pour attirer vraiment l'attention des producteurs de cinéma. Il est vrai que son apparence austère ne correspond guère aux canons traditionnels de la beauté hollywoodienne...

Sympathique matrone chargée d'enfants, elle croise Cary Grant dans «The Howards of Virginia» (1940). Elle montre très vite une prédilection pour les mères dévouées, issues de préférence d'un milieu modeste. Ainsi, dans «Le chant de Bernadette» (1943) de Henry King, le rôle de Madame Soubirous lui vaut une première nomination à l'oscar. Dans «Le château du dragon» (1946) de Mankiewicz, toute en bienveillance rugueuse, elle joue à peu de choses près la même partition, cette fois auprès de Gene Tierney. A noter que ses enfants de cinéma ne sont pas toujours beaucoup plus jeunes qu'elle : dans «Body and Soul» (1947), elle n'a que dix ans de plus que son fils supposé, le magnétique John Garfield. Logiquement, c'est le rôle d'une mère idéale –  celle de la petite Elizabeth Taylor dans «Le grand National» (1944) – qui lui vaudra l'oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Avec «Le mur invisible» (1947) d'Elia Kazan – cette fois, son fils n'est autre que Gregory Peck - elle empoche une troisième nomination en cinq ans !

A côté de ces figures maternelles rassurantes, auxquelles on peut adjoindre la missionnaire des «Clés du royaume» (1944), Anne Revere s'amuse à camper Mother Red Cap, étonnante cheftaine d'une bande de voleuses, dans «Ambre» (1947). Au service de l'inquiétant Boris Karloff, elle joue les médiums dans «The Devil Commands» (1940) mais ne récidivera pas dans le cinéma fantastique. Dès «La belle ensorceleuse» (1941) de René Clair, on la recrute plutôt pour les rôles de vieilles filles pincées : il faut dire qu'elle ne voit pas d'un bon œil l'irruption de Marlene Dietrich dans la vie de son riche frérot, Roland Young. Dans «Crime passionnel» (1945), Otto Preminger la montre en vieille fille bigote décidée à protéger sa tendre sœur (Alice Faye) des aventuriers comme Dana Andrews. Plus compréhensive envers Joan Bennett dans «Le secret derrière la porte» (1947) de Fritz Lang, elle la protège du désordre mental de Michael Redgrave. Si on la voit dans «Les folles héritières» (1942) ou «Are Husbands Necessary ?» (1942), les comédies sont l'exception : aussi apprécie-ton son apparition loufoque dans «L'Introuvable rentre chez lui» (1944) où, fagotée comme l'as de pique, elle parvient sans problème à nous faire rire.

Avec «Une place au soleil» (1951), les années 50 semblent bien commencer mais le funeste sénateur McCarthy l'inscrit sur la liste noire car Anne Revere est fichée comme communiste par le FBI depuis 1943. L'actrice refuse de témoigner devant la commission des activités anti-américaines : en représailles, son rôle dans le film de George Stevens est réduit à la portion congrue et elle se voit désormais interdite de tournage. Vingt ans passeront avant son retour à l'écran dans «Dis-moi que tu m'aimes, Junie Moon» (1970) du fidèle Preminger et deux autres apparitions peu satisfaisantes. Heureusement, le théâtre reste une porte de salut : mariée pendant un demi-siècle (1935-1984) au metteur en scène Samuel Rosen, elle ouvre avec lui une école de théâtre à New York. Tournant le dos à Hollywood qui ne veut plus d'elle, elle continuera à paraître sur les planches, renouant avec le succès lorsque la dramaturge Lilian Hellman lui porte chance à nouveau : en 1961, elle reçoit le Tony award de la meilleure comédienne dans un second rôle pour «Toys in the Attic» ; toutefois, toujours considérée comme indésirable par les studios, elle voit le rôle lui échapper au profit de Wendy Hiller pour l'adaptation cinématographique. Courageuse dans l'adversité, fidèle à son idéal, il va de soi que cette comédienne talentueuse, morte à 87 ans d'une pneumonie, mérite amplement qu'on lui fasse, comme l'écrirait Brassens, une "affectueuse Revere... nce" !
Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11934DOUBLE DOOR , de Charles VIDOR 
21940THE HOWARDS OF VIRGINIA
31940THE DEVIL COMMANDS , de Edward DMYTRYK 
41941THE FLAME OF NEW ORLEANS (La belle ensorceleuse)
51942THE FALCON TAKES OVER
61943THE SONG OF BERNADETTE (Le chant de Bernadette)
71944STANDING ROOM ONLY (L'amour cherche un toit)
81944NATIONAL VELVET (Le grand National)
91944THE THIN MAN GOES HOME (L'Introuvable rentre chez lui)
101945FALLEN ANGEL (Crime passionnel)
111946DRAGONWYCK (Le château du dragon)
121947BODY AND SOUL (Sang et or)
131947FOREVER AMBER (Ambre)
141947GENTLEMAN's AGREEMENT (Le mur invisible)
151947SECRET BEYOND THE DOOR (Le secret derrière la porte)
161947SCUDDA HOO! SCUDDA HAY!
171948DEEP WATERS (L'orphelin de la mer)
181949YOU'RE MY EVERYTHING
191951A PLACE IN THE SUN (Une place au soleil)
L'Encinémathèque
Ed.7.2.1 : 3-12-2015