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Suzanne FLON (1918 / 2005)

Suzanne Flon

Actrice française, née le 28 janvier 1918, au Kremlin-Bicêtre (Seine, France). Décédée le 15 juin 2005, à Paris (Île-de-France, France).

Fille d'un employé des chemins de fer et d'une brodeuse de perles, entourée de trois frère(s) et soeur(s), la petite Suzanne avoue à peine ses 14 ans lorsqu'elle assiste à une représentation d'«Andromaque», de Racine, à la Comédie Française. C'est décidé, elle sera comédienne comme d'autres, à cet âge, choisissent de devenir pompiers. Mais les parents ne l'entendent pas de cette oreille et encouragent leur enfant à se construire un avenir dans l'enseignement public.

Bachelière, la jeune fille profite d'un séjour en Grande-Bretagne pour se familiariser avec la langue de Shakespeare, ce qui lui vaudra bientôt de tenir un emploi de traductrice-interprète au grand magasin parisien "Le Printemps" (1935/1939).

En 1939, au cours d'un dîner chez des amis communs, elle séduit la grande Édith Piaf par l'éclat de son rire franc, le "moineau d'Avignon" lui proposant alors de devenir sa secrétaire. Davantage qu'autour d'un bureau, c'est dans les fauteuils des salles où se produit sa patronne qu'elle la soutient de sa jovialité communicative, tant et si bien que l'impresario de l'artiste, Daniel Marouani, lui propose de présenter le spectacle. Ainsi, Suzanne Flon débute sur les scènes de l'ABC et de Bobino en y allant de son petit discours entre les différents numéros. Introduisant une revue de Mistinguett, elle reçoit de la noble dame le conseil d'oser franchir le pas supplémentaire.

Prise au jeu, elle participe à un concours, "Espoir de vedette," qui lui permet de faire son entrée dans la classe de Solange Sicard, où s'attarde encore Simone Signoret. Courant bientôt les auditions, elle se fait remarquer par Raymond Rouleau qui ne tarde pas à la revêtir du costume de son premier personnage professionnel, une fille à soldats, dans la pièce de Jean-François Noël, «La survivante» (1943). Ainsi débute une grande carrière théâtrale qui fera de Suzanne Flon l'interprète favorite de quelques-uns des plus grands dramaturges contemporains, comme Jacques Audiberti («Le mal court» en 1947, 1955 et 1961), Jean Anouilh («Antigone» en 1944, «Roméo et Jeannette» en 1946, «L'heure éblouissante» en 1953, «L'alouette» en 1964, etc) ou André Roussin («La petite hutte» en 1947, «Hélène ou la joie de vivre» en 1961), sans oublier les grands noms du théâtre classique («La mégère apprivoisée» de Shakespeare en 1957, «On ne badine pas avec l'amour» de Musset en 1961, etc).

Le cinéma ne fera jamais que combler ses heures creuses. Elle y fait ses premières apparitions, à l'aube de l'Occupation, sous le pseudonyme d'Annie Lancel («Ce n'est pas moi» de Jacques de Baroncelli en 1941 : mais si, c'était bien elle !) et ce n'est que fugacement qu'elle s'asseoit à la même table que Jean-Louis Barrault dans «L'ange de la nuit» (1942). La voici bientôt dans un premier rôle aux côtés de René Dary dans «Suzanne et ses brigands» (1948), avant d'incarner la soeur d'Annabella dont l'époux infidèle (Georges Marchal) tente de vivre un «Dernier amour» pour finir par de revenir “à ses devoirs d'époux”.

En 1952, modèle et compagne de Toulouse Lautrec, un habitué du «Moulin Rouge», elle est dirigée par le grand John Huston auquel la lie bientôt un tendre sentiment qui laissera au réalisateur le regret tardivement exprimé de n'avoir pas conduit sa vedette jusqu'à l'autel des “bonnes manières”. Délaissée, la frêle actrice se produit, sous les caméras d'un Orson Welles au début de son purgatoire européen, dans «Mr.Arkadin», expérience qu'elle renouvellera dans «Le procès» (1962). Accaparée par la scène, elle fera un retour triomphal sur les écrans dans «Tu ne tueras point» de Claude-Autant-Lara (1961), en mère compréhensive et courageuse d'un objecteur de conscience (Laurent Terzieff), interprétation lui valant la reconnaissance du Festival de Venise.

Bien sûr, c'est en épouse de Jean Gabin que Suzanne Flon aura laissé les traces les plus profondes dans la mémoire des spectateurs des salles obscures des sixties. «Un singe en hiver» (1962), «Le soleil des voyous» (1967), «Sous le signe du taureau» (1968), autant de titres où elle promène son personnage de femme futile et insignifiante, mais finalement sécurisante, auprès du plus vieil ours que le cinéma français ait jamais mal léché. Mais on peut tout de même préférer ses compositions en mère de Johanna Shimkus dans «Tante Zita» ou en amie sûre de Lino Ventura dans «Le silencieux» (1972).

Sourde quand il le faut dans «L'été meurtrier» (Jean Becker, 1983), au point qu'Adjani la baptise du sobriquet de “Sono cassée”, elle n'en reçoit pas moins avec ravissement les applaudissement soutenus de la salle du Théâtre de l'Empire, le César du meilleur second rôle bien serré dans ses bras. Elle redoublera le plaisir en 1990 à la suite de sa “performance” dans «La vouivre» de Georges Wilson, d'après l'oeuvre de Marcel Aymé.

Les électeurs des "Molières" ne seront pas en reste, qui l'honoreront à deux reprises («Léopold le bien-aimé» en 1987 et «La chambre d'amis» en 1995). Complice de la dramaturge Loleh Bellon dont elle créera pratiquement toutes les pièces, c'est en «Amante anglaise» qu'elle reprit le flambeau "Durassien" mis sous l'éteignoir depuis la dispairtion de Madeleine Renaud, faisant pour l'occasion ses adieux sur les planches. Pour Suzanne Flon, l'histoire finira comme elle avait commencé, en fréquentant les «Fauteuils d'orchestre» opportunément alignés par Danièle Thompson pour une ultime apparition à l'écran.

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1942
L'ANGE DE LA NUIT [Sous le nom d'Annie Lancel]
2
1947
CAPITAINE BLOMET
3
1948
SUZANNE ET SES BRIGANDS
4
1949
DERNIER AMOUR
5
1949
LA CAGE AUX FILLES
6
1949
RENDEZ-VOUS AVEC LA CHANCE
7
1952
MOULIN ROUGE
8
1961
TU NE TUERAS POINT
9
1962
UN SINGE EN HIVER
10
1964
LE TRAIN
11
1967
SI J'ÉTAIS UN ESPION
12
1967
LE SOLEIL DES VOYOUS
13
1967
TANTE ZITA
14
1967
LE FRANCISCAIN DE BOURGES
15
1968
SOUS LE SIGNE DU TAUREAU
16
1970
TERESA
17
1972
LE SILENCIEUX
18
1975
DOCTEUR FRANÇOISE GAILLAND
19
1976
MONSIEUR KLEIN
20
1976
COMME UN BOOMERANG
21
1983
L'ÉTÉ MEURTRIER
22
1992
VOYAGE À ROME
23
1998
LES ENFANTS DU MARAIS
24
2002
LA FLEUR DU MAL
25
2002
EFFROYABLES JARDINS
26
2005
FAUTEUILS D'ORCHESTRE
Éd. 9.1.3 : 15-12-2019