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Roland ARMONTEL (1901 / 1980)

Roland Armontel

Acteur français, né Auguste Louis Magnin, le 21 décembre 1901, à Vimoutiers (Orne, France). Décédé le 8 mars 1980, à Paris (Île-de-France, France).

Comédien précoce, Roland Armontel est pratiquement né sur les planches puisque sa mère, artiste dramatique pour l’état-civil, accoucha encore vêtue de son costume de scène. Enfant de la balle, selon l’expression consacrée, il aurait paru, âgé d’une dizaine d’années, dans quelques courts métrages de Max Linder. Toutefois, ce n’est qu’au début des années 30 qu’on commence à le repérer en fin de générique, dans un rôle de troufion abruti pour «Les gaîtés de l’escadron» (1932) et dans «Les misérables» (1934) de Raymond Bernard, où il se contente de séduire Fantine et de lui faire un enfant. À cette époque, il a délaissé la tradition familiale du théâtre itinérant pour tenter sa chance à Paris : le boulevard va lui apporter des rôles valorisants, par exemple «Le train pour Venise» de Louis Verneuil en 1937 ou «Les jours heureux» (un titre paradoxal en 1939 !) de Claude-André Puget mais sa notoriété insuffisante l’empêche d’être retenu lors des adaptations cinématographiques. Interprète de Marcel Achard («Voulez-vous jouer avec moi ? » avec Arletty en 1943) ou Félicien Marceau («La bonne soupe» avec Marie Bell en 1958), il peut tout aussi bien jouer «Nekrassov» de Jean-Paul Sartre ou «Le petit arpent du bon dieu» d’Erskine Caldwell, avant de devenir sur le tard un fidèle client d’«Au théâtre ce soir» («Trésor Party» en 1975, «Les petites têtes» en 1979,…), partenaire de Simone Renant dans «Treize à table» (1967) ou d’Yvonne Clech dans «Vous ne l’emporterez pas avec vous» (1978).

À l’orée des années 40, le temps d’un «Battement de cœur» (1939) pour Danielle Darrieux, Armontel s’attaque sérieusement à sa carrière cinématographique, qui sera riche de plus de quatre-vingts compositions, tournées pour l’essentiel entre 1941 et 1963. Personnification du peintre Eugène Delacroix dans «La symphonie fantastique» (1941), il marque très vite sa préférence pour les personnages farfelus. Médecin à lorgnon et moustache dans «Les petites du Quai-aux-Fleurs» (1943) ou «Florence est folle» (1944), il prend sans rechigner vingt ans d’un coup, comme on le voit à nouveau dans «Rocambole» (1947) : comte Artoff, marié à Baccarat (Sophie Desmarets), il soigne son accent russe mais ne peut cacher sa véritable identité, celle d’un boutiquier d’Istanbul qui rêvait de découvrir Paris. Le lorgnon est de retour, avec la barbiche en prime, pour camper Tafardel, l’instituteur de «Clochemerle» (1948), ou le beau-père hypocondriaque de «Minne, l’ingénue libertine» (1950). Dans le genre, c’est «Occupe-toi d’Amélie» (1949) de Claude Autant-Lara qui lui offre sans doute sa plus grande réussite : puisque, selon Feydeau, "un général doit servir à quelque chose", le voilà, coupe en brosse, lorgnon et accent russe, entremetteur du Prince de Palestrie entiché d’une Darrieux bien volage.

Loin de ces rôles pittoresques, Armontel connaît aussi les vertus de la discrétion, comme dans «Jéricho» (1945) où il émeut particulièrement : maigre à faire peur, son courage surprend face à la veulerie du trafiquant campé par Pierre Brasseur. Paradoxalement, il joue très sobrement un “ivrogne intégral” dans «L’idiot» (1945). Crâne lisse et fine moustache, il devient le sympathique metteur en scène qui favorise l’idylle naissante entre Anouk Aimée et Serge Reggiani, «Les amants de Vérone» (1948) ou l’inspecteur Pauc qui enquête sur le mystère du «Dolmen tragique» (1947). Clown un rien vulgaire dans «Éternel conflit» (1947) ou artiste prétentieux démasqué par Bourvil, le peintre qui passe «Par la fenêtre» (1947), il chante avec verve «Par le petit bout de la lorgnette» – qui n’est pas encore l’hymne fétiche du «Petit Rapporteur» de Jacques Martin – dans «Le silence est d’or» (1947) de René Clair. Marquis déchu, il triche aux cartes, ce qui lui permet d’emblée d’intégrer la bande de Mandrin (Raf Vallone), «Le chevalier sans loi» (1951). Directeur de tournée irascible, il est sur le point de renvoyer «Sénéchal le magnifique» (1957) mais se souvient à temps qu’il doit à Fernandel quelques bonnes apparitions dans «Émile l’Africain»(1947) ou «Don Juan» (1955).

Des tréteaux itinérants aux plateaux de cinéma, Armontel restera sur la brèche pendant plus de soixante ans, se dépensant sans compter, même pour de brèves apparitions comme dans «L’affaire des poisons» (1955) ou «Les tricheurs» (1958). Il savait que le public ne le reconnaissait pas toujours, confondant parfois sa tête chauve et sa moustache avec celles du petit Pasquali. Avec le temps, cela s’est encore aggravé car on ne peut dire que «Le passage de Vénus» (1951) ou «Piédalu député» (1953) soient fréquemment diffusés. On se souvient tout de même du chimiste impliqué dans le trafic de drogue, tabassé par Lino Ventura et Albert Rémy dans «Razzia sur la chnouf» (1955), ou du Comte de Chaville, père de Claude Rich, dans «Ni vu ni connu» (1957). Et c’est encore grâce à Louis de Funès, «Sur un arbre perché» (1970), qu’on le reverra en curé pompette suspendu dans les airs. Il ne fait que passer dans «Paris brûle-t-il ?» (1965), prêt à prendre les armes pour défendre sa ville, mais il se rattrape sur le petit écran où il participe à de célèbres feuilletons comme «Thierry la Fronde» (1966), «Maurin des Maures» (1970) ou «L’homme qui revient de loin» (1975), ainsi qu'à quelques téléfilms («Les Zingari» en 1975,…). Dans «Messieurs les ronds-de-cuir» (1978) réalisé par Daniel Ceccaldi, il brosse une dernière caricature savoureuse avec le Père Soupe, vieux fonctionnaire incompétent qui prend ses bains de pied au ministère. Son dernier film, «Le temps des vacances» (1979), annonçait la couleur : après une brève retraite du côté d’Arcachon, auprès de son épouse, Claudette, dès l’année suivante, pour ce sympathique comédien, viendra le temps des vacances éternelles.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1932
LES GAÎTÉS DE L'ESCADRON
2
1933
TOUCHONS DU BOIS
3
1934
LES MISÉRABLES
4
1939
BATTEMENT DE COEUR
5
1941
LA SYMPHONIE FANTASTIQUE
6
1944
FLORENCE EST FOLLE
7
1945
L'IDIOT
8
1945
JÉRICHO
9
1946
L'ARCHE DE NOÉ
10
1946
LA MAISON SOUS LA MER
11
1947
ROCAMBOLE
12
1947
LES TROIS COUSINES
13
1947
ÉTERNEL CONFLIT
14
1947
LE SILENCE EST D'OR
15
1947
PAR LA FENÊTRE, Sorti en 1948
16
1948
CLOCHEMERLE
17
1948
LA BATAILLE DU FEU / LES JOYEUX CONSCRITS
18
1948
LA VIE EST UN RÊVE
19
1948
LES AMANTS DE VERONE
20
1949
LA DANSEUSE DE MARRAKECH
21
1949
OCCUPE-TOI D'AMÉLIE
22
1949
LE MARTYR DE BOUGIVAL
23
1949
VÉRONIQUE
24
1951
LE PASSAGE DE VENUS
25
1952
LE AVVENTURE DI MANDRIN (Le chevalier sans loi)
26
1952
DEUX DE L'ESCADRILLE
27
1953
MOUREZ, NOUS FERONS LE RESTE
28
1953
LA CARAQUE BLONDE
29
1955
RAZZIA SUR LA CHNOUF
30
1955
DON JUAN
31
1957
NI VU, NI CONNU
32
1957
SÉNÉCHAL LE MAGNIFIQUE
33
1958
DRÔLES DE PHÉNOMÈNES
34
1962
UN CHIEN DANS UN JEU DE QUILLES
35
1962
SHERLOCK HOLMES UND DAS HALSBAND DES TODES (Sherlock Holmes et le collier de la mort)
36
1962
LE DIABLE ET LES DIX COMMANDEMENTS [Sk."Tes père et mère honoreras"]
37
1963
MAIGRET VOIT ROUGE
38
1966
PARIS BRÛLE-T-IL? [Non crédité]
39
1968
BERU ET CES DAMES
40
1969
L'HOMME AUX CHATS, de Henri GLAESER (Court métrage)
 
41
1970
SUR UN ARBRE PERCHÉ
42
1976
UN MARI, C'EST UN MARI
Éd. 9.1.3 : 22-12-2019