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Mildred NATWICK (1905 / 1994)

Mildred Natwick

Actrice américaine, née le 19 juin 1905, à Baltimore (Marylan). Décédée le 25 octobre 1994, à Manhattan (New York).

Issue d'une famille norvégienne installée dans le Wisconsin au milieu du XIXe siècle, Mildred Natwick suit le parcours universitaire d'une jeune fille de bonne famille au très chic Bryn Mawr College de Philadelphie avant de s'orienter vers une carrière de comédienne. Elle trouve ses premiers engagements professionnels à vingt ans. A partir de 1932, c'est à Broadway qu'elle joue les seconds rôles avec succès, par exemple dans «Candida» (1937) de George Bernard Shaw ou «Blithe Spirit» (1941) de Noël Coward : elle y campe, après Margaret Rutherford, créatrice du rôle à Londres, la version américaine de l'excentrique medium Madame Arcati.

Une vingtaine d'années plus tard, épouse acariâtre de Ralph Richardson dans «La valse des toréadors» (1957) de Jean Anouilh, elle se voit récompensée d'une nomination aux Tony Awards, ce qui sera encore le cas en 1971 pour son rôle en vedette dans la comédie musicale «70, Girls, 70». Ces quelques titres suffisent à faire comprendre que le cinéma ne risquait guère de lui réserver les rôles de jeunes premières mais plutôt ceux de vieilles filles amoureuses ou de veuves “BCBG”.

Figure récurrente chez John Ford, elle débute sous sa direction dans « Les hommes de la mer» (1940) en fille de bar mélancolique attirée par ce grand gaillard de John Wayne. Elle le retrouve quelques années plus tard mais sa prestation est brève puisqu'il faut qu'elle meure pour que son bébé, «Le fils du désert» (1948), soit recueilli par trois bandits devenus ses atypiques parrains. Conscient de ses capacités, John Ford lui permet de briller davantage, lors de «La charge héroïque» (1949), en épouse courageuse du major George O'Brien : respectée de tout le régiment, c'est elle qui met aux arrêts de rigueur le tonitruant Victor McLaglen pour ivrognerie. Devenue la riche veuve irlandaise de «L'homme tranquille» (1952), elle jette son dévolu sur le même McLaglen pour une idylle plutôt inattendue. A la même époque, lorsqu'Errol Flynn monte «A l'abordage !» (1952), on la retrouve en vieille fille écossaise chargée d'éduquer la fille du grand Mogol : capturée par les pirates, elle essuie une réflexion peu galante d'Anthony Quinn qui suggère qu'elle ne risque pas d'être vendue comme esclave, étant donné son insuffisance d'appas. Il est vrai qu'elle semble hériter des rôles de duègne laissés en déshérence par Una O'Connor, comme le prouve à nouveau sa participation à une célèbre comédie de Danny Kaye, «Le bouffon du roi» (1955), où elle se mue carrément en sorcière médiévale. Tant de constance à jouer les vieilles filles ne pouvait qu'attirer l'attention d'Alfred Hitchcock qui la distribue dans l'un des quatre rôles principaux de «Mais qui a tué Harry ?» (1954), célèbre comédie macabre où elle s'attache à séduire le débonnaire Edmund Gwenn.

Charmante ou odieuse à la demande, “Milly” se fend d'une composition amusante en Tante Amarilla dans «Yolanda et le voleur» (1945) de Minnelli et participe encore à d'autres classiques comme «Le cottage enchanté» (1945) de John Cromwell ou «The Late George Apley» (1947) de Mankiewicz. Toutefois, elle connaît au cinéma une carrière à éclipses, se consacrant davantage au théâtre où elle joue par exemple avec Ruth Gordon «La bonne soupe» de Félicien Marceau en 1960. Installée depuis belle lurette à Manhattan dans un duplex donnant sur Central Park, il est logique que pour son retour à l'écran elle ait choisi «Pieds nus dans le parc» (1967) : lors de la création de cette comédie de Neil Simon, quatre ans plus tôt, un critique enthousiaste avait vu en elle "… la femme la plus drôle de l'hémisphère nord" ! Le film de Gene Saks lui donna l'occasion de fréquenter la jeune garde hollywoodienne incarnée par Robert Redford et Jane Fonda ; célibataire endurcie dans la vie, Miss Natwick y succombait même au charme d'un Charles Boyer vieillissant. Nommée à l'oscar, elle ne décrocha pas la timbale mais parut encore dans quelques comédies de bon aloi signées Peter Bogdanovitch ou Robert Mulligan.

A la télévision, elle partagea avec Helen Hayes la tête d'affiche d'une série policière, «The Snoop Sisters» (1972-1974), où ces deux comédiennes émérites incarnaient deux sœurs férues d'histoires policières dont les suspects se nommaient Vincent Price, Joan Blondell ou Paulette Goddard ; quoique bonne chrétienne, Mildred ne poussa pas la charité jusqu'à céder à son éminente partenaire l'Emmy Award qu'elle reçut pour le rôle et qui leur avait valu à toutes deux une citation. Dans la série policière «Mac Millan and Wife» (1971), elle joua à deux reprises la mère de Rock Hudson. C'est Stephen Frears qui lui donna son dernier rôle à l'écran dans «Les liaisons dangereuses» (1988), la plus belle adaptation du roman de Laclos : elle y joue Mme de Rosemonde, tante de Valmont et aïeule aux conseils avisés. A 83 ans, son œil pétille et sa langue va bon train mais il n'est pas sûr que les spectateurs aient reconnu sous les atours et les dentelles XVIIIe la fine comédienne qui, sous le nom de Miss Gravely, s'accusait d'avoir "…tué Harry", histoire de draguer ce vieux briscard de Capitaine Wiles !

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11940THE LONG VOYAGE HOME (Les hommes de la mer)
21945THE ENCHANTED COTTAGE (Le cottage enchanté)
31947THE LATE GEORGE APLEY
41948A WOMAN's VENGEANCE (Vengeance de femme)
519483 GODFATHERS (Le fils du désert)
61949SHE WORE A YELLOW RIBBON (La charge héroïque)
71949CHEAPER BY THE DOZEN (Treize à la douzaine)
81952THE QUIET MAN (L'homme tranquille)
91952AGAINST ALL FLAGS (A l'abordage!)
101955THE TROUBLE WITH HARRY (Mais qui a tué Harry?)
111955THE COURT JESTER (Le bouffon du roi)
121956TEENAGE REBEL , de Edmund GOULDING 
131957TAMMY AND THE BACHELOR (Tammy et le célibataire) , de Joseph PEVNEY 
141967BAREFOOT IN THE PARK (Pieds nus dans le parc)
151969THE MALTESE BIPPY , de Norman PANAMA 
161969TRUMAN CAPOTE's TRILOGY (Trilogy) [ Sk."Miriam" ]
171988DANGEROUS LIAISONS (Les liaisons dangereuses)
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 25-6-2016