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Lucien NAT (1895 / 1972)

Lucien Nat

Acteur français, né Lucien Maurice Natte, le 11 janvier 1895, à Paris. Décédé le 23 juillet 1972, à Clichy-La-Garenne (Hauts-de-Seine).

Grand et mince, la mine austère, Lucien Nat connaîtra une carrière bien plus conséquente au théâtre qu'au cinéma. Il côtoie, dès ses débuts sur les planches, deux maîtres de l'avant-garde, Jacques Copeau au Vieux-Colombier et Gaston Baty au Théâtre Montparnasse. C'est ainsi qu'il participe en 1930 à la création française de «L'opéra de quat'sous» de Brecht avant de jouer Méphisto en 1937 dans une adaptation de «Faust», qui lui donne le plaisir de partager l'affiche avec sa jeune épouse, l'ingénue Marie Déa. Partenaire d'Edwige Feuillère et Gérard Philipe dans «Sodome et Gomorrhe» de Jean Giraudoux en 1942, il marque, d'Ibsen à Claudel, une préférence pour les ambiances dramatiques et délaisse généralement la comédie.

Au cinéma, il semble vouloir inverser la donne puisqu'il débute dans «Les gaietés de l'escadron» (1932) : maréchal des logis bonhomme, il se moque volontiers de Fernandel, pioupiou particulièrement niais. Pourtant, sa fine moustache et son air sérieux incitent les cinéastes à le distribuer en priorité dans les drames comme «La tendre ennemie» (1935) de Max Ophuls ou «Forfaiture» (1937) de Marcel Lherbier, à l'époque où il commence à fréquenter plus assidûment les plateaux de tournage. Jeune premier (de 40 ans !) amoureux de Renée Devillers dans «Untel père et fils» (1940) ou «Les affaires sont les affaires» (1942), il s'oppose au héros Pierre Blanchar dans deux films de Jean Delannoy, «Pontcarral, colonel d'Empire» (1942) et surtout «Le bossu» (1944) où il compose un fourbe Peyrolles. Il est vrai qu'il avait déjà trahi tous ses amis dans «Le dernier des six» (1941) ! Marcel Achard lui demande de tailler sa moustache en impériale pour incarner Napoléon III dans «La valse de Paris» (1949) et Sacha Guitry l'affuble à deux reprises de la perruque poudrée de Montesquieu dans «Si Versailles m'était conté» (1953) et «Si Paris nous était conté» (1955).

Toujours sobre (un peu trop peut-être), il s'essaie à la fantaisie en jouant les bohémiens dans «Le capitaine Fracasse» (1942) version Abel Gance. Dans «Rocambole» (1947), il campe un Sir Williams maléfique à souhait, la méchanceté intacte même lorsqu'il devient aveugle ; malgré toute sa malice et ses déguisements, il ne parvient pas cependant à nous inquiéter contrairement à Jean Topart face à Pierre Vernier dans la série télé homonyme. Dans le même registre, il fréquente Serge Reggiani en Rouletabille dans le diptyque inspiré de Gaston Leroux - «Le mystère de la chambre jaune» (1948) et «Le parfum de la dame en noir» (1949) - où il joue Robert Darzac, accusé à tort d'avoir agressé sa fiancée, Mathilde Stangerson. S'il ne montre guère un visage sympathique dans le sketch de «Retour à la vie» (1949) dirigé par André Cayatte, il se fait apprécier de son metteur en scène qui le retient comme avocat général puis médecin légiste pour deux célèbres films judiciaires, «Nous sommes tous des assassins» (1951) et «Le dossier noir» (1955). Sur une note plus légère, il croise fréquemment les chanteurs qui s'essayent au cinéma comme Tino Rossi, «Le chanteur inconnu» (1946), Edith Piaf et les Compagnons de la Chanson pour «Neuf garçons, un cœur» (1947) ou Luis Mariano dans «Violettes impériales» (1952). «Martin Roumagnac» (1946) lui donne même l'occasion de faire du gringue à Marlene Dietrich, mais Gabin veille !

Ses derniers rôles, au début des années 60, relèvent de l'adaptation littéraire : dans «Climats» (1961) et «Thérèse Desqueyroux» (1962), il retrouve Renée Devillers, sa fiancée du temps jadis ; tous deux blanchis sous le harnais, les voilà abonnés aux rôles secondaires de nobles parents. Lucien Nat incarne encore le père supérieur d'un internat catholique où naissent «Les amitiés particulières» (1964) avant de se tourner vers la télévision. C'est à Marcel Bluwal qu'il doit deux de ses interprétations les plus justes. Père indigné sermonnant son fils libertin (Michel Piccoli) dans le «Dom Juan» (1965) de Molière, il clôt sept ans plus tard sa carrière comme il l'avait commencée en retrouvant l'univers de Victor Hugo quarante ans après ses débuts dans «Les misérables» (1933) : il y jouait Montparnasse, le complice de Thénardier ; cette fois, il personnifie M. Gillenormand, le grand-père royaliste de Marius, avec toute l'autorité dont il était capable ; à la fois ridicule et touchant, il donne in extremis la preuve d'un talent que le cinéma ne sut pas vraiment exploiter.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11932LES GAÎTES DE L'ESCADRON
21934LES MISERABLES
31937FORFAITURE
41940UNTEL PERE ET FILS , Sorti en 1945
51941LE DERNIER DES SIX
61942LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES
71942LE CAPITAINE FRACASSE
81944LE BOSSU
91946MARTIN ROUMAGNAC
101946LE CHANTEUR INCONNU
111947ROCAMBOLE
121948LE MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE
131949RETOUR A LA VIE [ Sk."Le retour de Tante Emma" ]
141949LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR
151951NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSINS
161952LE DERNIER ROBIN DES BOIS
171953SI VERSAILLES M'ETAIT CONTE [ Non crédité ]
181955LE DOSSIER NOIR
191955SI PARIS NOUS ETAIT CONTE
201956REPRODUCTION INTERDITE/MEURTRE A MONTMARTRE
211962THERESE DESQUEYROUX
221964LES AMITIES PARTICULIERES
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Ed.7.2.2 : 29-6-2016