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Lila KEDROVA (1919 / 2000)

Lila Kedrova

Actrice française, née Elisabeth Kedroff, le 9 septembre 1919, à Saint-Petersbourg. Décédée le 16 février 2000 à Sault-Sainte-Marie (Ontario).

Descendante de la famille Kedroff, prestigieuse lignée de musiciens et de chanteurs d’opéra, la petite Elisabeth quitte à trois ans son pays natal déchiré par la révolution. Après une escale allemande (1928), la famille s’installe en France où son père la verrait volontiers en jeune pianiste prodige mais “Lila” préfère intégrer une troupe itinérante de comédiens russes. Elle fait ses débuts sur scène à quinze ans puis s’inscrit au cours Dullin où elle se lie avec Pierre Valde, régisseur du Théâtre de l’Atelier, qui sera son professeur, son époux et son metteur en scène. Un premier film, «Ultimatum» (1938), la confronte au génial Erich von Stroheim mais la guerre interrompt une carrière à peine ébauchée. C’est le théâtre de l’après-guerre qui la fera connaître : on la remarque dans «Les frères Karamazoff» (1945) au Théâtre de l’Atelier ; Pierre Valde la dirige dans «Jésus la Caille» (1952) de Francis Carco et «La rose tatouée » (1966) de Tennessee Williams. «Vu du Pont» (1958) mis en scène par Peter Brook et «Les parents terribles» - où Jean Marais lui a demandé de reprendre le rôle créé par Yvonne de Bray – lui valent en particulier les éloges de la critique.

Ses vrais débuts au cinéma, dans les années cinquante, se font sous le signe de personnages interlopes, dont elle donne une image souvent émouvante. Elle semble se spécialiser dans les prostituées comme dans «Le grand jeu» (1953) ou les droguées comme dans «Razzia sur la chnouf» (1955) : toxicomane pathétique, elle guide Jean Gabin dans les bas-fonds parisiens. Peu après, elle le retrouve pour «Des gens sans importance» (1955) de Henri Verneuil où elle dirige une maison de passe. Dans «Ce joli monde» (1957) de Carlo Rim, elle s’essaie avec brio aux rôles comiques : maîtresse du gangster Yves Deniaud, visiblement plus portée sur la bouteille que sur la bagatelle, elle nous régale de quelques scènes loufoques face au zozotant Darry Cowl. Lorsqu’elle se range des voitures, elle joue la mère de "BB" dans «Futures vedettes» (1955), les artistes de cirque – son rêve d’enfant ! – dans «Jusqu’au dernier» (1956) ou, mieux, Anna Zborowska, célèbre modèle du peintre Modigliani (Gérard Philipe) dans «Montparnasse 19» (1957) de Jacques Becker.

«Grand’rue» (1956) de Juan Antonio Bardem et «La femme et le pantin» (1959) de Duvivier commencent à donner une dimension internationale à sa carrière. Aussi, lorsque Simone Signoret craint de se vieillir en jouant Madame Hortense alias "Bouboulina", c’est vers elle que se tournent les producteurs de «Zorba le Grec» (1964) : le film est un triomphe et Lila obtient l’oscar du meilleur second rôle féminin. Vingt ans plus tard, elle raflera un Tony Award en reprenant ce rôle à Broadway dans la comédie musicale inspirée du film. Mais sans tarder, elle avait retrouvé au comptoir du Tampico Bar son complice Anthony Quinn en pirate sentimental dans «Cyclone à la Jamaïque» (1965), un beau film d’Alexander Mackendrick, et croisé Gino Cervi, en rupture de Peppone, dans «Maigret à Pigalle» (1966). Des metteurs en scène prestigieux la recrutent, comme Alfred Hitchcock pour «Le rideau déchiré» (1966) où elle joue la comtesse Kuchinska et John Huston pour «La lettre du Kremlin» (1970) qui nous la montre en Madame Sophie, une tenancière de maison close, rôle dont elle décline une version parodique dans une comédie de Roy Boulting, «En voiture, Simone !» (1973) où Peter Sellers déguisé en Hitler fréquente son claque !

En France, Lila prodigue sa présence touchante ou cocasse et son accent slave dans «Le locataire» (1976) de Roman Polanski ou «Clair de femme» (1979) de Costa-Gavras. Elle croise Jean Rochefort dans «Le cavaleur» (1979) et, plus curieusement, le braqueur Albert Spaggiari (Francis Huster !) dans «Les égouts du paradis» (1978). Si elle en fait parfois un peu trop – trop de sourires en coin, trop de cris, trop de roulements de "r" - on lui pardonne tout pour deux rôles aussi bouleversants que prémonitoires : dans un film de Charles Belmont qui n’eut pas l’audience qu’il méritait, elle émeut en mère de Sami Frey, malade du cancer qui se dit «Rak» (1971) en russe ; dix ans plus tard, la comédienne Lee Grant, passée à la réalisation, l’associe au vétéran Melvyn Douglas dans «Tell Me/David et Eva» (1980), histoire d’un vieux couple déchiré qui se réconcilie au moment où l’épouse glisse inéluctablement dans la maladie. Elle n’avait alors que soixante ans et pouvait espérer encore de beaux rôles mais elle ne fera plus que cinq apparitions en quinze ans, la fiction prenant tristement le pas sur la réalité. Atteinte de la maladie d’Alzheimer qui la coupe peu à peu du monde, veillée par Richard Howard, son second mari, elle se retire au Canada où elle meurt, trop vite oubliée, à 80 ans.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11953LE GRAND JEU
21954LES IMPURES
31954LES CHIFFONNIERS D'EMMAÜS
41955DES GENS SANS IMPORTANCE
51955RAZZIA SUR LA CHNOUF
61956JUSQU'AU DERNIER
71957CE JOLI MONDE
81958LA FEMME ET LE PANTIN
91959MON POTE LE GITAN
101964ZORBA THE GREEK (Zorba le Grec)
111965A HIGH WIND IN JAMAICA (Cyclone à la Jamaïque)
121966MAIGRET A PIGALLE
131966TORN CURTAIN (Le rideau déchiré)
141966PENELOPE (Les plaisirs de Pénélope)
151971RAK
161973SOFT BEDS, HARD BATTLES (En voiture, Simone!)
171976LE LOCATAIRE
181978LE CAVALEUR
191979LES EGOUTS DU PARADIS
201979CLAIR DE FEMME
211980TELL ME A RIDDLE (David et Eva)
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 31-8-2016