La bibliothèque de L'Encinématheque

Paul PAULEY (1886 / 1938)

Paul Pauley

Acteur français, né Paul Eugène Louis Marien, le 18 février 1886, à Paris (France). Décédé le 13 mai 1938, à Paris (France).

Au Panthéon des poids lourds du cinéma français, le brave Paul Pauley se pose un peu là : ne pèse-t-il pas 130 kilos tout ronds sur la balance ? Hélas pour sa postérité, sa filmographie ne sera pas du même tonneau. À ses débuts précoces au café-concert, il rejoint la cohorte des comiques troupiers en vogue à l'époque et, déjà obèse, chante, pour compenser sans doute, des airs très légers comme «Je m'décolle» ou «La tête » – une “chanson cérébrale” selon la publicité – mais aussi des titres aussi coquins que «Son p'tit machin»… Notre homme connaît le succès et enregistre ses rengaines sur microsillon. Il promène son impressionnante bedaine dans les revues de Rip – comme «Si que je s'rai toi» avec Arletty en 1921 – ou sur les scènes du boulevard, jouant tout ce qu'on lui propose, les cocus, les noceurs ou «Le roi Bobard», parodiant même à l'occasion Mussolini et… Lucienne Boyer ! Le Théâtre des Variétés le met sans cesse à l'affiche, de l'opérette de Reynaldo Hahn «Ciboulette» (1923) à la pièce de Sacha Guitry «Un miracle» (1927) où un critique note qu'il "… tire autant d'effets de sa corpulence physique que de la délicatesse de son jeu". Avec «Topaze» de Marcel Pagnol, il assure son passage à la postérité en créant auprès d'André Lefaur le rôle de Castel-Bénac, le conseiller municipal prévaricateur. Exception notable dans une carrière consacrée au vaudeville, il sera Argan, «Le malade imaginaire», au Théâtre Antoine en 1933.

À l'écran, sa popularité est réelle si l'on en juge par le nombre de films tournés : une quarantaine de longs métrages en sept ans de carrière ! Le cinéma muet ne s'intéresse guère à lui, même si on ne peut que le remarquer en pope rondouillard dans «Le comte Kostia» (1924) aux côtés de Conrad Veidt. L'adaptation de la pièce de Guitry, «Le blanc et le noir» (1930), va lancer sa carrière cinématographique : second rôle à l'ombre de Raimu puis de Saint-Granier, il récidive en valet de chambre souriant et grassouillet de Fernand Gravey, «Un homme en habit» (1931) ; sous le costume de «Rothchild» (1933), Harry Baur, quant à lui, le traite méchamment de "truie". Une vingtaine de courts métrages aux titres parfois évocateurs – comme «Popaul veut dormir» (1931) – lui permettent rapidement de passer au premier plan comme on le voit dans «Une cliente pas sérieuse» (1934, court métrage) où il joue M. Schlamp, un pharmacien qui se trompe comiquement dans ses préparations. Côté prestige, il faut chercher plutôt du côté de «Topaze» (1932) adapté par Louis Gasnier : face à Louis Jouvet, il reprend son rôle de conseiller véreux, avec moins de finesse peut-être que Jacques Morel ne le fera en 1950, mais, plus adipeux, presque répugnant, il paraît d'autant plus convaincant en politicien corrompu. Son statut de vedette se confirme grâce à «L'affaire Coquelet» (1934) – où il joue le gendarme Piédalouette – et surtout «L'école des contribuables» (1934) adapté de Louis Verneuil. Les affichistes adorent ses bonnes joues et son triple menton, surtout s'il côtoie ce grand flandrin d'Armand Bernard, son gendre empoté de «Sacré Léonce» (1935) ou «La famille Pont-Biquet» (1935). Le tandem – dans une version française approximative de Laurel et Hardy – récidive l'année suivante dans «Œil-de-lynx, détective» (1936). La meilleure affiche est assurément celle de «On ne roule pas Antoinette» (l936) qui souligne à plaisir son "menton triplé", sa "pesante graisse" comme aurait pu l'écrire Raymond Queneau.

Qu'ils se nomment Duc de Rocheterre, Marquis de la Tour-Barrée ou simplement Émile Fromentel, les personnages campés par Pauley avec la grâce insoupçonnée de l'éléphant ne doutent pourtant pas de leur charme. Aussi les voit-on régulièrement associés à de girondes créatures comme la mutine Paulette Dubost, sa pupille dans «La petite sauvage» (1935), et surtout la capiteuse Colette Darfeuil avec laquelle la première rencontre est prometteuse puisque le titre affirme «Et moi j'te dis qu'elle t'a fait de l'œil» (1935). Alors pourquoi ne pas tenter sa chance auprès de «La petite dame du wagon-lit» (1936) ou de «La belle de Montparnasse» (1937) ? «Au son des guitares» (1936), le voilà même en grossier rival du sirupeux Tino Rossi. On comprend bien que l'amour de la bonne chère puisse le rapprocher de sa plantureuse bonne, Milly Mathis, dans «Une femme qui se partage» (1936) mais le mariage avec l'austère Alice Tissot dans «On ne roule pas Antoinette» (1936) laisse songeur ; dans «La famille Pont-Biquet», le duo est bien mal barré puisque notre Pauley devient sourd à chaque fois qu'il remplit son devoir conjugal. Nos catéchumènes vont devoir corriger leur copie !

On se doute que la plupart de ces titres tournés «Histoire de rire» (1932, court métrage) sont tombés aux oubliettes. Même si Pauley travaille avec des débutants prometteurs comme Serge de Poligny, Christian-Jaque et Jean Delannoy, dans l'ensemble il ne fut pas gâté par ses metteurs en scène. «Mon curé fait des miracles» (1935, court métrage) certes, mais on ne peut en dire autant d'André Chotin, Pierre-Jean Ducis ou Maurice Cammage. Retenons tout de même un court métrage de Sacha Guitry qui lui passe un coup de fil pour l'inviter au «Dîner de gala des Ambassadeurs» (1934) ou André Hugon qui lui donne un premier rôle de prestige dans «Le faiseur» (1936), adapté de Balzac. On s'étonne lorsqu'Abel Gance l'engage pour jouer le violoniste Schuppanzigh, fidèle confident du compositeur, dans «Un grand amour de Beethoven» (1936) : dans le seul chef-d'œuvre de sa filmographie, il joue avec finesse une partition parfois comique certes mais aussi émouvante. Était-ce l'aube d'une nouvelle ère dans sa carrière ? Incorrigible noceur, il fait presque jeu égal avec le classieux Victor Boucher à l'affiche de «Chipée» (1937). Dans le remake d'un classique de Pabst, «La rue sans joie» (1938), il joue l'escroc Voss et impressionne à nouveau la critique. Ce sera malheureusement son dernier film : épuisé de s'être agité sans compter pendant trois décennies, Pauley succombe à une crise cardiaque à 52 ans. Dans «Florestan 1er, Prince de Monaco» (1934), opérette de Willemetz et Guitry, il chantait gaiement «Amusez-vous, foutez vous d'tout», un refrain célèbre dont les vers paraissent prémonitoires : "La vie entre nous est si brève, la vie passera comme un rêve…".

Jean-Paul Briant

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11932LES AS DU TURF
21932CRIEZ-LE SUR LES TOITS
31932MAQUILLAGE / JE T'ATTENDRAI
41933ROTHCHILD
51932TOPAZE
61933ETIENNE
71934L'ÉCOLE DES CONTRIBUABLES
81935LA FAMILLE PONT-BIQUET
91936LA PETITE DAME DU WAGON-LIT
101936LE FAISEUR
111936AU SON DES GUITARES
121936UN GRAND AMOUR DE BEETHOVEN
131936LES MARIS DE MA FEMME
141936UNE FEMME QUI SE PARTAGE
151937LA BELLE DE MONTPARNASSE
161937MON DEPUTE ET SA FEMME
171937UN COUP DE ROUGE
181937MONSIEUR BEGONIA
Éd.8.1.2 : 1-3-2018