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Lucas GRIDOUX (1896 / 1952)

Lucas Gridoux

Acteur français d'origine roumaine, né Lucas Grimberg, le 16 avril 1896, à Hertza (Roumanie). Décédé le 19 avril 1952, à Paris (Île-de-France, France).

Fils de Moïse et Piesa Grimberg, famille de confession juive installée en France au début des années trente pour les raisons que l'on devine, Lucas Gridoux débute sa carrière sur les planches au Théâtre du Vieux Colombier («Les Juifs» d'Evgenij Nikolaevič Čirikov en 1933, etc) avant d'intégrer les cours et la troupe de Gaston Baty.

Il entame sa carrière cinématographique dès 1931, tenant le rôle d'un fakir dans «L'amour à l’américaine». En 1934, il se fait remarquer dans «Rapt» de Dimitri Kirsanoff avec sa composition celui de Manu, l'idiot du village qui tombe amoureux d'Elsi (Dita Parlo), laquelle se servira de lui pour assouvir sa vengeance. Des rôles pareils ne tardent pas à attirer sur lui l'attention des metteurs en scène du moment. Son physique ingrat le prédestine à incarner des personnages fourbes, des traîtres, toute une panoplie d'escrocs, de bandits et d'espions qu'il saura personnifier avec tout le naturel de son naturel. Et comme à cette époque, le fourbe est en général un étranger ou le fidèle d'une religion autre que celle de la Sainte Église Catholique et Romaine, les propositions ne vont pas tarder à affluer.

Tout naturellement, Julien Duvivier pense à lui pour endosser sur le «Golgotha» (1935) le costume et les remords de Judas, apôtre maudit qui vendit Jésus de Nazareth aux soldats de Ponce Pilate (Jean Gabin) pour une trentaine de pièces d'argent. "Fort d'une crédibilité rendue plausible par la courbure de son nez…" vous dirons quelques savants phrénologues et autres colporteurs d'aphorismes discriminatoires, il retrouve Duvivier et Gabin l'année suivante dans «Pépé le Moko» (1936), campant un inspecteur Slimane visqueux à souhait qui tente de mettre la main sur le caïd du milieu parisien réfugié dans la Casbah d'Alger : le méchant garçon sera victime du tendre sentiment que lui porte Gaby, une Parisienne un peu trop sophistiquée pour être quelque chose de plus qu'un appât.

Compositeur et ami de Beethoven dans «Un grand amour de Beethoven» (1936), il tient là un des rares rôles véritablement positifs de sa riche filmographie. Espion dans «La citadelle du silence», il aura le sort qu'il mérite. Général chinois inquiétant dans «Les pirates du rail» (1937), il est chargé de mettre un terme aux attaques des trains par une bande de pillards placés sous la coupe du terrible Tchou-King ( Erich von Stroheim). Dans «Bar du Sud» (1938), sous le patronyme de Malou-Kahim Pacha, il ne se montre guère plus sociable en trempant dans un trafic d'armes dirigé par le baron Arnold (Jean Galland). Il campe à nouveau un rôle de musulman dans «Yamilé sous les cèdres» (1939), aux cotés de Rachid (Charles Vanel) qui veut que sa fille Yamilé (Denise Bosc) épouse un chrétien alors qu'elle aime le séduisant Osman-Bay (Jacques Dumesnil).

Sous l'Occupation, ses origines juives éloignent l'acteur de l'écran. Il faut attendre 1945 pour le voir réapparaître dans «Le Capitan», héros du journaliste-romancier Michel Zévaco, dans cette version platement incarné par Jean Paqui, mais il ne retrouvera plus l'aura qui était la sienne avant la guerre. On le devine subrepticement dans «L’affaire du collier de la reine» siéger au Parlement qui doit juger la vilaine Comtesse de La Motte (Viviane Romance). Citadin remonté contre M.Hire dans «Panique» de Duvivier (1946) d'après un roman de Georges Simenon, il caricature la vénalité sémite dans «La kermesse rouge» (1947) avant de revenir du bon côté de la légalité, sinon de la morale, en commissaire réduit à accepter que «Les gosses mènent l’enquête» pour pallier à l'inefficacité chronique de la police criminelle.

Par la suite, ses rôles n'apporteront rien de plus à sa prestigieuse carrière. Impresario de Marianne (Simone Signoret) dans «Impasse des deux anges» (1948), le voici guérisseur dans «Le cas du docteur Galloy» (1949). Il terminera son parcours artistique de manière aussi exotique qu'à l'heure de ses debuts orientaux, de retour devant la «Porte d’Orient» (1950) sous le pseudonyme du Malais, un homme de main du frauduleux Zarapoulos (Marcel Dalio). «Bibi Fricotin» (1950), quant à lui, le subira sous les traits d'un inspecteur des impôts, ce qui, vous en conviendrez, ne vaut guère mieux !

Sur scène, le comédien fit encore une appartition dans «Zibeline» (1948),un spectacle mis en scène par Philippe Agostini sur un texte de Juliette Clinchard, aux côtés de Daniel Gélin et Gilbert Gil.

Décédé à l'hôpital de La Salpétrière où il avait été admis, Lucas Gridoux, acteur-caméléon qui ne dédaignait pas de s'enlaidir pour composer des personnages patibulaires, laisse son empreinte éternelle dans une quarantaine de films dont certains sont de petits chef-d'œuvres. Sa dépouille est inhumée au célèbre cimetierre des vedettes du Père Lachaise.

Christian Grenier, sur des recherches de Gary Richardson

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11934RAPT
21935GOLGOTHA
31936LES MUTINÉS DE L'ELSENEUR
41937PÉPÉ LE MOKO
51937LA CITADELLE DU SILENCE
61937FORFAITURE
71937TAMARA LA COMPLAISANTE
81937LES HOMMES SANS NOM
91937LES PIRATES DU RAIL
101938TEMPÊTE SUR L'ASIE
111939YAMILÉ SOUS LES CÈDRES
121939LE CHÂTEAU DES QUATRE OBESES
131945LE CAPITAN
141946PANIQUE
151947LA KERMESSE ROUGE
161949LE CAS DU DOCTEUR GALLOY Sorti en 1951
171950PORTE D'ORIENT
181950LE CLOCHARD MILLIARDAIRE
Éd.8.1.4 : 21-12-2018