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Harry DAVENPORT (1866 / 1949)

Harry Davenport

Acteur américain, né Harold George Bryant Davenport, le 19 janvier 1866, à New York City (New York, U.S.A.). Décédé le 9 août 1949, à Los Angeles (Californie, U.S.A.).

Sur le tournage de son film le plus célèbre, «Autant en emporte le vent» (1939), le vétéran Harry Davenport fut fêté par toute l’équipe à l’occasion de ses soixante-dix ans de carrière : fils d’un tragédien réputé, Edward Loomis Davenport, n’avait-il pas débuté sur les planches alors qu’il n’était qu'un enfant ? Si l’on ajoute qu’il avait encore devant lui dix ans d’activité ininterrompue, on note qu’il atteignit un record de longévité inégalé, sinon par celle qui fut à vingt ans sa partenaire dans «La coqueluche de Paris» (1938), notre Danielle Darrieux nationale, presque centenaire à l'heure où ces lignes sont écrites.

Adolescent, Harry Davenport joue Shakespeare en tournée avant de se faire connaître à Broadway où on le verra chanter et danser auprès de sa seconde épouse, Phyllis Rankin, dans «The belle of New York» en 1897, entre autres comédies musicales, mais aussi, dans un registre moins léger, donner la réplique à Ethel Barrymore ou May Robson. En 1930, il participe à la création américaine de «Topaze» avec l’excellent Frank Morgan. Créateur d’un syndicat de comédiens, il ne commence à s’intéresser au cinéma qu’à l’approche de la cinquantaine : entre 1914 et 1920, il va tourner pour la Vitagraph des dizaines de courts métrages, devenant même réalisateur à l’occasion, par exemple pour l’explosive Marie Dressler, vedette de son «Tillie Wakes Up» (1917). Une série populaire décline à l’envi les mille et une aventures de la famille Jarr qui découvre Harlem, ramène une dinde à la maison, rêve de vacances ou de soins de beauté, entre autres ahurissantes péripéties ! Dans le rôle de Mr and Mrs Jarr, on retrouve à dix-huit reprises Harry Davenport et Rose Tapley. La parenthèse cinématographique se referme jusqu’au début des années 30…

En 1935, peu après la mort de son épouse, Harry Davenport renonce au théâtre et s’installe définitivement en Californie, non pour y prendre une retraite méritée mais au contraire pour redoubler d’activité puisqu’il alignera près de 120 films en quinze ans. Bette Davis, sa partenaire dans «Nuits de bal» (1938) et «L’étrangère» (1940), le considérait comme "… le plus grand des seconds rôles" et, de fait, les stars peuvent compter sur son solide métier, à commencer par Claudette Colbert dans «His Woman» (1931) et «The Wiser Sex» (1932), Errol Flynn dans «un homme a disparu» (1937), Jeanette Macdonald dans «Le chant du printemps» (1937) ou Paul Muni dans «La vie d’Émile Zola» (1937). À son actif une vingtaine de médecins, une douzaine de juges, autant de vieux soldats, de serviteurs dévoués ou de professeurs vénérés : pour le public américain, il fait partie de la famille et paraît dans tous les genres en vogue, que ce soit le film d’espionnage avec «Correspondant 17» (1940), le western avec «L’étrange incident» (1943), la fantaisie orientale avec «Kismet» (1944) ou le film historique avec «Marie-Antoinette» (1938) et «Juarez» (1939). Son apparition en Louis XI dans «Quasimodo» (1939) est particulièrement savoureuse. Pour John Ford, il incarne carrément Mr C, la conscience de l’Oncle Sam (Walter Huston) dans «December 7th» (1943), un docu-fiction autour de Pearl Harbor. Toutefois, c’est la comédie qui lui vaut ses rôles les plus marquants. Juge bon enfant dans «Vous ne l’emporterez pas avec vous» (1938) de Frank Capra, il s’amuse comme un fou lorsque Jean Arthur et Lionel Barrymore (son beau-frère préféré !) mettent son tribunal sens dessus dessous. Il reprendra volontiers ce type de personnage, par exemple dans «Lucky Partners» (1940) ou «Tell It to the Judge» (1949). Oncle de Merle Oberon dans «Madame et son cow-boy» (1938) ou de Myrna Loy et Shirley Temple dans «Deux sœurs vivaient en paix» (1947), il incarne le père du fameux détective Nick Charles dans «L’Introuvable rentre chez lui» (1944). Il fréquente les grands maîtres comme Ernst Lubitsch pour «Illusions perdues» (1941) ou «La dame au manteau d’hermine» (1948) mais ne dédaigne pas la série B : dans «Granny Get Your Gun» (1940), il seconde l’aïeule May Robson, lancée dans une enquête criminelle, et retrouve à sept reprises le rôle de Grandpa auprès de James et Lucile Gleason pour une série consacrée à «La famille Higgins» (1938).

Son âge avancé, sa gentillesse et son humour le prédisposent aux rôles de sympathique tonton ou de grand-père idéal. Aussi prendra-t-il volontiers sous son aile bienveillante les jeunes pousses de l’écran, comme Roddy McDowall dans «Le chevalier de la vengeance» (1941), Elizabeth Taylor dans «Le courage de Lassie» (1946) mais aussi Deanna Durbin («The Amazing Mrs.Holmliday», 1943) ou Dean Stockwell. Dernier survivant de la Guerre de Sécession, il ramène de jeunes fugitifs dans le droit chemin («Young Fugitifs», 1938). Affublé d’une longue barbe blanche, il sera Old John, le vieil ermite de «The Enchanted Forest» (1945), qui s’associe à un jeune garçon pour sauver une forêt menacée de destruction. L’année de ses quatre-vingts ans, il joue “l’ancien” dans «Three Wise Fools» (1946) mais voisine en tête d’affiche avec des bambins de dix ans pour «A Boy and His Dog» (1946) et «A Boy, a Girl and a Dog» (1946). Vincente Minnelli lui permet de renouer avec sa prime jeunesse lorsqu’il chante et danse dans «Le chant du Missouri» (1944) : en Grandpa drôle et tendre, toujours prêt à consoler Judy Garland et Margaret O’Brien, ses petites-filles de cinéma, il trouve certainement son plus beau rôle avec celui du bon docteur Meade qui soignait sans relâche les blessés d’Atlanta et n’hésitait pas à sermonner cette chipie de Scarlett O’Hara («Autant en emporte le vent», 1939).

Estimé de toute la profession, “Pop” – ainsi qu’on l’appelait volontiers – n’imaginait pas mettre fin à sa carrière. À 83 ans, il se projetait déjà dans un nouveau film lorsqu’une crise cardiaque stoppa net cet infatigable travailleur et, malgré le titre de son dernier opus, ce ne fut certes pas son «Jour de chance» (1950).

En 1893, Harry Davenport avait épousé Alice Shepard-Davenport – actrice au temps du muet, elle fut notamment une partenaire de Charles Chaplin – qui lui donna une fille, Dorothy Davenport, future comédienne puis scénariste ; divorcé et remarié trois ans plus tard à Phyllis Rankin (comédienne et chanteuse à Broadway), il aura trois autres enfants, tous devenus comédiens, comme plusieurs de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants qui perpétuent ainsi deux siècles de tradition familiale.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1937
THE LIFE OF EMILE ZOLA (La vie d'Émile Zola)
2
1937
THE PERFECT SPECIMEN (Un homme a disparu)
3
1938
GOLD IS WHERE YOU FIND IT (La bataille de l'or)
4
1938
THE RAGE OF PARIS (La coqueluche de Paris)
5
1938
YOUNG FUGITIVES, de John RAWLINS
 
6
1938
YOU CAN'T TAKE IT WITH YOU (Vous ne l'emporterez pas avec vous)
7
1938
LONG SHOT, de Charles LAMONT
 
8
1939
MADE FOR EACH OTHER (Le lien sacré)
9
1939
JUAREZ
10
1939
GONE WITH THE WIND (Autant en emporte le vent)
11
1939
THE HUNCHBACK OF NOTRE DAME (Quasimodo)
12
1939
GRANNY GET YOUR GUN, de George AMY
 
13
1940
Dr.EHRLICH's MAGIC BULLET
14
1940
TOO MANY HUSBANDS (Trop de maris), de Wesley RUGGLES
 
15
1940
ALL THIS, AND HEAVEN TOO (L'étrangère)
16
1940
LUCKY PARTNERS (Double chance)
17
1940
FOREIGN CORRESPONDENT (Correspondant 17)
18
1941
THAT UNCERTAIN FEELING (Illusions perdues)
19
1941
THE BRIDE CAME C.O.D.
20
1941
SON OF FURY (Le chevalier de la vengeance)
21
1942
KINGS ROW (Crimes sans châtiment)
22
1942
TALES OF MANHATTAN (Six destins)
23
1943
DECEMBER 7th: THE MOVIE (Pearl Harbour), de John FORD, Gregg TOLAND (docu-fiction) [Documentaire]
 
24
1943
THE AMAZING Mrs.HOLLIDAY
25
1943
THE OX-BOW INCIDENT (L'étrange incident)
26
1943
HEADIN' FOR GODS COUNTRY, de William MORGAN
 
27
1943
GANGWAY FOR TOMORROW
28
1944
THE IMPATIENT YEARS
29
1944
MEET ME IN St. LOUIS (Le chant du Missouri)
30
1944
THE THIN MAN GOES HOME (L'Introuvable rentre chez lui)
31
1945
SHE WOULDN'T SAY YES, d'Alexander HALL
 
32
1945
THE ENCHANTED FOREST
33
1946
CLAUDIA AND DAVID
34
1946
A BOY, A GIRL AND A DOG, de Herbert KLINE
 
35
1946
COURAGE OF LASSIE (Le courage de Lassie)
36
1947
STALLION ROAD, de James V.KERN
 
37
1947
SPORT OF KINGS, de Robert GORDON
 
38
1947
THE BACHELOR AND THE BOBBY-SOXER (Deux soeurs vivaient en paix)
39
1947
THAT HAGEN GIRL (Scandale en Floride)
40
1948
THREE DARING DAUGHTERS (Cupidon mène la danse)
41
1948
THAT LADY IN ERMINE (La dame au manteau d'hermine)
42
1948
FOR THE LOVE OF MARY
43
1949
LITTLE WOMEN (Les quatre filles du Dr.March)
44
1949
THAT FORSYTE WOMAN (La dynastie des Forsyte)
45
1949
TELL IT TO THE JUDGE (Pas de pitié pour les maris), de Norman FOSTER
 
Éd. 9.1.4 : 5-1-2020