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Florence BATES (1888 / 1954)

Florence Bates

Actrice américaine, née Florence Rabe, le 15 avril 1888, à San Antonio (Texas). Décédée le 31 janvier 1954, à Burbank (Californie).

Dès sa première apparition notable dans «Rebecca» (1940), Florence Bates s'est imposée comme un prototype particulièrement réussi d'insupportable vieille pie, dans la lignée d'une Margaret Dumont qui n'aurait pas croisé Groucho Marx. Patronne tyrannique de la pauvre Joan Fontaine, Madame Edythe Van Hopper initie une belle galerie de rombières à la poitrine opulente et aux noms ronflants comme Lady Sloughberry, la comtesse Mathilde Von Braun, Mrs Elsa Vanderlip ou Mrs Charlotte Aslop. Cette maîtresse femme a campé avec talent nombre de matrones plantureuses et de dondons jacassantes. Certes elle n'a pas le sex appeal de son homonyme Barbara Bates, pin-up au destin tragique, mais sa brève carrière vaut le détour.

Avant de tourner une soixantaine de films en quinze ans, Florence Bates eut plusieurs vies, et d'abord celle de professeur de mathématiques de 1906 à 1909, année de son premier mariage. Cinq ans plus tard, jeune mère divorcée, elle se lance dans des études de droit et devient l'une des toutes premières avocates du Texas ! A la mort de ses parents, c'est un nouveau changement de cap puisqu'elle tient avec sa sœur, pendant une dizaine d'années, le magasin familial d'antiquités tout en animant des émissions radiophoniques en anglais et en espagnol. Elle épouse un industriel texan, William F. Jacoby, mais la crise de 1929 entraîne leur ruine et voilà le couple installé à Los Angeles à la tête d'une boulangerie ! Autant d'expériences qui viendront nourrir les rôles que le cinéma lui proposera. Encouragée par son époux, elle débute au Pasadena Playhouse, presque par hasard, dans «Emma» de Jane Austen où elle joue Miss Bates : comme ce patronyme lui a porté chance, elle en fait son nom de scène, entre autres pour une reprise d'«Arsenic et vieilles dentelles».

Lancée par Hitchcock, Florence Bates connaît d'autres belles réussites auprès de grands cinéastes. Chez Ernst Lubitsch, elle incarne brièvement une douairière snob dans «La folle ingénue» (1946) et surtout une vieille coquette ridicule dans «Le ciel peut attendre» (1943) : même morte, elle exhibe encore ses mollets dans l'espoir d'allécher Don Ameche, ce qui lui vaut d'être précipitée illico en Enfer ! Dans «Le journal d'une femme de chambre» de Jean Renoir (1946), Paulette Goddard –  qui veut lui souffler son “bébé”, le vieux capitaine Mauger – la rend presque hystérique. Logeuse peu aimable d'un peintre désargenté dans «Le portrait de Jennie» (1948) de William Dieterle, elle excelle dans «Chaînes conjugales» (1948) de Mankiewicz en patronne tyrannique de la pauvre Ann Sothern : obsédée par les annonces commerciales programmées à la radio, elle ne pense qu'à l'argent et mène son toutou de mari par le bout du nez.

Belle-mère odieuse – est-ce un pléonasme ?  – dans «Folie douce» (1941) et «La vie secrète de Walter Mitty» (1947), on l'appelle carrément "l'horrible Hannah Reeve" dans «My Dear Secretary» (1948) ce qui ne semble pas la dissuader de faire du gringue au pauvre Grady Sutton. Déjà, une simple leçon de tricot lui donnait l'envie de serrer de très près un Cary Grant affolé qui ne méritait guère alors son surnom de «Mr Lucky» (1943) ! Clone féminin de Sydney Greenstreet dans «The Brasher Doubloon» (1947), elle lance Philip Marlowe (George Montgomery) dans une sombre enquête signée Chandler où l'on se doute vite qu'elle a la carrure d'une meurtrière idéale. Le plus souvent veuve, au point qu'on se demande si elle a achevé ses époux successifs, elle tient tête aux durs les plus aguerris comme George Raft ou Victor McLaglen. Seul un acteur de la trempe de Charles Laughton semble capable de lui faire baisser pavillon, ce dont il ne se prive pas dans «The Tuttles of Tahiti» (1942), parvenant même à la faire rire aux éclats. «The Moon and Six Pence» (1942) nous vaut une apparition de Florence Bates qui relève du cauchemar : vahinée pour le moins enveloppée, elle n'hésite pas à se déhancher lourdement dans une improbable danse folklorique. Jamais à court de déguisements, elle intègre l'univers pseudo-oriental de «Kismet» (1944) ou arbore sans complexe des papillotes dans les cheveux pour «Le grand attentat» d'Anthony Mann (1951), prouvant son humour même dans un film sérieux. Au chapitre des looks extraordinaires, on ne saurait oublier la pionnière de l'Ouest au bandeau sur l'œil de «The San Francisco Story» (1952) qui sirote sans vergogne son whisky face à un Joel McCrea médusé. Toutefois, elle peut aussi avoir le sens du ridicule et c'est ainsi qu'elle fuit les miroirs et refuse obstinément qu'on fasse son portrait dans «The Inside Story» (1948) d'Allan Dwan.

Personnage très chaleureux dans la vie, Florence Bates pouvait cependant l'être aussi à l'écran. Bien sûr, lorsqu'elle propose à Ingrid Bergman, «L'intrigante de Saratoga» (1945), d'être son chaperon, on peut légitiment douter de sa sincérité ; en revanche, la comtesse qui veille sur Joan Bennett dans «Le fils de Monte Cristo» (1940), l'accueillante Molly de «Whistle Stop» (1946) ou la tante Amelia de «The Second Woman» (1951) méritent toute notre estime. Joviale et vibrionnante dans «County Fair» (1950), elle se fait carrément draguer par Raymond Hatton. Ce vieux luron de S.Z. Sakall n'est pas en reste dans «Escale à Broadway» (1951), d'autant qu'il l'avait déjà repérée dans «San Antonio» (1945), un film où elle avait toute sa place puisqu'il portait le nom de sa ville natale. Dans «Texas, Brooklyn and Heaven» (1948), elle initie au poker l'austère Margaret Hamilton et ses deux harpies de sœurs. Même dans «Un jour à New York» (1949) où elle joue Madame Dilyovska, la prof de danse qui a "…enseigné à tout le monde, de Nijinsky à Mickey Rooney", une flasque de vodka suffit à l'attendrir.

Dès la fin des années 40, la télévision s'intéresse à cette remarquable actrice de caractère, parfaitement intégrée à l'univers de sit-com célèbres comme «I Love Lucy» (1952). Toutefois, elle continue de se produire au cinéma où son esprit mordant fait toujours merveille : ainsi, lorsqu'un vil flatteur l'appelle "… la plus belle femme de la soirée" dans une scène de son dernier film, «Paris Model» (1953), elle rembarre avec esprit le flagorneur mais le spectateur peine à la reconnaître : très amaigrie, à quelques mois de sa disparition, elle semble l'ombre d'elle-même. Malgré tout, elle assumera encore vaillamment quelques silhouettes cocasses dans la série «I Married Joan» (1953) où elle fouette avec enthousiasme Joan Davis lors d'un mémorable cours de danse !

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11940REBECCA
21940THE SON OF MONTE CRISTO (Le fils de Monte-Cristo)
31941LOVE CRAZY (Folie douce)
41941THE CHOCOLATE SOLDIER
51942THE TUTTLES OF TAHITI de Charles VIDOR 
61942WE WERE DANCING
71942THE MOON AND SIXPENCE (L'envoûté)
81942MY HEART BELONGS TO DADDY
91943Mr. LUCKY
101943HEAVEN CAN WAIT (Le ciel peut attendre)
111944TONIGHT AND EVERY NIGHT (Cette nuit et toujours) de Victor SAVILLE 
121945OUT OF THIS WORLD de Hal WALKER 
131945SARATOGA TRUNK (L'intrigante de Saratoga)
141945SAN ANTONIO
151946WHISTLE STOP (Tragique rendez-vous)
161946THE DIARY OF A CHAMBERMAID (Le journal d'une femme de chambre)
171946CLAUDIA AND DAVID
181946CLUNY BROWN (La folle ingénue)
191947THE BRASHER DOUBLOON
201947THE SECRET LIFE OF WALTER MITTY (La vie secrète de Walter Mitty)
211947DESIRE ME (La femme de l'autre)
221948RIVER LADY (Le barrage de Burlington) de George SHERMAN 
231948TEXAS, BROOKLYN AND HEAVEN
241948MY DEAR SECRETARY
251948A LETTER TO THREE WIVES (Chaînes conjugales)
261949ON THE TOWN (Un jour à New York)
271950BELLE OF OLD MEXICO de R.G.SPRINGSTEEN 
281950COUNTY FAIR
291951THE SECOND WOMAN (La deuxième femme)
301951LULLABY OF BROADWAY (Escale à Broadway)
311951FATHER TAKES THE AIR
321951THE TALL TARGET (Le grand attentat)
331952THE SAN FRANCISCO STORY (La madone du désir) de Robert PARRISH 
341952LES MISERABLES (La vie de Jean Valjean)
351953PARIS MODEL de Alfred E.GREEN 
Ed.8.1.2 : 14-11-2016