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Dominique SANDA (1951)

Dominique Sanda

Actrice française, née Dominique Varaigne, le 11 mars 1951, à Paris (Seine, France).

Issue d'une famille catholique de la moyenne bourgeoisie, la toute jeune Dominique suit une scolarité primaire à l'école des Soeurs de Saint-Vincent de Paul de notre capitale. Une nonette lui faisant remontrance de son accoutrement, elle parcourt les petites annonces à la recherche d'un premier emploi. Sa mère lui proposant de devenir la secrétaire de son père, elle sent le danger du cocon carcéral et choisit d'y échapper en épousant un peintre dont ni l'histoire du cinéma ni celle des beaux arts n'ont retenu le nom.

D'une beauté remarquable, elle est élue, l'espace d'un été, reine de beauté du Casino Mauresque d'Arcachon, les organisateurs trichant sur son âge pour pouvoir lui décerner le prix : c'est ainsi que certaines biographies la font encore naître en 1948. S'intéressant alors aux Arts Décoratifs, elle décide d'exploiter ses atouts en posant pour des journaux de mode : "Glamour", Elle", Vogue" se partagent une image dont profitent tous les amoureux d'une beauté fragile et douce. Car c'est bien sous le signe de la douceur que la belle enfant va faire son entrée dans le monde du septième art. La légende veut que ce soit en feuilletant un exemplaire de "Vogue" que le cinéaste Robert Bresson la repérât. Plus précisément, c'est François Leterrier qui la remarqua le premier pour un film qu'il ne pourra réaliser et fit partager sa découverte au papa de «Mouchette».

Dominique Varaigne a à peine 17 ans lorsqu'elle est retenue pour jouer «Une femme douce» (1969). Elle n'a pas la moindre expérience de l'art dramatique dont elle n'a suivi aucune formation, mais Bresson la met à l'aise : "Contente-toi d'être toi-même", ce qui n'est pas le plus difficile pour peu que l'on se connaisse bien ! Ajoutant une touche personnelle à son personnage, elle choisit un nom d'artiste de la même couleur, Sanda, reprenant les deux phonèmes du titre, le D et le S.

Il est rare que les interprètes de Bresson, souvent choisis pour leur virginité artistique, fassent une longue carrière. Dès le film suivant, Dominique connaît des difficultés sous la baguette sévère de Maximilian Schell, et son «Premier amour» (1970) aurait tout aussi bien pu être le dernier que nous vissions à l'écran. Heureusement, Bernardo Bertolucci, à son tour touché par la grâce de la jeune femme, la retient pour «Le conformiste» (1970) et la plonge au plein coeur d'un fascisme mussolinien dans lequel Vittorio De Sica la mainteindra avec «Le jardin des Finzi Contini» (1970).

À cette époque, elle s'installe dans un univers qu'on qualifierait aujourd'hui de “borderline” en compagnie de quelques esprits “libres” du moment, comme Bulle Ogier, Tina Aumont ou Christian Marquand. Entamant une liaison sentimentale avec celui-ci, elle apportera sa "… contribution à l'éternité" (sic) en donnant naissance à son unique enfant, Yann Marquand (1972). L'événement n'est pas sans conséquence professionnelle, qui fut la raison principale de son rejet du rôle que lui propose Bertolucci dans «Le dernier tango à Paris», abandonnant l'argent du beurre à Maria Schneider.

Dominique Sanda traverse alors une courte période anglo-saxonne, héroïne de deux grosses productions respectivement dirigées par John Frankenheimer («L'impossible objet», 1972) et John Huston («Le piège», 1973). Plaçant sa carrière sous le signe de la qualité au détriment de la quantité, elle attendra que l'on double sa proposition de cachet pour condescendre à être l'un des «Survivants de la fin du monde» (1979), une faiblesse à laquelle elle ne succombera pas souvent.

Revenue dans la péninsule italienne, elle figure au générique de trois chefs-d'oeuvres d'un cinéma transalpin alors en état de grâce, «Violence et passion» de Luchino Visconti (1975), «Novecento» de Bernardo Bertolucci (1976) - qui lui donne le sentiment d'être enfin devenue une comédienne à part entière - et «L'héritage» de Mauro Bolognini (1976) qui lui vaut la reconnaissance de la meilleure actrice au Festival de Cannes.

Ne recherchant pas la popularité à tout prix, Dominique Sanda se montre exigeante dans ses choix artistiques et ses prestations chez Philippe Garrel («Le berceau de cristal», 1975) et Marguerite Duras («Le navire Night» en 1979, après avoir été envisagée pour «India Song») la tiennent éloignée d'une simple notoriété nationale. Tout aussi réservée dans sa vie personnelle, elle vit alors dans une ferme du côté de Rambouillet, ancien atelier du peintre Gustavé Doré où, en bonne post-soixante huitarde, elle cultive ses légumes et élève des animaux en compagnie du peintre Frédéric Pardo.

Réticente envers toute production télévisuelle, elle cède pour la première fois à Jacques Démy, apparaissant ainsi dans «La naissance du jour» (1980). Deux ans plus tard, elle partagera «Une chambre en ville» (1982) avec Richard Berry pour le compte du même auteur, un film chanté qui lui laissera toutefois le regret d'avoir été doublée vocalement. Les années 80 seront pour elle celles des vaches maigres, mais nobles, Benoit Jacquot (à trois reprises), Lam Lë («Poussière d'empire», 1983), et René Allio («Le matelot 512», 1984) se nourrissant du lait de sa frugale production.

Par la suite l'actrice internationalisera encore davantage sa carrière : la Suisse («Henri le vert», 1992), l'Allemagne («Der fall Lucona», 1993,…), la Grande-Bretagne («The Island of the Mapmaker's Wife», 2001) et même l'Amérique du Sud («Moi, la pire de toutes», 1990, etc) feront appel à ce talent que le cinéma français semble avoir davantage délaissé («Les rivières pourpres» en 2000, tout de même). Depuis 1993, le théâtre fait également partie de ses centres d'intérêt («Mrs Klein» en 1993 au Théâtre de la Commune, «Les liaisons dangereuses» en 1995 à Rome, «Un mari idéal» en 1996 à Paris et en tournée, etc).

Chevalier de l'Ordre National du Mérite (1990), Officier des Arts et Lettres (1993), Chevalier de la Légion d'Honneur (2003), Dominique Sanda vit aujourd'hui au large de Buenos Aires (Argentine), en compagnie de son second époux, l'intellectuel roumain Nicolae Cutzarida. Toujours ouvertes aux propositions artistiques enrichissantes, elles nous fait profiter avec parcimonie de sa conception du métier («Un beau dimanche» en 2013, «Saint-Laurent» en 2014), restant fidèle à ses exigences : "Je ne cherche qu'à interpréter des rôles qui m'apportent des joies dans ma vie de femme". Que la joie longtemps vous demeure, Madame Sanda !

Christian Grenier, novembre 2016

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1969
UNE FEMME DOUCE
2
1970
ERSTE LIEBE
3
1970
IL CONFORMISTA (Le conformiste)
4
1970
IL GIARDINO DEI FINZI CONTINI (Le jardin des Finzi Contini)
5
1970
LA NOTTE DEI FIORI, Sorti en 1972
6
1971
SANS MOBILE APPARENT
7
1972
L'IMPOSSIBLE OBJET
8
1973
THE MACKINTOSH MAN (Le piège)
9
1973
STEPPENWOLF (Le loup des steppes), de Frede HAINES
 
10
1975
GRUPPO DI FAMIGLIA IN UN INTERNO (Violence et passion)
11
1975
LE BERCEAU DE CRISTAL
12
1976
NOVECENTO ("1900")
13
1976
L'EREDITÀ FERRAMONTI (L'héritage)
14
1977
DAMNATION ALLEY / SURVIVAL RUN (Les survivants de la fin du monde)
15
1977
AL DI LÀ DEL BENE E DEL MALE (Au delà du bien et du mal)
16
1978
LA CHANSON DE ROLAND
17
1979
LE NAVIRE NIGHT, de Marguerite DURAS
 
18
1979
LE VOYAGE EN DOUCE
19
1979
CABO BLANCO
20
1980
LES AILES DE LA COLOMBE
21
1982
L'INDISCRÉTION
22
1982
UNE CHAMBRE EN VILLE
23
1983
POUSSIÈRE D'EMPIRE
24
1984
LE MATELOT 512
25
1986
CORPS ET BIENS
26
1988
LES MENDIANTS
27
1990
TOLGO IL DISTURBO (Valse d'amour)
28
1990
YO, LA PEOR DE TODAS (Moi, la pire de toutes)
29
1990
GUERREROS Y CAUTIVAS/GUERRIERS ET CAPTIVES
30
1992
HENRI LE VERT
31
1993
DER FALL LUCONA, de Jack GOLD
 
32
1993
ROSENEMIL, de Radu GABREA
 
33
1995
BRENNENDES HERZ, de Peter PATZAK
 
34
2001
THE ISLAND OF THE MAPMAKER's WIFE, de Michie GLEASON
 
35
2013
UN BEAU DIMANCHE, de Nicole GARCIA
 
36
2014
SAINT LAURENT, de Bertrand BONELLO
 
Éd. 9.1.4 : 7-1-2020