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Jean d'YD (1880 / 1964)

Jean d'Yd

Acteur français, né Paul Jean Félix Perret, le 17 mai 1880, à Paris. Décédé le 14 mai 1964, à Vernon (Eure).

Sur la photo de famille des chasseurs matamores de «Tartarin de Tarascon» (1934), on ne peut que remarquer cette grande tige dégingandée, barbiche au vent, d’autant qu’il est flanqué de Maupi et Sinoël, deux lutins aussi malicieux que minuscules ; pourtant, s’il domine d’une bonne tête tout ce joli monde – Raimu et Charpin compris – Jean d’Yd, fort d’une filmographie de cinquante titres tout de même, a du mal à surnager dans la mémoire sélective du cinéphile.

Issu du Conservatoire d’Art Dramatique, il se produit, au début des années 10, au Théâtre de l’Odéon sous la direction prestigieuse d’Antoine. Après-guerre, il fréquente toujours du beau monde puisqu’on le retrouve chez Georges Pitoëff et qu’il participe, sous l’égide de Harry Baur, à la création de «Jazz» de Marcel Pagnol en 1926 ou, dirigé par Louis Jouvet, à celle de «Donogoo» de Jules Romains en 1930. Plus tard, à l’Athénée, c’est Pierre Blanchar qui le mettra en scène dans «Nous irons à Valparaiso» (1947) de Marcel Achard avant une dernière création remarquable : le 16 décembre 1954, au Théâtre Sarah-Bernhardt, il crée le rôle de Gilles Corey, l’ami de John Proctor (Yves Montand), dans «Les sorcières de Salem» d’Arthur Miller mis en scène par Raymond Rouleau.

Dès ses débuts au cinéma, à quarante ans passés, il choisit des œuvres marquantes comme «La souriante Madame Beudet» (1923) de Germaine Dulac ou «La dame de Monsoreau» (1923), adaptation de Dumas où il incarne Chicot, le bouffon d’Henri III. Dans «Le chant de l’amour triomphant» de Victor Tourjansky, il se grime même en serviteur hindou ! A noter sa contribution à deux chefs-d’œuvre incontestés : dans «Napoléon» (1927) d’Abel Gance, il joue un gratte-papier qui mange littéralement ses dossiers pour sauver les suspects de la guillotine ; dans «La passion de Jeanne d’Arc» (1928) de Dreyer, l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma, il sera Guillaume Erard, le seul juge bienveillant de la Pucelle d’Orléans. Aux débuts du parlant, Abel Gance le rappelle pour son étonnant film d’anticipation, «La fin du monde» (1930) et Raymond Bernard le réquisitionne pour «Les misérables» (1934) où il paraît brièvement en directeur d’école lancé dans un discours d’hommage à M. Madeleine. On le verra de nouveau en professeur, le livre à la main et les lorgnons bien en place, dans «Rothchild» (1933), toujours auprès de Harry Baur.

Comédien de théâtre aguerri, Jean d’Yd s’ingénie à varier ses compositions : on peut le rencontrer aussi bien en Joe Chamberlain, le premier ministre britannique signataire de l’«Entente cordiale» (1939), qu’en humble montreur d’ours médiéval au début des «Visiteurs du soir» (1942). Dans «Jéricho» (1945), il joue un conseiller municipal terrorisé à l’idée de devenir otage alors que «Félicie Nanteuil» (1942) nous le montre en Docteur Socrate (!), un noceur à lorgnon et barbiche qui traîne dans les loges des comédiennes. Il glisse sa longue silhouette dans la robe du médecin Renaissance de «Lucrèce Borgia» (1953) ou, mieux encore, sous la soutane du père Kreutzer dans «Le colonel Durand» (1948) et celle d’un supérieur de collège dans «Justice est faite» (1950). Son dernier emploi sera d’ailleurs celui de curé d’une île bretonne autour de laquelle sévissent «Les naufrageurs» (1958), un environnement familier pour l’interprète du grand-père Corentin Gourvennec, pêcheur à Ouessant dans «Dieu a besoin des hommes» (1950). Dans «L’article 330» (1934), un court métrage tiré de Courteline et réalisé par Pagnol, il présidait le tribunal chargé de juger Robert Le Vigan pour "… outrage public à la pudeur" ; vingt ans plus tard, sur un mode plus grave, filmé en contre-plongée par la caméra expressionniste de Julien Duvivier, il incarne parfaitement la solennité de la Justice dans «L’affaire Maurizius» (1953). A contrario, dans «Les truands» (1956), c’est lui qui est à l’origine d’une belle famille de canailles !

Trois films le mettent davantage en lumière, et d’abord «L’éternel retour» (1943) de Cocteau et Delannoy où son personnage, Amédée Frossin, forme avec son épouse Gertrude (Yvonne de Bray) et son fils Achille (Piéral) le trio infernal qui espionne les amours interdites des Tristan et Iseut contemporains. Veule et las, il y est aussi antipathique qu’il sera touchant dans son interprétation la plus sensible, celle de Walter Lherminier, le père d’Odile Versois dans «Les dernières vacances» (1948), un beau film nostalgique de Roger Leenhardt où il parraine les débuts à l’écran de son petit-fils, Didier d’Yd. Toutefois, il était excellent aussi dans «Martin Roumagnac» (1946) où – et ce n’est pas donné à tout le monde ! – il joue l’oncle de Marlène Dietrich, un grainetier qui n’aime pas les oiseaux et vit aux crochets de sa nièce. Jean Gabin l’appelle d'ailleurs "tonton gâteau", ce qui ne lui plaît guère mais lui donne l’opportunité de paraître dans deux autres films du comédien : devenu juge pour enfants dans «Chiens perdus sans collier» (1955), Gabin ne se privera pas de houspiller ce grand-père alcoolique d’un petit délinquant ; dans «Les misérables» (1957) version Le Chanois, Jean d’Yd sera le Père Maboeuf qui choisit de mourir sur les barricades aux côtés des étudiants insurgés.

In extremis, la télévision lui donne la vedette dans une expérience originale de dramatique improvisée, «Commedia : Théodore Frémeaux, décédé» (1963) avec Catherine Sola et Michel Piccoli, où il joue un personnage de vieil homme indigne en quelque sorte puisque le héros abandonne sans crier gare le domicile conjugal. L’expérience n’aura pas de lendemain : l’année suivante, ce n’est plus de la comédie lorsque les journaux annoncent : "Jean d’Yd, décédé", mais la nouvelle ne fera pas les gros titres…

Jean d’Yd était aussi le patriarche d’une famille de comédiens qui comprenait ses trois enfants Berthe d’Yd (1903/1990), Ginette d’Yd (1913/2005) et Claude d’Yd (1922/2009) ainsi que son petit-fils, Didier d’Yd (1933-1991), fils de Ginette, déjà cité.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11923LA SOURIANTE MADAME BEUDET de Germaine DULAC (Moyen métrage) 
21927NAPOLÉON
31928LA PASSION DE JEANNE D'ARC
41930LA FIN DU MONDE
51934LES MISÉRABLES [Non crédité]
61934TARTARIN DE TARASCON
71942LES VISITEURS DU SOIR
81942FÉLICIE NANTEUIL
91943L'ÉTERNEL RETOUR
101945JÉRICHO
111946MARTIN ROUMAGNAC
121948LES DERNIÈRES VACANCES
131953LUCRÈCE BORGIA
141955CHIENS PERDUS SANS COLLIER
151956LES TRUANDS
161957LES MISÉRABLES [2ème époque]
Ed.8.1.2 : 21-3-2017