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Alessandro BLASETTI (1900 / 1987)

Alessandro Blasetti

Réalisateur italien, né le 3 juillet 1900, à Rome (Italie). Décédé le 1er février 1987, à Rome (Italie).

"Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent", dira un jour le malicieux Edgar Faure…

Fils d'un musicien, Alessandro Blasetti traverse sa petite scolarité dans un cadre fortement religieux chez les Clercs Réguliers de Somasque (Lombardie), un ordre pontifical soumis à la règle de Saint Augustin. Après un court passage par une école militaire, il entame des études de droit. En 1919, il abandonne l'Université pour participer, en tant qu'acteur, à de courtes bandes de l'époque. Mais un accident lui ayant occasionné de vilaines brûlures, il reprend ses études et obtient son diplôme.

C'est pourtant comme employé de banque qu'il fait son entrée dans la vie active, tout en ayant la ferme intention de revenir vers le septième art. En 1925, il se fait remarquer comme critique à "L'Impero" par une violente campagne contre le cinéma commercial. Sans doute trop dérangeante, sa rubrique donne naissance à un journal indépendant, "Lo Schermo" qui deviendra, en 1926, "Cinematografo" et au sein duquel il se prononce contre l'avènement du cinéma parlant.

Un petit groupe de nouveaux penseurs se forme autour de lui, parmi lesquels les futurs réalisateurs Aldo Vergano et Goffredo Alessandrini et le monteur Mario Serandrei. Ces hommes créent en 1928 une coopérative de production, "Augustus", qui donne son premier fruit, «Sole» (1929, dont il n'existe plus de copie entière), salué par la critique mais auquel on reprochera plus tard d'être en conformité avec les courants de pensée de la nouvelle Italie mussolinienne. Car, à l'aube des années trente, Blasetti ne cache pas ses sympathies pour le nouveau régime.

Un temps sclérosé par son propre succès, il parvient enfin à tourner «Résurrection» (1931), un drame “convenable” du genre qu'il dénonçait dans ses articles. Sans davantage de scrupule, il est le premier Italiens à utiliser le son, dès 1930, avec «Nerone»( dans lequel on lira plus tard, en un souci de réhabilitation remarquable, une satire du dictateur au travers du personnage grotesque incarné par Ettore Petrolini). Toute l'ambiguïté de Blasetti, pour ne pas dire la dualité, s'affiche : il considère le cinéma comme un terrain d'essai artistique totalement implanté dans un contexte industriel et affairiste auquel il convient de se soumettre. Pour lui, l'un ne va pas sans l'autre et il se doit de chercher le juste milieu qui lui permettra d'avancer sur le chemin de la création artistique. Chacun mesurera à l'aune de ses propres convictions la vanité d'une telle conception…

En 1932, le jeune réalisateur dirige une école de cinéma, le Centro Sperimentale di Cinematografica, éditrice à partir de 1937 de son propre journal, "Bianco e Nero", rassemblant au-delà du courant fasciste fondateur. Sur le terrain, il tourne «1860» (1933), un drame paysan situé en pleine campagne garibaldienne, à la gloire des petites gens davantage qu'à celle de l'unificateur de l'Italie (lequel ne fait qu'une courte apparition, incarné par un acteur dont l'histoire n'a pas retenu le nom). Il sera moins ambigü dans «Vieille garde» (1934), «Aldebaran» (1935) ou «Ettore Fieramosca» (1938), hymne au fascisme pour le premier, chantre du devoir pour deuxième, honneur et défense de la patrie pour le dernier.

En 1940, il se lance dans une grosse production historique, «La couronne de fer» (1941), au budget de 40 millions de lires de l'époque, réquisitionnant hommes et chevaux de l'armée. L'oeuvre, aujourd'hui indigeste, sera honorée de la Coupe Mussolini à la Mostra de Venise (1941), en ces temps-là concentrée sur les films de l'axe Rome-Berlin. On verra ultérieurement dans le sujet une remise en cause de l'autorité du Duce, Blasetti déclarant plus tard avoir pris ses distances avec le régime dès 1936, à la déclaration de la guerre contre l'Éthiopie. «Quatre pas dans les nuages» (1942) confirme le retour sur terre – sans jeu de mot – de Blasetti. Nous ne sommes plus dans les valeurs obligées, mais dans le (néo?)-réalisme et la femme qui a “fauté” est devenue une héroïne soutenue par un homme du peuple.

La guerre terminée, sans vergogne, Blasetti réalise «Un jour dans la vie» (1946) qui retrace le massacre par les troupes nazies de religieuses étant venues en aide à un groupe de partisans. On peut également lire dans «Fabiola» (1948), grosse machine sentimentalo-historique au budget de 800 millions de lires, un appel à la révolte contre le tyran personnifié par le cruel empereur Maxence…

Les années cinquante permettent à Blasetti, qui vient d'être honoré d'un prix à Venise pour «Prima comunione» (1950), de réaliser un dyptique à sketches, «Altri tempi/Heureuse époque» (1952) et «Tempi nostri/Quelques pas dans la vie» (1953), avant qu'il ne se lance dans la comédie avec «Dommage que tu sois une canaille» (1954) et «La chance d'être femme» (1956) dont le moindre des intérêts n'est pas d'avoir créé le duo magique de l'écran transalpin en réunissant Sophia Loren et Marcello Mastroianni.

Après avoir été le président du jury du Festival de Cannes 1967 et avoir sacralisé la figure historique de «Simon Bolivar» (1968), le réalisateur décide de mettre un terme à sa carrière cinématographique pour se tourner vers la télévision, où il continuera de travailler jusqu'en 1981. En 1982, le Festival de Venise lui attribue un Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière.

Les films d'Alessandro Blasetti – y compris les documentaires, partie non négligeable de son oeuvre – ne se réduisent jamais à de simples oeuvres de divertissement. Ils ouvrent toujours l'accès à des voies plus complexes et placent l'Italie – ou les Italiens – au centre de leur sujet, que ce soit au travers de ses oeuvres historiques où de celles plus intimes qui ont fait que beaucoup ont vu en lui le père de ce courant néo-réaliste italien qui devait (re)naître au milieu des année quarante.

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Réalisations
LgAnTitre  
11928SOLE [+Montage]
21930NERONE
31931TERRA MADRE (Le rappel de la terre) [+Montage]
41931RESURRECTIO (Résurrection)
51932LA TAVOLA DEI POVERI
61932PALIO
71933IL CASO HALLER [+Montage]
81933"1860" [+Montage]
91934VECCHIA GUARDIA (Vieille garde)
101935ALDEBARAN [+Interprète]
111937LA CONTESSA DI PARMA [+Montage]
121938ETTORE FIERAMOSCA
131939RETROSCENA
141939UN' AVVENTURA DI SALVATOR ROSA
151941LA CORONA DI FERRO (La couronne de fer)
161941LA CENA DELLE BEFFE (La farce tragique)
171942QUATRO PASSI FRA LE NUVOLE (Quatre pas dans les nuages)
181946UN GIORNO NELLA VITA (Un jour dans la vie)
191948FABIOLA
201950PRIMA COMUNIONE (Sa majesté Monsieur Dupont)
211952LA FIAMMATA (Amour et jalousie)
221952ALTRI TEMPI (Heureuse époque)
231953TEMPI NOSTRI (Quelques pas dans la vie)
241955PECCATO CHE SIA UNA CANAGLIA (Dommage que tu sois une canaille)
251956LA FORTUNA DI ESSERE DONNA (La chance d'être une femme)
261957AMORE E CHIACCHIERE
271959EUROPA DI NOTTE Documentaire
281962LES QUATRE VERITES [+Apparition]
291965IO, IO, IO… E GLI ALTRI (Moi, moi, moi… et les autres)
301966LA RAGAZZA DEL BERSAGLIERE
311968SIMON BOLIVAR
Ed.8.1.2 : 28-3-2017