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Katy JURADO (1924 / 2002)

Katy Jurado

Actrice mexicaine, née María Cristina Estela Marcela Jurado García, le 16 janvier 1924, à Guadalajara (Jalisco, Mexique). Décédée le 5 juillet 2002, à Cuernavaca (Morelos, Mexique).

Fille de l'avocat Luis Jurado Ochoa et de la chanteuse Vicenta Estela García de la Garza, María Cristina et ses deux frères vécurent une enfance heureuse dans une famille aisée qui le resta même lorsque le gouvernement fédéral mexicain eut décidé de confisquer leurs terres ancestrales pour les redistribuer à la classe paysanne. Il y avait pourtant dans la famille un homme politique influent, le cousin Emilio Portes Gil, président du Mexique de 1928 à 1930, mais il semble que cela ne suffit pas !

Après un passage dans un établissement scolaire tenu par des religieuses, la jeune fille envisage des études de secrétariat lorsque elle est sollicitée par celui qui devait devenir le plus célèbre réalisateur sud-américain des années cinquante, Emilio Fernández, désireux de l'engager pour son premier film, «La isla de la pasión» (1942). Hélas, la famille, menée par une grand-mère matriarche, s'oppose à ce dévoiement, malgré l'intervention favorable d'un parrain avisé et précurseur, l'acteur Pedro Armendáriz. Sans doute pour affirmer et acquérir son indépendance, la demoiselle ne tarde pas à épouser le jeune acteur Víctor Velázquez. Avant le terme de sa courte union, le couple aura deux enfants, une fille, Sandra, et un fils, Víctor Hugo (mais non, pas celui que vous connaissez, je vous ai dit qu'ils n'étaient pas misérables), lequel perdra la vie en 1981 dans un accident d'automobile, projetant sa maman dans une sombre dépression.

Ainsi émancipée, c'est néanmoins de manière discrète que la belle dame signe un premier contrat pour le cinéma lui permettant de débuter dans «No matarás» de Chano Urueta (1943) où elle tient déjà un rôle de femme fatale, de ceux pour lesquels sa peau ocre, sa chevelure brune et son ardente beauté semblent la prédestiner. Dès lors, pendant 8 ans, Katy Jurado impressionnera quelques unes des plus belles pellicules locales («La vida inútil de Pito Pérez» en 1944, «Nosotros, los pobres» en 1947, «Cárcel de mujeres» en 1951,…), un cinéma national dans une riche période que l'histoire de cet art devait qualifier d'âge d'or du cinéma mexicain, non sans référence à un Luis Buñuel bientôt réfugié sur cette terre accueillante.

Parallèlement, l'actrice travaille pour les journaux et les radios, notamment comme critique tauromachique. Ce n'est donc pas le hasard qui la fait retenir par le réalisateur américain Bud Boetticher, grand aficionado désireux de la diriger dans «La dame et le toréador» (1951) en la place de Mexico. Malgré un accent américain déplorable, elle tombe ainsi dans le piège hollywoodien comme épouse d'un compatriote exilé, Gilbert Roland. Avide de nouvelles beautés exotiques à l'heure où Dolores Del Rio donnait ses premiers signes automnaux, les producteurs du continent supérieur ne manquèrent pas d'attirer à eux la fière aztèque à laquelle il fallut apprendre la langue des tuniques bleues. L'effort ne fut pas vain, qui lui permit de prévenir Gary Cooper d'un danger susceptible d'advenir lorsque «Le train sifflera trois fois» (1952), une composition à laquelle elle devra un Golden Globe Award (1953).

Femme de tête, Katy Jurado refusera de se lier définitivement à un grand studio afin de conserver la possibilité d'alterner films américains et mexicains, se permettant ainsi d'enchaîner avec «L'enjôleuse» sous la direction de Buñuel, d'obtenir une nomination pour la course à l'oscar de la meilleure actrice de composition avec «La lance brisée», d'incarner une autochtone en la cité zapotèque de «Tehuantepec» (1954) avant de tomber d'un «Trapèze» (1956) dans les filets habilement tendu par Burt Lancaster.

C'est d'ailleurs lors d'un passage par «Vera Cruz» (1954) – un film auquel, curieusement, elle ne participe pas – qu'elle devait rencontrer Ernest Borgnine en plein conflit armé avec Gary Cooper et Burt Lancaster. La visiteuse et l'objet de sa curiosité devaient se retrouver quelques années plus tard sur le plateau de «L'or du Hollandais» pour un tournage à l'issue duquel, lasse d'une cour incessante, "la belle tigresse" devait finir par dire "si" à celui qui pensait pouvoir la dompter. Cette concession, jalonnée de plaies et de bosses, devait s'achever officieusement en 1961, plus officiellement en 1963 par arrêt du juge de paix.

En 1960, Katy Jurado donne la réplique à son amant caché d'un moment, Marlon Brando, dans «La vengeance aux deux visages», unique film réalisé par le sex-symbol indocile encore en pleine force de l'âge. Moment de détente pour «Barabbas» (1962) avant qu'il ne rejoigne sa maîtresse Rachel, belle-mère d'Elvis Presley qui lui fait découvrir les joies du rodéo dans «Micmac au Montana» (1968), Katy Jurado finit par se dire que, tant qu'à jouer les beautés exotiques, autant le faire sous le soleil de sa mère patrie où elle retourna vivre définitivement. Car, même si Sam Peckinpah, nostalgique des héroïnes des grandes prairies délaissées, lui fit cadeau d'un joli rôle dans «Pat Garret et Billy le Kid» tourné à Durango, c'est bien sous les directions amoureuses de ses compatriotes qu'elle devait dès lors servir, nonobstant une courte apparition dans «The Hi-Lo Country» de Stephen Frears (1998). Sa dernière image, gravée dans «Un secreto de esperanza» (2002), fut projetée à titre posthume devant un public pour lequel son coeur chaud et ses poumons de braise s'étaient trop longtemps consumés.

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1944
LA VIDA INÚTIL DE PITO PÉREZ, de Miguel CONTRERAS TORRES
 
2
1946
LA VIUDA CELOSA (La veuve jalouse), de Fernando CORTÉS
 
3
1947
NOSOTROS, LOS POBRES, d'Ismael RODRÍGUEZ
 
4
1951
BULLFIGHTER AND THE LADY (La dame et le toréador)
5
1951
CÁRCEL DE MUJERES (Le bagne des filles perdues)
6
1952
HIGH NOON (Le train sifflera trois fois)
7
1952
EL BRUTO (L'enjôleuse)
8
1953
EL CORAZÓN Y LA ESPADA, d'Edward DEIN
 
9
1953
SAN ANTONE (Les rebelles de San Antone), de Joseph KANE
 
10
1953
ARROWHEAD (Le sorcier du Rio Grande)
11
1954
BROKEN LANCE (La lance brisée)
12
1955
THE RACERS (Le cercle infernal)
13
1955
TRIAL (Le procès / Mon fils est innocent)
14
1956
TRAPEZE (Trapèze)
15
1956
MAN FROM DEL RIO (Le tueur et la belle), de Harry HORNER
 
16
1957
DRAGOON WELLS MASSACRE (La poursuite fantastique)
17
1958
THE BADLANDERS (L'or du Hollandais)
18
1960
ONE-EYED JACKS (La vengeance aux deux visages)
19
1961
Y DIOS LA LLAMÓ TIERRA, de Carlos TOUSSAINT
 
20
1961
I BRIGANTI ITALIANI (Les guerilleros)
21
1962
BARABBA (Barabbas)
22
1963
LA BANDIDA, de Robert RODRÍGUEZ
 
23
1966
SMOKY, de George SHERMAN
 
24
1966
A COVENANT WITH DEATH, de Lamont JOHNSON
 
25
1968
STAY AWAY, JOE (Micmac au Montana)
26
1973
PAT GARRETT AND BILLY THE KID (Pat Garrett et Billy le Kid)
27
1981
BARRIO DE CAMPEONES, de Fernando VALLEJO
 
28
1981
LA SEDUCCIÓN, d'Arturo RIPSTEIN
 
29
1984
UNDER THE VOLCANO (Au-dessous du volcan)
30
1998
EL EVANGILIO DE LAS MARAVILIAS (Divine)
Éd. 9.1.4 : 24-1-2020