La bibliothèque de L'Encinématheque

Georgette ANYS (1909 / 1993)

Georgette Anys

Actrice française, née Marie Georgette Dubois, le 15 juillet 1909, à Bagneux, Hauts de Seine (France). Décédée le 4 mars 1993 aux Mureaux, Yvelines (France).

Marcel Aymé et Jean Aurenche l'ont drôlement habillée pour l'hiver : dans «La traversée de Paris» (1956) où elle joue Lucienne Couronne, sinistre patronne de troquet, Jean Gabin lui tire le portrait, sous les yeux ahuris de Bourvil : "Et l'autre, la rombière, la gueule en gélatine et saindoux, trois mentons et les nichons qui dévalent sur la brioche !" . Difficile après ça de postuler pour une carrière de douce ingénue ! Il est vrai que le parcours cinématographique de Georgette Anys n'a vraiment commencé qu'en 1949 alors qu'elle avait déjà quarante ans.

L'essentiel de sa carrière se déroule dans les années 50 : soixante-dix apparitions en dix ans sur près de 90 titres au compteur. Auparavant, la rondelette Georgette, formée à l'art théâtral par Eugène Silvain, s'était fait connaître sur les scènes d'opérettes célèbres comme «Le comte Obligado» avec Georges Milton qui tient aussi la vedette de son premier film, «Le roi des resquilleurs» (1930), suivi d'une absence des écrans pendant vingt ans. Dotée d'une belle voix, elle chante et déclame des textes libertins dans les cabarets des années 30, écrit de «Vagues Poèmes» et dirige même une boîte “gay”, "Le Bal de la Montagne". Dans «Le Paris de mes amours», Régine Deforges évoque le Quartier Latin de la Libération où la "…plantureuse comédienne surveille son monde, du haut de sa caisse, en fumant de gros havanes" ! Plusieurs titres – mais pas les meilleurs  – semblent d'ailleurs inspirés par cette première vie : on la voit tenir un bar ou diriger un cabaret dans «Quai des illusions» (1956) signé Maître Couzinet, «Sylviane de mes nuits» (1956) ou «Paris Music Hall» (1957) ; il est clair que le «Paris-canaille» (1955) n'a pas de secret pour elle…

À ses débuts, ses rôles sont souvent brefs : c'est ainsi qu'elle tourne une dizaine de films en 1950 mais, si elle danse un jerk endiablé avec un freluquet dans «La rue sans loi», on l'aperçoit tout juste dans «Les anciens de Saint-Loup» ou «Quai de Grenelle», à peine davantage dans «Garou-Garou, le passe-muraille» ou «Sans laisser d'adresse» qui marque sa première apparition en concierge. «Sous le ciel de Paris», signé Duvivier, lui vaut tout de même un personnage sympathique de mère inquiète pour son enfant. Son image positive se renforce grâce à «Fanfan-la-Tulipe» (1951) où elle incarne l'épouse de Tranche-Montagne, traînant derrière elle une ribambelle de joyeux bambins. Il est à noter que ses époux de cinéma successifs seront de préférence malingres comme Jean Dunot, le cafetier de «La traversée de Paris» (1956), ou Julien Carette, son coiffeur de mari dans «Le miroir à deux faces» (1958). Son opulente poitrine écrase littéralement Henri Crémieux dans une scène de «L'étrange désir de Monsieur Bard» (1953). Dans «Week-end à Paris» (1952), c'est De Funès qui s'y colle ; il récidive courageusement dans «L'impossible Monsieur Pipelet» (1955) mais préfère jouer profil bas quand, armée de son parapluie, la mère Anys seconde Michel Simon qui fait le coup de poing dans les vestiaires d'une salle de boxe où son “bébé” Maurice Baquet s'est fait salement amocher !

Fleuriste dans «La fête à Henriette» (1952) ou sage-femme dans «Premier mai» (1958), elle ne soigne pas toujours son image comme on le voit dans «La fugue de Monsieur Perle» (1952) où elle paraît sans complexes devant les clients du bistrot la tête couverte de papillotes. De même, ses personnages ne portent pas nécessairement des noms valorisants : on l'appelle La grosse Lolo dans «L'appel du destin» (1952), la matrone dans «Les femmes s'en balancent» (1954) ou Gravos dans «Mademoiselle et son gang» (1957) ! Quant à son capital de sympathie, il s'écorne nettement dans «Le sang à la tête» (1956) où elle tient un moment sa revanche sur Gabin : comme son fils a filé à l'anglaise avec l'épouse du fils Cardinaud, Titine Babin, poissonnière de son état, ne se prive pas d'ironiser publiquement sur les déboires du cocu avant de lâcher :"Je vous dégoûte, hein ?".

Partenaire récurrente de fameux comédiens français comme Bourvil («Seul dans Paris», 1951), Pierre Fresnay («Un grand patron», 1951) ou Michel Simon («Monsieur Taxi» ,1952) , elle seconde carrément Cary Grant dans «La main au collet» (1955) d'Hitchcock. De fait, elle se distingue en fréquentant volontiers les cinéastes étrangers de passage en France : à son palmarès, George Seaton («Le petit garçon perdu», 1953), Vittorio de Sica («Le jugement dernier», 1961), Mervyn LeRoy («Moment to Moment/Choc», 1965). Mama Parigi dans «Jessica» (1961) de Jean Negulesco, elle aura droit aussi à quelques bonnes scènes face à Charles Boyer et Maurice Chevalier lorsqu'elle prend la relève d'Alida Rouffe dans le rôle d'Honorine Cabanisse pour une nouvelle version de «Fanny» (1961) signée Joshua Logan.

Fugitive buraliste, elle hérite de deux répliques dans «Les espions» (1957) de Clouzot : c'est toujours ça de pris quand, à la même époque, d'obscurs metteurs en scène - Mick Roussel ou Stany Cordier - la dirigent. A l'exception d'une adaptation de Giono («Le chant du monde», 1965), c'est à la télévision qu'elle va s'illustrer régulièrement à partir des années 60. On l'aperçoit à plusieurs reprises dans «Les cinq dernières minutes» versions Souplex ou Debary ou, respectivement mendiante, aubergiste et nourrice, dans «Gaspard des Montagnes» (1965), «Le voyageur des siècles» (1971) et «La porteuse de pain» (1973). Mais seul un “allumé” comme Jean-Christophe Averty pouvait imaginer de lui confier le rôle d'Olga Tcherwonenhoff, ancienne danseuse étoile du ballet de Saint-Petersbourg, dans «Impressions d'Afrique» (1977) adapté de Raymond Roussel !

In fine, le cinéma songe à exploiter ses dons vocaux mais il ne s'agit que d'une caricature de cantatrice dans «Zig-Zig» (1974). Dix ans plus tard, son dernier film est une parodie américaine inspirée de Dumas, «The Corsican Brothers» (1984), où elle renoue avec son emploi de «Madame du Barry» (1954) (1955) ou «Marie-Antoinette», celui d'une émeutière révolutionnaire, une de ces féroces tricoteuses campant au pied de la guillotine. Pour elle, le couperet tombe huit ans plus tard : il aura nom, cancer.

Jean-Paul Briant

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

INTERPRÉTATIONS:
LgAnTitre  
11950LA RUE SANS LOI [Non créditée]
21950SANS LAISSER D'ADRESSE
31950SOUS LE CIEL DE PARIS
41950GAROU-GAROU LE PASSE-MURAILLE [Non créditée]
51951UN GRAND PATRON
61951FANFAN LA TULIPE
71952MONSIEUR TAXI
81952LA FUGUE DE MONSIEUR PERLE
91952MINUIT, QUAI DE BERCY
101952INNOCENTS IN PARIS (Week-end à Paris)
111952L'APPEL DU DESTIN
121953LITTLE BOY LOST (Le petit garçon perdu)
131953L'ÉTRANGE DÉSIR DE MONSIEUR BARD
141954LES FEMMES S'EN BALANCENT
151954MADAME DU BARRY
161954PAS DE COUP DUR POUR JOHNNY
171955L'IMPOSSIBLE MONSIEUR PIPELET
181955TO CATCH A THIEF (La main au collet)
191955FROU-FROU
201956MARIE-ANTOINETTE REINE DE FRANCE
211956LE SANG À LA TÊTE
221956LA TRAVERSÉE DE PARIS
231956MADEMOISELLE ET SON GANG
241957LES ESPIONS
251957PREMIER MAI / LE PÈRE ET L'ENFANT
261958LE MIROIR À DEUX FACES
271956QUAI DES ILLUSIONS
281961FANNY
291961JESSICA (La sage-femme, le curé et le bon Dieu)
301962BON VOYAGE!
Ed.8.1.2 : 21-5-2017