La bibliothèque de L'Encinématheque

Akira KUROSAWA (1910 / 1998)

Akira Kurosawa

Réalisateur japonais, né le 23 mars 1910, à Tokyo (Japon). Décédé le 6 septembre 1998, à Tokyo (Japon).

Akira ("Lumière" en japonais, tout un programme) Kurosawa est né dans une famille de sept enfants (qui passera à neuf, la dernière de ses soeurs venant au monde en 1954 !) d'un père directeur d'un établissement d'enseignement de la capitale nippone. On le dit originaire d'une longue lignée de samouraïs.

En 1928, il entame des études de peinture qui lui permettent de présenter ses premières oeuvres, gouaches et huiles, dans des expositions plus ou moins importantes. À cette époque, le jeune homme, pour échapper à l'abusive autorité paternelle, s'est réfugié chez son frère aîné, Heigo, commentateur de films muets. Celui-ci lui fait découvrir la littérature occidentale et les créations des cinéastes européens et américains, Eisenstein, Poudovkine, Dreyer, Renoir, John Ford, etc. En 1933, le cinéma parlant ayant rendu son travail inutile, Heigo, acculé au chômage, se suicide. Ce dècès marquera à jamais son cadet.

En 1936, répondant à une annonce, Akira devient troisième assistant réalisateur. Deux années plus tard, le voici premier assistant. Il travaille alors sur des films de Naruse, mais participe essentiellement au travail de celui qu'il considèrera toujours comme son maître, Kajiro Yamamoto. En 1941, il entame une carrière de scénariste, qu'il n'interrompra pas lorsque, devenu réalisateur, il écrira le sujet de ses propres films.

En 1943, Akira Kurosawa réalise son premier film, si l'on ignore sa participation non créditée à la réalisation de séquences sur le film de Yamamoto, «Uma» (1941). «La Légende du Grand Judo» fera par la suite l'objet de deux remakes, par Shiego Tanake en 1955 et Seiichiko Uchikawa en 1965. D'entrée, Kurosawa se fait le chantre des traditions japonaises à travers cette oeuvre consacrée aux arts martiaux. Pourtant, on lui reprochera plus tard son “occidentalisme”, certains le considérant même, dans son pays natal et ailleurs, comme “non japonais”. Il est vrai que, marqué comme nous l'avons vu par la littérature occidentale, il n'hésita pas, entre deux films historiques orientaux, à mettre en scène des oeuvres de Dostoïevsky («L'idiot», 1951), Gorki («Les bas fonds», 1957), Shakespeare («Le château de l'araignée», 1957) et même Dashiell Hammet («Le garde du corps», 1961) ou Ed MacBain («Entre le ciel et l'enfer», 1963).

L'Occident ne le découvrira pourtant qu'en 1951, à l'occasion de la sortie de «Rashomon» (1950, Lion d'Or au festival de Venise, oscar du meilleur film étranger à Hollywood), un film se situant dans l'univers des samouraïs, ces mercenaires du Japon médiéval, porteurs des traditions ancestrales du courage et de l'honneur. L'interprète principal, Toshirô Mifune, partagera l'univers du maître jusqu'au milieu des années soixante. En 1954, son film «Ikiru/Vivre» (1952), qu'il considèrera toujours comme sa meilleure oeuvre, lui vaut une nouvelle distinction au festival de Berlin.

Kurosawa chantera le monde des samouraïs, tout au long de sa carrière. Dans le genre, son film le plus connu demeure «Les sept samouraïs», toujours avec Mifune, qui donnera lieu au remake américain tout aussi célèbre, «Les sept mercenaires». D'une oeuvre de 3h20, nous ne vimes en France qu'un "western" de 105 minutes, la plupart des séquences explicitant le contexte social de cette révolte paysanne ayant été supprimées. Le film est récompensé par un Lion d'Argent à la Mostra de Venise 1954.

En 1964, Sergio Leone présente son premier western, «Pour une poignée de dollars», reprenant sans la moindre autorisation la trame du scénario de Kurosawa, «Yojimbo/Le garde du corps». Le procès qui s'ensuivit fut gagné par la Toho, société productrice de l'oeuvre originale.

De plus en plus contesté dans son pays, porté aux nues en Occident, Kurosawa, qui vient de présenter «Barberousse» en 1965, a de plus en plus de mal à poursuivre son travail. Devenu producteur, il participe au financement et à l'écriture des séquences japonaises de «Tora! Tora! Tora!», un film de Richard Fleischer retraçant l'attaque de Pearl Harbour à l'aube du 7-12-1941. Il parvient enfin à réaliser «Dodeskaden», dont le titre reprend une onomatopée japonaise simulant le passage d'un train sur une voie ferré… Essayez, vous verrez, ça marche même en français, les trains nippons n'utilisant pas de langage particulier.

Mais redevenons d'autant plus sérieux que, fortement marqué par l'échec commercial de cette oeuvre, l'auteur tente de se suicider en s'ouvrant les veines. Il lui faudra cinq années pour s'en remettre, aux termes desquelles Kurosawa nous reviendra aux commandes d'un magnifique film soviétique, «Dersou Ouzala», lauréat de l'oscar du meilleur film étranger à Hollywood, en mars 1976.

En 1980, le festival de Cannes récompense le réalisateur de la Palme d'Or pour ce chef-d'oeuvre que demeure «Kagemusha». D'une beauté formelle pure, le film est suivi, dans la même veine, par «Ran» (1985), une interprétation personnelle du «Roi Lear» de Shakespeare. Comble de “l'occidentalisation”, il co-produit son oeuvre suivante («Rêves», 1990) en collaboration avec le très hollywoodien Steven Spielberg, et n'éhsite par, pour son avant dernier film («Rhapsodie en août», 1991), à mettre en scène Richard Gere. Cette même année, Hollywood l'honore d'un oscar Spécial pour l'ensemble de son oeuvre.

"Les êtres humains ont tous les mêmes problèmes. Un film ne peut être compris que s'il dépeint ce principe", déclarait ce peintre de l'Humanité, mondialiste avant l'heure. Comme John Ford, Kurosawa a célébré la légende de sa terre, le culte du héros solitaire et du maître héroïque et généreux, les valeurs d'honneur et de courage et le combat contre les forces mauvaises. Il décède le 6 septembre 1998, à la suite d'une hémorragie cérébrale. Ce matin-là, la "Lumière" du Soleil Levant avait oublié de paraître.

Christian Grenier

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie

Réalisations
LgAnTitre  
11943SUGATA SHANSHIRO (La légende du grand judo)
21944ICHIBAN UTSUKUSHIKU (Le plus dignement)
31945ZOKU SUGATA SHANSHIRO (La nouvelle légende du grand judo)
41945TORA NO O FUMU OTOKOTACHI (Les hommes qui marchèrent sur la queue du tigre)
51946ASU O TSUKURU HITOBITO (Ceux qui bâtissent l'avenir) 
61946WAGA SEISHUN NI KUI NASHI (Rien à regretter de ma jeunesse)
71947SUBARASHIKI NICHIYOBI (Un merveilleux dimanche)
81948YOIDORE TENSHI (L'ange ivre)
91949SHIZUKANARU KETTÔ (Le duel silencieux)
101949NORA INU (Chien enragé)
111950SKYANDARU / SHUBUN (Scandale)
121950RASHÔMON
131951HAKUCHI (L'idiot)
141952IKIRU (Vivre)
151954SICHIN IN NO SAMURAI (Les 7 samouraïs)
161955IKIMONO NO KIROKU (Vivre dans la peur/Si les oiseaux savaient)
171957KUMONOSU-JO (Le château de l'araignée)
181957DONZOKO (Les bas-fonds)
191958KAKUSHI TORIDE NO SAN AKUNIN (La forteresse cachée)
201960WARUI YATSU HODO YOKU NEMURU (Les salauds dorment en paix)
211961YÔJIMBO (Le garde du corps)
221962TSUBAKI SANJÛRÔ (Sanjûrô )
231963TENGOKU TO JIGOKU (Entre le ciel et l'enfer)
241965AKAHIGE (Barberousse)
251970DODESUKADEN (Dodeskaden)
261975DERSU UZALA (Dersou Ouzala)
271980KAGEMUSHA
281985RAN
291990YUME / AKIRA KUROSAWA's DREAMS (Rêves)
301991HACHIGATSU NO RAPSUDI (Rhapsodie en août)
311993MADADAYO
Ed.8.1.2 : 2-6-2017