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René DARY (1905 / 1974)

René Dary

Acteur français, né Anatole Antoine Clément Mary, le 18 juillet 1905, à Paris, Rue Chevalier d'Assas (6ème arrondissement). Décédé le 7 octobre 1974, à Plan-de Cuques (Bouches-du-Rhône, France).

Fils du comique de music-hall Abélard, Anatole s'honore encore davantage d'être le neveu de Jules Mary, également comédien, mais surtout auteur dramatique et feuilletoniste, auteur notamment de «Roger-la-honte», roman si souvent porté à l'écran, et créateur de la Société des Gens de Lettres (1919).

Cette ascendance bourgeoise et tranquille ne fait pas pour autant de l'enfant un angelot puisqu'il se fait rapidement remarquer par un caractère insupportable et un comportement qualifié de brutal. Un jour, étonné de son calme inhabituel, son père, désireux de marquer le coup, l'emmena sur son lieu de travail, à ce moment-là un studio de cinéma. Sur le plateau, on attendait un enfant acteur qui tardait à venir. Impatient, le metteur en scène Georges Monca décida de le remplacer par le bébé d'Abélard, ici présent et alors âgé de 4 ans. C'est donc sous le pseudonyme de Bébé Abélard que le gamin consentit à faire ses débuts à l'écran.

En 1910, le producteur Léon Gaumont fait une offre alléchante à la famille pour s'attacher les services du vilain petit canard, lequel, avec un salaire mensuel assuré de 300 francs, devait alors gagner davantage que son père ! Essentiellement dirigé par Louis Feuillade, il animera pendant trois ans une série de 75 courts métrages centrés sur le personnage de Bébé, faisant de lui l'un des tout premiers enfants-acteurs professionnels au monde : «La fille du juge d'instruction», «Bébé pratique le Jiu-Jitsu», «Bébé corrige son père», «Bébé tire à la cible» (1911), «Bébé artiste capillaire» (1912), etc.

En 1912, «Bébé adopte un petit frère» qui a pour nom dans le civil René Poyen. "Il est marrant ! On dirait un bout de zan" déclare, selon la légende, l'enfant vedette. Le surnom restera au frangin qui deviendra bientôt aussi connu que son aîné, et surtout beaucoup moins cher ! Rapidement, la famille Abélard entre en conflit avec Léon Gaumont et Louis Feuillade. On déchire le contrat et Bébé retourne chez Pathé, tout en se produisant sur la scène du cinéma que papa inaugure le 17 janvier 1913.

Mais Bébé n'en est plus un. Il a maintenant 10 ans et entre dans l'adolescence. Le public l'oublie d'autant plus facilement que Premier Conflit Mondial devient bientôt le centre principal de ses préoccupations.

Engagé au Théâtre Fémina, Anatole se fait remarquer dans des revues enfantines. Il se produit en France et à l'étranger. Bruxelles, Vienne, Budapest… lui ouvre leurs portes. En 1917, Lucien Guitry le choisit pour incarner «La souris», rôle généralement attribuée à une jeune femme, dans une adaptation de «Crainquebille». Souhaitant fixer son jeune poulain, il en fait son élève et lui dispense des courts d'art dramatique, au détriment des études “sérieuses” que l'adolescent devrait suivre…

Âgé de 17 ans, Anatole végète en Avignon. N'ayant pas trouvé sa voie, il se divertit en assistant notamment à des matches de boxe. Un soir, l'organisateur du spectacle est désemparé : "Il me manque un poids papier" (on dit aujourd'hui poids plume). Culotté, Anatole se propose pour le remplacer et monte sur le ring où on le présente sous le nom de "Kid René". Certes, sans expérience, il prit une bonne raclée mais, pris ous son aile par l'entraîneur Saint-Clair, il enfilera par la suite les gants une petite vingtaine de fois, gagnera la plupart de ses combats avant la limite et deviendra champion de Provence en 1922, avant qu'une fracture de la main droite ne vienne mettre un point final à sa carrière pugilistique…

Anatole est devenu un homme. Installé à Paris, Il porte des cageots et des sacs aux Halles Centrales. Recouvrant peu à peu ses ambitions artistiques, il finit par trouver un engagement et apparaît pour une coute saison dans «La vierge au grand coeur» (17 représentations !), une pièce de François Porché. Le metteur en scène, Madame Simone (Simone Le Bargy), ne semble pas lui en vouloir, qui l'entraîne avec elle jusque sur une scène newyorkaise. De retour en France, il entre, comme régisseur et comédien sous le nom de René Duclos, dans une tournée organisée par Jean Valmy, foule les mêmes planches parisiennes que Harry Baur et végète au sein de quelques revues avant de se montrer dans une opérette, «La belle histoire».

Un jour de 1934, son collègue et ami Bach parvient à le faire engager dans le film qu'il s'apprête à tourner, «Le train de 8h47», d'après Courteline, lui remettant ainsi le pied à l'étrier du septième art. Mais les lendemains ne chantèrent pas tout de suite, et notre homme de revenir à l'opérette avec «Trois Valses» dans laquelle, aux côtés d'Yvonne Printemps et Pierre Fresnay, il incarne avantageusement un même personnage à trois époques successives de son existence. Le succès qui s'ensuivit eut des conséquences bienfaisantes sur son retour à l'écran.

On le vit alors en marin «Révolté» (1938) dans un rôle à la "Gabin", auquel il ressemble beaucoup, accédant enfin aux premiers rôles. Il navigua avec autant de bonheur dans le «Nord Atlantique» (1939) pour le compte de la marine marchande. L'époque étant au devoir et au sacrifice, il arbora encore le pompon, permissionnaire au «Café du port» (1939). René Dary devient bientôt une vedette sur laquelle on peut monter un film. Ainsi en est-il de «Bifur 3» où il doit donner la réplique à Annie Vernay, avant que le tournage ne soit interrompu par l'entrée en guerre. Lorsqu'il pourra reprendre (1944), sa vedette féminine, décédée en 1941, sera remplacée par Ariane Borg, tandis que Martine Carol y fera l'une de ses toutes premières apparitions.

Réformé à cause de sa main toujours fragile, René Dary s'active à se faire accepter dans une unité combattante. Affecté tardivement dans un régiment de chars au printemps 1940, il revient avec deux citations au terme d'une courte guerre qui n'avait plus rien de drôle.

Démobilisé, il se retrouve dans une situation délicate. En effet, ayant acheté avant le conflit un terrain sur lequel avait été entrepris un chantier de construction, il doit faire face à de lourdes factures. Sa solde des derniers mois n'étant pas à la hauteur des espérances financières envisageables de par son métier d'acteur, il fut sommé par le tribunal d'honorer ses dettes sur le champ, se voyant ainsi contraint de répondre sans discernement aux premières propositions artistiques qui lui seraient faites. Si «Après l'orage» (1941) et «Forte tête» (1942) méritent ainsi toute notre indulgence, «Huit hommes dans un château» (1942) et «Port d'attache» (1942) suffiront toutefois à lui permettre de regagner l'intérêt du public.

L'après guerre ne fut pas à la hauteur de ses espérances. Certes, sous les traits de Nestor Burma, il enquêta au «120, rue de la gare» pour le compte de Jacques Daniel-Norman (1945) ; bien sûr, il encadra sur le Tour de France une formation de coureurs cyclistes décimée par un mystérieux assassin signant ses crimes de «Cinq tulipes rouges» (1948)… Mais, le temps ayant fait son oeuvre d'érosion qualitative, il ne reste aujourd'hui de ses prestations cinématographiques que le souvenir du Riton de «Touchez pas au grisbi» (1953), complice trop bavard de celui dont il rêvera vainement de prendre la place, Jean Gabin.

Pour parachever cet essai biographique consacré à René Dary, rappelons aux nostalgiques des séries télévisées des “sixties” son incarnation du commissaire Ménardier dans l'évocation du fantôme du Louvre, le ténébreux Belphégor, dont les apparitions firent frissonner les spectateurs encore vierges des artifices de ce genre au petit écran. Brrrrr… j'en tremble encore !

Christian Grenier

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Filmographie sélective

INTERPRÉTATIONS:
LgAnTitre  
11911LA FILLE DU JUGE D'INSTRUCTION
21911BÉBÉ PRATIQUE LE JIU-JITSU
31911BÉBÉ TIRE À LA CIBLE
41938LE RÉVOLTÉ
51938MOULIN ROUGE
61939NORD ATLANTIQUE
71939LE CAFÉ DU PORT
81941APRÈS L'ORAGE
91942FORTE TÊTE
101942HUIT HOMMES DANS UN CHÂTEAU
111942À LA BELLE FRÉGATE
121942PORT D'ATTACHE
131943LE CARREFOUR DES ENFANTS PERDUS
141944BIFUR 3
151945120, RUE DE LA GARE
161946LE FUGITIF
171948CINQ TULIPES ROUGES
181948L'INCONNUE NUMERO 13
191948SUZANNE ET SES BRIGANDS
201949UN CERTAIN MONSIEUR...
211953TOUCHEZ PAS AU GRISBI
221958LA NOTTE DEL GRANDE ASSALTO (Dans les griffes des Borgia)
231959Y'EN A MARRE
241961NAPOLEON II, L'AIGLON
Éd.8.1.3 : 23-6-2017