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Henry TRAVERS (1874 / 1965)

Henry Travers

Acteur anglais, né Travers John Heagerty, le 5 mars 1874, à Berwick-on-Tweed (Angleterre). Décédé le 18 octobre 1965, à Hollywood (Californie).

Éminemment jovial et sympathique, le comédien Henry Travers est associé au personnage de Clarence Odbody, l'ange de seconde classe qui sauve James Stewart du suicide dans «La vie est belle» (1946) de Frank Capra ; sans cesse diffusé aux États-Unis, le film lui garantit pour l'éternité une belle place au Paradis des seconds rôles.

Lorsqu'il tourne son premier film, Henry Travers a près de soixante ans et derrière lui une belle expérience théâtrale. C'est en Angleterre à la fin du dix-neuvième siècle que cet apprenti architecte décide de virer sa cuti et de se consacrer à la scène, choisissant par la même occasion son prénom comme patronyme. A l'exception d'un premier séjour aux États-Unis en 1901, il se fait connaître dans son pays natal mais, à partir de 1917, il ne cesse de paraître à Broadway, par exemple dans «Liliom» (1921) de Ferenc Molnar ou, chez son compatriote George Bernard Shaw, dans «Sainte Jeanne» (1921), «César et Cléopâtre» (1923), «Androclès et le lion» (1925) et «Pygmalion» (1926) où il joue le père à l'accent cockney de la petite fleuriste Eliza Doolittle. On peut s'étonner de le voir interpréter, en 1928, Corbaccio, l'un des vautours attirés par l'héritage de Volpone, mais huit ans plus tard dans «You Can't Take It With You» le rôle de Grandpa – repris à l'écran par Lionel Barrymore – est bien dans ses cordes.

Si sa carrière cinématographique s'étend sur seize ans seulement, elle compte tout de même cinquante titres dont une quinzaine de classiques à commencer par «L'homme invisible» (1933) de James Whale : en brave savant dépassé par les expériences inquiétantes de son adjoint (Claude Rains), Henry Travers impose son caractère bienveillant, aussitôt confirmé dans un autre film fantastique, «Death Takes a Holiday» (1934), où notre homme arbore temporairement la moustache. Son amabilité naturelle le prédispose aux figures paternelles et c'est ainsi qu'il fut très vite le père ou l'oncle des vedettes du film, qu'il s'agisse de Gloria Stuart, Eleanor Parker ou Esther Williams sans parler de Bette Davis, Anita Louise et Jane Bryan, ses trois filles dans «Nuits de bal» (1938). Son âge déjà avancé – près de 70 ans – ne semble pas gêner les scénaristes qui, sur la foi d'un sourire juvénile, lui attribuent volontiers de jeunes enfants comme Virginia Weidler dans «I'll Wait For You» (1941) et Edna May Wonacott dans «L'ombre d'un doute» (1943), l'un de ses meilleurs rôles : dirigé par Hitchcock, il excelle avec Hume Cronyn dans un duo de détectives amateurs, parfaitement inconscients de fréquenter un assassin. Dans «La grande évasion» (1941) de Raoul Walsh, il joue le grand-père attentionné de Joan Leslie et, dans un beau film de Gregory La Cava, «Primrose Path» (1940), un bon bougre qui ne sent plus son arthrose depuis que Ginger Rogers est serveuse dans son snack.

Père d'Olivia de Havilland dans «Les conquérants» (1939), il y est aussi médecin, un emploi récurrent puisqu'il récidive aussitôt dans «On Borrowed Time» (1939) et «Victoire sur la nuit» (1939). On l'apprécie tout spécialement auprès de Greer Garson en sympathique vieux docteur dans «Prisonniers du passé» (1942) et dans «Madame Curie» (1943) où il joue le père de Pierre Curie (Walter Pidgeon). L'air débonnaire, il incarne l'autorité morale dans «La mousson» (1939) – il y est pasteur – et représente la loi à plusieurs reprises, le plus souvent en tant que juge – comme dans «Remember ?» (1939) – et, plus curieusement, comme shérif dans «Wyoming» (1940), un western humoristique avec Wallace Beery. Lorsqu'il revêt le costume du Professeur Jérôme, l'un des vieux savants encyclopédistes de «Boule de feu» (1941), la fantaisie l'emporte, d'autant qu'il se laisse volontiers séduire par la langue verte et les belles gambettes de Barbara Stanwyck dansant la conga.

Partenaire récurrent d'Errol Flynn, Humphrey Bogart ou Bette Davis, il apporte tout son soutien à Spencer Tracy dans «Stanley and Livingstone» (1939) et encore davantage dans «La vie de Thomas Edison» (1940) où il joue Ben Els, l'ami du savant. Tant de dévouement vaut bien une nomination à l'oscar du second rôle masculin, et c'est «Madame Miniver» (1942) qui la lui rapporte pour son interprétation de M. Ballard, le populaire chef de gare amateur de roses. Quel que soit son talent, il est tout de même moins crédible en Chinois d'Hollywood dans «Les fils du dragon» (1944) que dans «The Moon Is Down» (1943), adaptation d'un roman de Steinbeck, où il tient le rôle du maire d'une petite ville norvégienne contraint de faire face à l'occupant. Leo McCarey, dans «Les cloches de Sainte-Marie» (1945), lui réserve a priori un rôle antipathique - Horace P. Bogardus, homme d'affaires égoïste – mais on se doute qu'un sourire d'Ingrid Bergman suffira à retourner notre homme qui, l'année suivante, gagne définitivement son brevet d'ange gardien dans «La vie est belle». Le film ne connut pas immédiatement le succès et ne lui rapporta pas de nouvelle nomination aux oscars. Trois ans plus tard, Henry Travers décide, à 75 ans, de quitter définitivement le cinéma : peut-être ne s'était-il pas remis de l'émotion de voir paraître en son tribunal «The Girl from Jones Beach» (1949), à savoir Virginia en Mayo… de bain !

Henry Travers se maria à deux reprises, d'abord en 1914 avec la comédienne Amy Rosina Wilson, décédée en 1954. Veuf à quatre-vingts ans, il choisit judicieusement d'épouser en secondes noces une infirmière, Ann G. Murphy, qui veillera sur lui jusqu'à sa disparition à l'âge vénérable de 91 ans. Rappelé dans l'au-delà, il y a sans doute repris son emploi d'ange gardien, s'ingéniant à régler les problèmes de l'humanité, et comme on le voit, tout va nettement mieux depuis 1965 !

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

INTERPRÉTATIONS:
LgAnTitre  
11933THE INVISIBLE MAN (L'homme invisible)
21934BORN TO BE BAD
31934READY FOR LOVE
41935ESCAPADE
51935PURSUIT (Poursuite) d'Edwin L.MARIN 
61939YOU CAN'T GET AWAY WITH MURDER (Le châtiment)
71939DODGE CITY (Les conquérants)
81939DARK VICTORY (Victoire sur la nuit)
91939ON BORROWED TIME de Harold S.BUCQUET 
101939STANLEY AND LIVINGSTONE (Stanley et Livingstone)
111940PRIMROSE PATH
121940EDISON, THE MAN (la vie de Thomas Edison)
131940ANNE OF WINDY POPLARS
141941HIGH SIERRA (La grande évasion)
151941THE BAD MAN de Richard THORPE 
161941I'LL WAIT FOR YOU de Robert B.SINCLAIR 
171941BALL OF FIRE (Boule de feu)
181942Mrs.MINIVER (Madame Miniver)
191942RANDOM HARVEST (Prisonniers du passé)
201943SHADOW OF A DOUBT (L'ombre d'un doute)
211943THE MOON IS DOWN (Nuit sans lune)
221943MADAME CURIE
231944NONE SHALL ESCAPE
241944DRAGON SEED (Les fils du dragon)
251945THRILL OF A ROMANCE (Frisson d'amour) de Richard THORPE 
261945THE BELLS OF ST.MARY'S (Les cloches de Sainte-Marie)
271946GALLANT JOURNEY
281946IT'S A WONDERFUL LIFE (La vie est belle)
291947THE FLAME (L'homme que j'ai choisi) de John H.AUER 
301948BEYOND GLORY (Retour sans espoir)
311949THE GIRL FROM JONES BEACH
Éd.8.1.3 : 1-8-2017