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S. Z. SAKALL (1883 / 1955)

S. Z. Sakall

Acteur hongrois, né Gerö Jenö ou Gärtner Sàndor selon les sources, le 2 février 1883, à Budapest (Autriche-Hongrie). Décédé le 12 février 1955 à Beverly Hills (Californie, U.S.A.).

Si l'on s'en tient à la rondeur joviale qui en fit un sympathique second rôle pour comédies hollywoodiennes, on ne l'imagine guère en migrant, contraint à deux reprises de fuir la peste brune des années 30. Sans doute ces épreuves, qui virent périr dans les camps nombre de ses proches – dont ses trois sœurs –  ont-elles contribué au surcroît d'humanité qu'il dispense dans ses meilleurs rôles comme celui de Carl, le maître d'hôtel attendri par l'humanité de son patron (Humphrey Bogart) dans «Casablanca» (1942).

S. Z. Sakall fut d'abord un auteur de sketches comiques et un célèbre comédien de théâtre à Budapest et Vienne sous le nom de Szöke Szakall (“Barbe blonde” !), un pseudonyme choisi en se regardant dans la glace… Aujourd'hui invisibles chez nous, ses premiers films consistent tout de même en une cinquantaine de titres, tournés en Hongrie, en Allemagne ou en Autriche, sous la direction de bons metteurs en scène comme Richard Eichberg («Montagnes russes», 1928), Wilhelm Thiele («Mädchen zum Heiraten», 1932) ou Richard Oswald («Gräfin Mariza», 1932). Installé à Berlin au début des années 30, rond mais glabre, “Barbe blonde” connaît le succès dès ses premiers films parlants, «Zwei Herzen im Takt-dreiviertel» (1930) et «Son Altesse l'amour» (1931, version allemande), et frôle les premiers rôles dans «Les voix du printemps» (1933) de Paul Fejos. Ses origines juives le contraignent à quitter l'Allemagne lorsque les nazis arrivent au pouvoir. De retour au pays, il poursuit sa carrière jusqu'en 1939, entre autres dans «Scandale à Budapest» (1933). L'invasion de la mère patrie le décide à émigrer aux États-Unis avec sa seconde épouse, Elizabeth, dont le beau-frère, le producteur Joe Pasternak, va lui remettre le pied à l'étrier malgré sa méconnaissance de l'anglais.

Afin de faciliter la tâche des spectateurs américains, son prénom est aussitôt réduit à deux initiales. Pour ses débuts, il épaule la jeune Deanna Durbin dans «La douce illusion» (1940) et «Chanson d'avril» (1940), un film où il retrouve Henry Koster qui l'avait déjà mis en scène dans «Marie Bashkirtseff» (1935). Dès «Le diable s'en mêle» (1941), une bonne comédie menée par Jean Arthur, il a son nom sur l'affiche et, pour «Une nuit à Rio» (1941), il apparaît en tête des acteurs de complément. Son compatriote Michael Curtiz le retient pour deux classiques qui vont asseoir sa nouvelle popularité : avant «Casablanca», il joue, dans «La glorieuse parade» (1942), le rôle de Schwab, le producteur qui lance la carrière de George Cohan (James Cagney).

Célèbre pour son accent prononcé, ses lunettes rondes et son jeu de joues, Sakall l'était tout autant pour sa gentillesse, au point d'être nommé “Cuddles” (“Calins”) par le producteur Jack Warner qui demanda que l'on ajoute ce surnom au générique : dès 1946, il fut donc S.Z. “Cuddles” Sakall, à son grand déplaisir. Par effet de contraste, l'aimable Sakall à l'humeur toujours égale pique une colère contre Bogart dans «Remerciez votre bonne étoile» (1943).

Qu'il soit imprésario, restaurateur ou tonton gâteau, il endosse des patronymes qui fleurent bon l'Europe de l'Est : Felix Bassenak, Sacha Bozic, Miklos Teretzky, László Lazlo, Felix Hofer ou – plus surprenant – Don Miguel Wormser. Dans «Boule de feu» (1941), le professeur Magenbruch est si troublé par la présence de Barbara Stanwyck qu'il la serre avec beaucoup d'empressement et lui ferait bien l'un de ses fameux “cuddles”. Il la retrouve dans «Christmas in Connecticut» (1945) où, coiffé de sa toque blanche, il l'initie à la cuisine hongroise : ulcérée, Una O'Connor l'observe qui transforme son irish stew en goulasch en ajoutant du paprika ! Il faut dire que notre homme ne s'habitua jamais à la nourriture américaine et ne mangeait, même au studio, que les plats que lui préparait son épouse.

Sa présence au Far West paraît insolite mais il seconde efficacement Errol Flynn dans «San Antonio» (1945) et «Montana» (1949) ou Randolph Scott dans «Sugarfoot» (1951), un film où l'on aurait pu le baptiser “Barbe blanche”… Toutefois, l'univers de la comédie musicale a sa préférence et c'est ainsi qu'on l'entend chanter dans «Cinderella Jones» (1946) de Busby Berkeley comme dans «Amour poste restante» (1949) où il reprend le rôle de Frank Morgan dans le remake d'un merveilleux Lubitsch, «Rendez-vous» (1939). Il joue le rôle central du parolier Fred Fisher dans «Oh, You Beautiful Doll» (1949) de John M. Stahl. Paternel et rassurant, il côtoie fréquemment de jolies vedettes qui patinent (Sonja Henie dans «Wintertime», 1943), chantent (Kathryn Grayson dans «Seven Sweethearts» de Frank Borzage en 1942 qui nous le montre en père débordé de sept filles à marier) ou dansent (Jane Powell dans «Le joyeux prisonnier», 1952). De «Romance à Rio» (1948) à «Escale à Broadway» (1951), Doris Day sera quatre fois sa partenaire, ce qui sera aussi le cas de June Haver, entre autres dans «The Dolly Sisters» (1945) avec également Betty Grable. Dans «Cynthia» (1947), il joue le professeur Rosenkrantz face à une adolescente précoce nommée Elizabeth Taylor.

In fine, S.Z. Sakall renoua avec ses origines : «Le joyeux prisonnier» (1952) est réalisé par son beau-frère László Kardos qui l'avait déjà dirigé deux fois en Hongrie dans les années trente («Barátságos arcot kérek» en 1936,…) ; quant à l'action de son dernier film, «Le prince étudiant» (1954), elle est située dans un état imaginaire d'Europe Centrale.

Avant de succomber à une crise cardiaque à l'âge de 72 ans, il avait eu le temps de faire paraître son autobiographie sous ce titre ironique : «Ma vie sous le règne de l'empereur François-Joseph, d'Adolf Hitler et des frères Warner».

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
 
-- Sous le nom de Szöke Szakall
 
 
2
1931
DER ZINKER
3
1932
MELODIE DER LIEBE, de Georg JACOBY
 
4
1932
GRÄFIN MARIZA, de Richard OSWALD
 
5
1933
PARDON, TÉVEDTEM
6
1933
ABENTEUER AM LIDO, de Richard OSWALD
 
7
1933
SKANDAL IN BUDAPEST
8
1933
FRÜHLINGSSTIMMEN (Les voix du printemps), de Pál FEJÖS/Paul FEJOS
 
9
1934
WENN DU JUNG BIST, GEHORT DIR DIE WELT (Jeunesse, à toi le monde)
10
1934
HELYET AZ ÖREGEKNEK, de Béla GAÁL
 
11
1936
BARÁTSÁGOS ARCOT KÉREK, de László KARDOS
 
 
-- Sous le nom de S. Z.Sakall
 
 
13
1937
THE LILAC DOMINO, de Frederic ZELNIK
 
14
1940
IT's A DATE (La douce illusion)
15
1940
SPRING PARADE (Chanson d'avril)
16
1941
THE MAN WHO LOST HIMSELF, d'Edward LUDWIG
 
17
1941
THE DEVIL AND MISS JONES (Le diable s'en mêle)
18
1941
THAT NIGHT IN RIO (Une nuit à Rio)
19
1941
BALL OF FIRE (Boule de feu)
20
1942
BROADWAY
21
1942
YANKEE DOODLE DANDY (La glorieuse parade)
22
1942
CASABLANCA
23
1943
WINTERTIME
24
1943
THANK YOUR LUCKY STARS (Remerciez votre bonne étoile)
25
1944
SHINE ON HARVEST MOON (L'amour est une mélodie)
26
1945
WONDER MAN (Le joyeux phénomène)
27
1945
CHRISTMAS IN CONNECTICUT (Joyeux Noël dans le Connecticut)
28
1945
THE DOLLY SISTERS
29
1945
SAN ANTONIO
30
1946
CINDERELLA JONES
31
1946
TWO GUYS FROM MILWAUKEE
32
1946
NEVER SAY GOODBYE (Ne dites jamais adieu)
33
1946
THE TIME, THE PLACE AND THE GIRL (La fille et le garçon)
34
1947
CYNTHIA
35
1948
ROMANCE ON THE HIGH SEAS (Romance à Rio)
36
1948
EMBRACEABLE YOU, de Felix JACOVES
 
37
1948
WHIPLASH
38
1949
MY DREAM IS YOURS (Il y a de l'amour dans l'air)
39
1949
LOOK FOR THE SILVER LINING (Le grand tourbillon)
40
1949
IN THE GOOD OLD SUMMERTIME (Amour poste restante)
41
1949
OH, YOU BEAUTIFUL DOLL
42
1949
MONTANA
43
1950
THE DAUGHTER OF ROSIE O'GRADY
44
1950
TEA FOR TWO (No No Nanette)
45
1951
SUGARFOOT
46
1951
LULLABY OF BROADWAY (Escale à Broadway)
47
1951
PAINTING THE CLOUDS WITH SUNSHINE (Elle cherche un millionnaire)
48
1952
SMALL TOWN GIRL (Le joyeux prisonnier)
49
1954
THE STUDENT PRINCE (Le prince étudiant)
Éd. 9.1.4 : 8-2-2020